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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 80 (2002). |
Où suis-je dans cette foule? 24 mars 2002 « Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient: Hosanna au fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieux! » (v. 9) Cette foule qui a acclamé Jésus comme un libérateur est probablement la même qui, quelques jours plus tard, a crié: « Crucifiez-le! » Mais où suis-je donc dans cette foule? Suis-je si étranger à cette foule qui acclame et qui crie? Comment allons-nous, aujourd'hui, nous situer en ce dimanche des rameaux? Allons-nous chercher un roi, comme des gens qui ont besoin d'admirer? Allons-nous crier notre déception d'un roi déchu et lui crier sa mort? Nous sommes de cette foule au milieu de laquelle Jésus passait son chemin tout en étant attentif à chaque personne rencontrée. Il s'arrêtait pour échanger, pour toucher et guérir l'un ou l'autre, pour réveiller les moindres petits espoirs. Mais il ne se laissait pas arrêter; il allait, partait à la rencontre d'autres personnes, comme si la vie le pressait. Au jour des rameaux, il s'est laissé traiter comme un roi; il joue le jeu du roi, mais autrement. Il est monté sur un ânon comme lorsque, dans nos fêtes foraines de village on joue à élire une reine ou un roi... Il ne veut pas se désolidariser de cette foule. « C'est vous qui le dites, que je suis roi », affirmera-t-il un peu plus tard, lors de son procès. Il sentait bien que si la foule l'acclamait un jour avec tant d'enthousiasme et de vérité jusqu'à vouloir jeter leurs vêtements sur son passage, ce sentiment pourrait fort bien tourner au vinaigre à un moment ou l'autre. Encore aujourd'hui, nous entendons du fond de la vieille histoire, comme à certains moments de notre propre vie, des cris comme autant de bruits de fond et de rumeurs: « Béni soit celui qui vient », ou encore: « Libérez Barabbas ». Et il peut arriver aussi que nous n'entendions plus rien, tellement nous avons réussi à apprivoiser cette histoire, à l'étouffer dans ce qu'elle porte en elle de remise en question de nos façons de vivre. Dans toute cette histoire, Jésus ne fait que passer. Il nous faut apprendre à le laisser passer, à ne pas l'enfermer ni comme un roi ni comme un hors la loi. Il importe de lâcher prise. C'est l'extrême liberté. Certains ont pensé le retenir en l'enfermant dans la mort, en criant sa mort. Il a passé du côté de la vie: Dieu l'a relevé. Quelques personnes, et non plus la foule, l'on dit vivant... Où sommes-nous aujourd'hui dans cette foule? Sommes-nous capables de briser l'enfermement dans lequel Jésus est parfois confiné par nous, par l'institution, fut-elle l'Église? On se souviendra peut-être de cette scène dans le film Jésus de Montréal. La troupe de théâtre joue le chemin de croix sur la montagne. Dans le jeu de la scène, on voit des comédiens qui demandent à Daniel - le personnage qui incarne Jésus - de les guérir: « Sauve-moi, Seigneur! », dit l'un; « Guéris-moi! », crie l'autre. Dans le feu de l'action, une femme haïtienne, parmi les spectateurs, se fait prendre au jeu et se met à crier à Daniel: « Jésus, je suis à toi. » « Je t'appartiens! Pardonne-moi, Jésus, j'ai péché. » Le préposé au bon ordre lui crie: « Madame, s'il vous plaît, dérangez pas les acteurs! » Un peu plus loin, on sort la femme haïtienne du champ de la caméra. Elle est sortie de l'histoire à laquelle elle croyait au point de vouloir la faire sienne. Mais il ne fallait pas déranger la scène. Et Jésus, l'acteur, continue son rôle. Jésus, lui, n'a sorti personne de la foule. Nous sommes de ses traces. Il nous a entraîné dans son histoire... N'est pas là? ? notre foi? À nous de la continuer en traversant la vie. Nous qui sommes de cette foule, à même le parcours difficile de nos vies, nous tenons dans l'espérance, avec l'assurance qu'au souvenir de la vie de Jésus, la résurrection finira bien par nous atteindre. GUY LAPOINTE |
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