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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 86 (2002).

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Quand l’Évangile commence

8 décembre 2002
Année B: 2e dimanche de l’Avent
Marc 1, 1-8

 « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, le Fils de Dieu. » (v. 1)

La bonne nouvelle a un commencement. Quelque chose advient, qui vient transformer la vie puisque c’est une bonne nouvelle. Et cette nouvelle inattendue, qui vient annoncer un bonheur, n’est pas un plan quinquennal ou une magnifique théorie mais quelqu’un. Bonne nouvelle de Jésus, dit Marc. Quelqu’un s’en vient, dont nous savons déjà, au point de départ, qu’il vient de Dieu. Cette bonne nouvelle n’est pas le fruit d’une entreprise spécialisée en bonheur: elle provient d’une réalité mystérieuse, que nous ne contrôlons pas et qui s’intéresse à nous. Dieu va faire quelque chose, qui va nous réjouir.

     Mais ce Jésus n’apparaît pas tout de suite, lui par qui ce commencement advient. Curieusement, tout commence par un retour en arrière, par une voix qui vient du lointain de l’histoire mais appelle à préparer un avenir: la voix du prophète Isaïe. Une préparation est nécessaire pour que l’évangile commence. Il n’est pas une réalité immédiate, surgissant de nulle part en nous, sans liens à nos histoires et à nos espaces. La bonne nouvelle a des racines, elle vient toucher en nous une attente, un désir en quête depuis longtemps.

     Cette voix lointaine annonce une autre voix, toute proche, celle d’un autre prophète qui crie et proclame dans le désert. Voix de Jean le Baptiste, qui vient relayer celle d’Isaïe pour que cela puisse commencer et qui invite à un travail de transformation et de réconciliation. La route a besoin d’être désencombrée pour que l’évangile puisse commencer, pour que l’envoyé venu de Dieu puisse arriver. Autrement, il n’y aura pas de place pour l’accueillir.

     Tout commence dans l’eau, eau des morts et naissances, lieu des genèses et recommencements. Comme si cette bonne nouvelle invitait à une naissance nouvelle, qui nettoie les découragements et les rancœurs accumulées, dans la reconnaissance en vérité de qui nous sommes. Tout commence non par des actions d’éclat qui impressionnent et remettent le monde à l’endroit, ou par une liste de règles à suivre qui conduisent automatiquement à ce bonheur, mais par un geste symbolique, une plongée dans l’eau, qui exprime un désir de conversion et de pardon. Tout commence par un geste personnel, qui veut ouvrir un avenir, rendre possible des recommencements.

     La voix de Jean, qui appelle à entrer dans une expérience transformante, ne parle pas d’elle-même, elle n’invite pas à se centrer sur elle. Elle est le doigt pointant une figure qui s’approche. Elle vient ouvrir la voie à un autre, en qui le dynamisme de Dieu est présent. Le premier travail de plongée dans l’eau des renaissances en annonce un autre, plus radical, où le Souffle saint agira en nous pour nous relever, nous re-créer. Le vent des genèses se prépare à souffler pour que nous puissions marcher sur la route dans la confiance, avec d’autres, par-delà nos peurs et nos aveuglements. Celui qui s’approche, le plus puissant, sera animé de ce souffle. Et alors nous serons pleinement dans le commencement de cette réalité bonne et neuve, de cette bonne nouvelle.

     Beaucoup de gens se déplacent, toute la Judée, tout Jérusalem, pour entrer dans ce temps nouveau, qui commence. La foule est nombreuse au point de départ. Elle sera plus restreinte à la fin du livre, quand le chemin du Seigneur sera mieux connu. Il sera toujours question de conversion et de pardon, mais la continuité sur cette route sera plus risquée qu’on ne prévoyait. Mais la bonne nouvelle sera toujours là, offerte, dans le visage d’un serviteur qui va donner sa vie, librement, dans le courage et la fidélité profonde.

     Aujourd’hui est encore temps des commencements, des recommencements de l’évangile. Une neuve bonté vient s’offrir à nous pour que nous plongions dans la vie nouvelle, pour que nous repartions plus légers, libérés du poids de nos habitudes et du souci de nos réussites. Le chemin reste à défricher et les voix prophétiques se font encore entendre, à déchiffrer. Elles parlent de paix et de pardon, de justice et d’amour. Elles montrent des visages en attente et des blessures en nous, elles réveillent notre désir, dormant sous les routines des jours et des tâches. Pour les écouter, il nous faut parfois accepter d’aller au désert, de laisser un temps nos tracas immédiats pour voir plus large, pour regarder le chemin et s’y engager avec d’autres qui veulent encore aller quelque part. Ces voix sont proches. Elles nous appellent à entrer dans un commencement en accueillant quelqu’un qui s’en vient, cet advenant, ce survenant qui va bousculer un peu nos vies. Pour qu’une bonne nouvelle y trouve place et nous donne un souffle neuf, inattendu, aux origines de l’avenir.

DANIEL CADRIN
Montréal

 

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