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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 88 (2003). |
Et quelle colère... 23 mars 2003 « Il (Jésus) trouva installé dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. » (v. 14) On simagine mal un geste, comme celui de Jésus chassant les vendeurs du Temple, posé aujourdhui à quelque endroit de notre institution ecclésiastique. Celui ou celle qui oserait sy aventurer recevrait certainement une grande part de réprobation de ceux qui sont au pouvoir et même dhumbles personnes croyantes pour qui linstitution est sacrée. On entendrait les mêmes discours sur le respect du sacré. Des voix sélèveraient pour suggérer dautres actions moins radicales. À plusieurs, ce passage dÉvangile est apparu trop compromettant pour limage quon sest souvent construite autour de Jésus. Dans mon enfance et plus tard aussi, jai souvent entendu que Jésus avait fait une « sainte colère ». Javais vite compris alors que ce nétait pas une colère comme on en fait nous-mêmes. Jésus ne pouvait pas laisser monter en lui de tels sentiments; ce serait un manque de contrôle de lui-même évident. Nétait-il pas Dieu? Je ne savais pas, ignorant que jétais des textes de Premier Testament, que Dieu lui-même pouvait faire dimmenses colères. Pourtant, devant ce quétait devenu le Temple, Jésus navait plus dautre choix que de poser un geste fort provocateur et, à bien des égards, au risque même de sa vie. Le Temple était alors un lieu où on marchandait Dieu. Cen était trop. Il sent que les paroles ne suffisent plus. Il passe aux gestes qui traduisent plus fortement ce que des prophètes ont perçu comme étant la « passion de Dieu ». Ce trafic danimaux et dargent exaspère Jésus, qui se rend bien compte que tout cela na rien à voir avec la foi en Dieu. Ce passage de Jean nous fait voir une facette peu connue et peu commune de la personnalité de Jésus. Si Jésus avait la passion de Dieu - et il lavait -, cest quil tenait, au prix même de sa vie, à ce que cette relation à Dieu soit gratuite, gratifiante. Il tenait à ce que cette relation soit ouverture, espérance et non marchandage de toutes sortes, tant dans les gestes que les paroles. Il tente douvrir le Temple qui se refermait, pour ouvrir ainsi la relation à Dieu. La colère de Jésus veut déranger, déplacer, interroger les juifs. Dieu ne se tient pas dans ces endroits de marchandage, mais il vit en nous à même la qualité de relations que Jésus entretient avec Lui et quil veut nous laisser, en mémorial, comme un chemin à suivre. Le véritable Temple doit souvrir aux dimensions du monde, un monde sensible à la pauvreté des personnes. Cest un corps à bâtir dans la fragilité et la gratuité. Et cest lorsque les paroles ne sont plus entendues, quil ne reste que les gestes prophétiques. Et si on sait linterpréter, il sagit dun geste de résurrection. Désormais, « Dieu est partout », là où le coeur humain souvre à son accueil et à laccueil des autres. Tout est dit fortement dans ce geste. Nous navons plus à marchander Dieu ou avec Dieu, cest un cul-de-sac. Dans nos assemblées, dans nos réflexions communes ou individuelles, il sagit de créer un espace de gratuité, dans le pardon mutuel, dans la reconnaissance de lautre. Par sa colère et ses coups de fouet, Jésus a voulu, de façon forte, rouvrir cet espace du coeur humain. GUY LAPOINTE |
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