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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 86 (2002). |
Être pionnier, audace ou nécessité? 12 janvier 2003 « Celui qui est plus fort que moi vient après moi et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales. » (v. 7) Le texte pivot de ce dimanche minvite à me centrer, de façon toute particulière, sur le rôle que jai à jouer dans la construction du royaume de Dieu, construction en chantier depuis plus de deux millénaires. Y ai-je une place déterminée? Un travail précis à accomplir? Jobserve Jean Baptiste. Il ouvre la voie au Seigneur: « Moi, je vous ai baptisés deau, mais lui vous baptisera dEsprit Saint. » Jean Baptiste était habité profondément par la certitude de la venue prochaine du Messie, celui qui est à ce point grand que nul nest digne de nouer ou dénouer ses sandales. Cette certitude lui donnait toutes les audaces... Préparer le chemin de Celui qui vient, de Celui qui est Amour et Source de vie, relève dun appel hors du commun. Jean Baptiste a été choisi pour remplir une mission unique. Pourtant, quelle humilité: « Je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. » Dans cette foulée, chacun dentre nous aurait-il un appel spécifique, une mission qui lui est propre? Restons attentifs aux signes de lEsprit pour en déceler lessence véritable et y répondre. Et, si je veux suivre lexemple de Jean le Baptiste, attention au « pettage de bretelles »... Dans les Écritures, on accole au nom de Jean le Baptiste celui de Précurseur. Lorsque je consulte le dictionnaire afin de saisir ce mot dans son essence, je lis: « Qui annonce, qui précède, qui innove, qui ouvre la voie. » Par ses prédications et ses agissements, Jean Baptiste menseigne une conversion radicale. Il mappelle à poursuivre un idéal de justice, de partage, de rectitude morale dans tout ce qui tisse la trame de mon quotidien. De plus, il incarne le courage de la Parole. Son attitude me conduit au coeur de la Vérité et de lAmour. Pour Celui qui vient, il prépare le terrain et laboure la terre, avec tout ce que cela implique de temps, de patience et de persévérance. Il sème contre vents et marées, au-delà de toutes controverses. Cela me rappelle mon expérience dintégration scolaire au secteur régulier. Étant une personne vivant avec la paralysie cérébrale, jai vécu mes neuf premières années décole dans un établissement pour étudiants handicapés. Le niveau académique était élevé et le volet réadaptation (physiothérapie, ergothérapie et orthophonie) occupait une place importante. Il faut dire que, il y a une trentaine dannées, la notion dintégration scolaire nen était quà ses débuts. Donc, lors de mon passage au secondaire, je figurais parmi les toutes premières cuvées dhandicapés à sinscrire à des classes régulières. Je faisais, en quelque sorte, partie des précurseurs de la vision « moderne » de léducation pour tous, peu importe leur déficience. Cette position de pionnière nallait pas sans insécurité de part et dautre. Souvent, cest moi qui devais sécuriser mon nouveau milieu scolaire... Maintenant, dans ma vie dadulte, je comprends mieux quil nest jamais facile dêtre précurseur. Pour Jean Baptiste, annoncer la venue du Christ, de Celui qui allait changer les façons de faire (le baptême dEsprit Saint, le pardon...), cela nallait pas de soi. Il était certain de la nécessité de ce quil avait à faire, et il laccomplissait simplement. Au coeur de mon quotidien, jai encore souvent à être précurseure. Mon handicap ne passe pas souvent inaperçu... Ma vie appelle les autres à laccueil de la différence; elle mappelle, moi, à accueillir le temps qui mène au changement des mentalités. Ma mission ne serait-elle pas dactualiser mon idéal de justice, damour et de partage à travers ma réalité de « différente », laissant à lEsprit le soin de faire le reste... ANNE VIGNEAU |
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