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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 88 (2003).

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La foi en images

16 mars 2003
Année B: 2e dimanche du Carême
Marc 9, 2-10

 « Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux. » (v. 8)

Dès son premier verset, Marc nous avait avertis de l’angle d’approche qu’il avait choisi pour nous parler de Jésus. « Commencement de la bonne nouvelle à propos de Jésus messie, fils de Dieu. »

     Pouvait-il être plus clair? Il avait l’intention de traiter de ce que cela voulait dire, pour les siens, que Jésus, après sa mort, ait été fait messie et fils de Dieu. Qui, après tout, avait le pouvoir de définir le sens de l’existence humaine? César, dans sa Maison Blanche de Rome, avec son Empire, ses armées, sa culture, son prestige, sa violence et son arrogance? Ou celui qui avait été élevé comme messie ou fils de Dieu?

     Dès le début de son texte, son choix était fait. La parole de Dieu avait commencé à parler « dans le désert » (1, 3). Pas au Temple de Jérusalem, pas dans l’orgueilleuse Rome qui faisait plier les nations sous son pouvoir, mais à la périphérie, dans les marges de l’histoire, au désert, là où, depuis toujours, se rassemblait l’opposition aux Empires. La Parole avait parlé à Jean, elle y avait rejoint Jésus. Ce dernier avait beau être mort depuis quarante ans, il régnait depuis lors. Et faisait trembler les pouvoirs en place. Ça valait le coup d’en parler. Plus tard, un autre ferait la même chose que Marc, et le dirait à peu près dans les mêmes termes, sauf que lui l’écrirait à la fin de son évangile plutôt qu’au début (Jean 20, 31). « Tout cela est écrit pour que vous croyiez que le messie, le fils de Dieu, c’est Jésus et qu’ainsi confiants, vous receviez la vie de lui. » À ces gens, dont beaucoup sont menacés de mort, les évangélistes disent le sens de la vie.

     C’est sur ce fond de scène qu’il faut lire l’épisode de la transfiguration. Il n’est pas exagéré de dire que le récit est une illustration du premier verset de l’évangile de Marc. Il nous fait voir ce que le premier verset se contentait d’énoncer. Celui qui, quarante ans avant la rédaction de l’évangile, avait été Jésus de Nazareth, est maintenant, nous dit Marc, fils de Dieu, dans la dimension de Dieu. Et le texte a toujours ces deux aspect de la réalité en vue: d’un côté, il parle du Jésus qui avait vécu sa vie dans l’histoire et, de l’autre, il situe ce même Jésus dans la dimension de Dieu. Le fils de Dieu est, dans l’aujourd’hui de Marc, celui qui fut le Nazaréen de jadis. On ne peut parler du fils de Dieu, vivant dans chaque aujourd’hui de l’histoire, sans dire qu’il s’agit de ce Jésus qui avait vécu parmi nous. Et, pour dire cela, l’auteur se sert de l’imagerie du temps.

     Ce Jésus est celui qui avait des disciples - ancrage dans l’histoire. Mais ils sont sur une haute montagne - situation près de Dieu, qui est aux cieux. Ce Jésus, dont on parle - ancrage dans l’histoire -, devient tout blanc - couleur du divin. Avec ce Jésus - ancrage dans l’histoire -, ils sont deux à parler, qui vivent maintenant dans la dimension de Dieu, deux grands prophètes, qui font porter le regard sur lui. Pierre en perd quasiment la tête, tellement il est effrayé - ancrage dans l’histoire -, mais la nuée, qui est le véhicule de Dieu, entoure les disciples et, de là, une voix leur présente Jésus comme fils bien-aimé de Dieu. Puis, soudainement, ils ne sont plus que quatre - ancrage dans l’histoire -, mais tout cela devra être dit après que Jésus, le Fils de l’homme, aura été relevé des morts, dans la dimension de Dieu, évidemment. Et c’est justement ce que Marc est en train de faire, soit de raconter ce qu’il n’avait fait qu’énoncer dans son verset d’ouverture.

     Ce texte de Marc illustre, imagine, raconte ce que Paul avait exprimé en un verset, condensant en une phrase tout ce que le Nouveau Testament avait à dire sur la foi chrétienne (Romains 10, 9): « Si tu le proclames de ta bouche le seigneur, c’est Jésus et si tu le crois du fond de toi Dieu l’a relevé des morts tu seras libéré. »

     Ce que Paul avait énoncé quinze ans plus tôt, Marc le fait voir. Jésus est le fils de Dieu annoncé par les prophètes (ici Moïse et Élie), c’est-à-dire le seigneur qui a reçu tout pouvoir de son Père (Matthieu 28, 18). Tout cela est possible, bien sûr, parce qu’il a été relevé des morts. Le récit de la transfiguration, c’est la foi en images.

     Et la foi, c’est bien. C’est ce qui permet de se comprendre, de comprendre la vie, de prendre de la hauteur (« sur une montagne élevée »), de voir la beauté du réel (« tout blanc »), de se savoir à l’« ombre » de Dieu. Mais, paradoxalement, il faut en sortir. Pierre aurait bien voulu rester là à tout jamais, c’est qu’« il ne savait pas quoi dire ». Car c’est en bas que ça se passe, et c’est là que la vie attend ceux et celles qui ont vu. Malheur à qui reste en haut, une tente levée autour de sa foi.

ANDRÉ MYRE
Montréal

 

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