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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 86 (2002).

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L’espace d’un instant

22 décembre 2002
Année B: 4e dimanche de l’Avent
Romains 16, 25-27

 « Ceci par ordre du Dieu éternel, donné à connaître à toutes les nations afin qu’elles s’ouvrent à l’écoute de la foi. » (v. 26)

N’est-il pas étonnant de constater que l’extrait de Romains rejoint d’une manière très spécifique notre réalité d’aujourd’hui! Dans un contexte de mondialisation, de planétarisation, de globalisation, ne vivons-nous pas dans une ère où « en un instant, en un clin d’oeil » (1 Co 15,52) la connaissance de ce qui était caché peut se faire connaître au grand jour par toutes les nations? L’éclat de la lumière déchire l’opacité du mensonge tandis que le jeu de nos illusions s’effondrent. Et qu’en est-il des témoins de la vérité? Quel est leur sort aujourd’hui? N’est-il pas plus confortable de se taire et de vivre dans le « statu quo », ce lieu par excellence où réside un silence bien évocateur. On peut rétorquer que les problématiques contemporaines étant à l’échelle de la planète, nous sommes impuissants devant l’épaisseur de la nuit humaine. Combien de fois avons-nous préféré le silence en muselant les élans de notre coeur?

     L’extrait de Romains fait mention de « celui qui a pouvoir de vous affermir ». Où allons-nous chercher aujourd’hui ce pouvoir pour trouver le courage et la sérénité de continuer malgré les tourments de notre siècle? Il y a tant de pouvoirs aveuglants qui génèrent la peur et la haine, tant de pouvoirs qui exercent une prétention mensongère sur les hommes et les femmes, tant de pouvoirs qui se construisent au détriment de la vie. Pensons ici au Sommet de la Terre qui s’est tenu à Johannesburg cette année. N’y avait-il pas là des exemples flagrants de dissensions et de discordes au sujet des tensions entre le commerce et l’environnement? Si le commerce est la valeur suprême, comment peut-on conserver la vie sur notre globe? Si la valeur marchande est érigée en absolu, comment faire progresser la vie humaine, la flore, la faune? Que signifie le développement « durable » lorsque la pauvreté accable une immense partie du globe?

     La paix annoncée et proclamée, celle qui provient du silence des âges, cette paix souhaitée et recherchée, ne peut coexister avec les empires de ce monde qui cherchent par tous les moyens à dominer. Pourquoi faut-il que tant d’humains souffrent pour que se maintienne le pouvoir de quelques-uns? Où se trouve l’issue pour conduire à la libération des donjons de la manipulation qui interdisent la lumière?

     Peut-être qu’un premier élément serait, comme le texte d’aujourd’hui le suggère, de nous « ouvrir à l’écoute de la foi ». Cette ouverture est une expérience qui permet d’accueillir une autre voix que celle de notre ego si avare d’occuper la première place dans notre vie quotidienne. L’ouverture véritable questionne nos certitudes et nos a priori. Mais il est difficile d’avouer que nous sommes peu familiers, sinon réfractaires, à l’écoute malgré la multitude des messages qui nous assaillent même inconsciemment.

     Le texte d’aujourd’hui évoque une symbolique frappante par l’utilisation des termes « porté à la lumière ». Une expression qui rappelle l’engendrement en temps voulu et opportun. Pareil à l’enfant qui se développe durant neuf mois dans le ventre de sa mère. Le temps venu, l’enfant naît à la lumière, il quitte l’obscurité du ventre maternel pour « venir en ce monde ». De même, on ne contraint pas la lumière de la vérité. Elle advient en « son » temps. La foi, en tant que patience fondamentale, est le réceptacle de notre quête humaine. Cette foi propose une trajectoire pour guider notre longue marche vers l’éclat à travers les âges. Malgré nos difficultés à comprendre, à voir et à espérer, en dépit de nos doutes, de nos écueils et de nos limites, demeure toujours cette étincelle qui témoigne de l’infinie présence de la lumière. C’est le phare qui guide les bateaux naviguant sur les océans déchaînés, ce sont les reflets de la lune qui percent l’épaisseur nocturne des forêts, c’est aussi la douce flamme de la bougie qui scintille au coeur de la nuit. Et que dire de ces éclats de lumière qui surgissent dans le regard des enfants émerveillés. De la luminosité des hommes et des femmes inspirés par l’amour. De la lumière qui jaillit de l’âme des êtres habités par la paix. Chose certaine, l’obscurité n’est jamais totale.

THÉRÈSE MIRON
Montréal

 

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