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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 85 (2002). |
Veillez ! 1er décembre
2002 « Jésus parlait à ses disciples de sa venue: Prenez garde, veillez: car vous ne savez quand viendra le moment. » (v. 33) À quatre reprises, dans ce bref texte dÉvangile, le terme revient à la manière dune injonction: Veillez! Comme si il y avait danger ou tentation, en ce premier dimanche de lAvent qui coïncide avec le début de lhiver, de se replier sur des habitudes, sur un acquis qui permettraient de tenir tête aux rigueurs qui sannoncent. Tentation de repli sur soi, danger dhiberner spirituellement. Le contexte explique cette invitation à la vigilance: cest un discours sur le retour du Christ à la fin des temps. Et lon sait bien que la communauté à laquelle Marc sadressait pouvait être encline à se dire que ce retour qui se faisait attendre, qui paraissait peut-être incertain pour plusieurs, laissait devant soi un large espace de temps avant une réelle et vigoureuse conversion à lÉvangile. Puis, il y avait aussi cet autre danger: spéculer sur le moment de ce retour. Ce qui conduisait également à une certaine paralysie face au présent. Danger alors doublier limportance des tâches à accomplir, limportance de la vie à vivre dès maintenant. Un ferme rappel à la vigilance simposait. Mais lon ne peut sen tenir quà ces explications liées à un moment de lhistoire de la vie chrétienne. Ce texte doit avoir un sens pour nous, aujourdhui encore. La vigilance a toujours sa pertinence pour qui veut sengager dans la voie tracée par lÉvangile. Veillez! Oui, mais comment cela se fait-il dans le concret des jours, surtout de ces jours qui sont les nôtres? Certainement pas en sinterrogeant de manière indiscrète sur le quand et le moment de ce retour du Christ: « Ce jour où cette heure nul ne les connaît, ni les anges du ciel, ni le Fils, personne sinon le Père. » Veillez! Mais certainement pas non plus dans langoisse et lanxiété dun retour à limproviste qui nous laisserait dans la crainte dêtre pris au dépourvu, de navoir rien à offrir au maître de la maison qui reviendrait dun long voyage en pleine nuit, ou encore alors que le coq vient à peine de chanter. On a négligé le travail fixé, on sest endormi, et nous voici les mains vides. Une crainte plus terrible peut se glisser en nous: celle dêtre surpris dans une situation fâcheuse qui appellerait jugement et condamnation. Des attitudes qui nont rien à voir avec la vigilance évangélique qui naît de lespérance. Voilà bien plutôt la pente qui fait dévaler dans la désespérance. En répétant ce: Veillez!, le texte suggère tout autre chose. Il laisse entendre ce qui fait la valeur et le sens de la vigilance évangélique: le prix, limportance, lattention que lon met dans le temps présent qui nous est offert et donné. Un temps pour répondre aux appels de lÉvangile qui sont reconnaissance de lunique qualité du message du Christ, du service que lon se doit à soi-même comme aux autres, du partage qui fait la vie fraternelle et heureuse. Un temps qui est porté par lespérance qui donne sens à nos engagements de maintenant. Un temps pour chercher le visage de Dieu et le trouver dans ce monde qui est le nôtre. Un temps - disons-le, malgré lusure des mots - pour aimer. Aimer la vie que Dieu donne et qui est là fragile et toujours menacée en nous comme dans les autres. Veillez! En plein jour, dans la lumière belle et joyeuse, comme aux creux de tant de nuits chargées dobscurité et de détresse. La vigilance qui est ce désir profond daccord et dajustement toujours à reprendre à la sagesse et au grand idéal que nous dit lÉvangile. Une autre forme de vigilance simpose encore à nous. Une vigilance qui est lattention toujours en éveil pour ces retours du Christ qui surviennent, inattendus souvent, en nos expériences de vie, à loccasion de rencontres avec des personnes, en des instants difficiles alors que soudainement la lumière se lève pour nous. Des retours qui éclairent nos chemins, qui renforcent nos espoirs et nos désirs. Au seuil de lAvent, le « Veillez! » de lévangile de Marc nous redit la condition chrétienne et ecclésiale de lespérance: il est déjà là; on le rencontre en tant dévénements, mais viendra une rencontre qui sera la pleine présence dans le face à face dune reconnaissance mutuelle où la foi cédera la place à lamour. YVON-D. GÉLINAS |
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