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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 85 (2002).

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Une foi engagée

24 novembre 2002
Année A: Christ, Roi de l’univers
Matthieu 25, 31-46

 « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (v. 40)

En préparant la célébration des funérailles avec des membres des familles des disparus, il m’arrive fréquemment de choisir avec eux le texte de Mathieu proposé en la fête du Christ-Roi qui clôture l’année liturgique. Les raisons qui motivent ce choix me laissent parfois perplexe:

     « Mon père n’était pas très religieux, mais... toute sa vie, il a rendu service! »

     « Je ne sais pas si ma mère priait beaucoup, mais... je sais qu’elle a passé sa vie à prendre soin de tout le monde. »

     Comme si l’exercice de la charité, qui se met en peine, suppléait à une relation explicite à Dieu, dans la prière ou la pratique sacramentelle. Dans le même sens, un confrère nomme cette page du chapitre 25 de Matthieu, l’évangile des distants ou des mal-croyants. Il y a souvent, en effet, une barrière entre la foi célébrée et la foi intégrée à la vie. Le Nouveau Testament parle de la foi sans les oeuvres.

     En langage plus actuel, on parle d’une foi qui ne passe pas aux actes, d’une foi de sacristie ou de sanctuaire. Ce fait illustre la pauvreté de l’identité chrétienne qui est souvent réduite à un vernis occasionnel, sans que cela influence la manière de vivre, d’agir, de parler et d’appréhender la réalité.

     Pendant que théologiens et liturgistes partagent les concepts d’évangélisation et de sacramentalisation, le peuple chrétien se nourrit-il de temps de célébration qui le stimulent, l’envoient, l’incitent à la mission. Les rassemblements communautaires dans la prière liturgique sont-ils refermés sur eux-mêmes, sans porter les préoccupations et les aspirations des hommes et des femmes d’aujourd’hui? Ne risque-t-on pas d’uniformiser et d’aseptiser des célébrations qui ne rejoignent pas l’ensemble des gens et qui ne les engagent pas à vivre ce qu’ils ont célébré: le Christ vivant dans ce monde. Dans ces frères et soeurs qui ont faim, qui ont soif de justice, d’accueil, d’écoute, de partage, d’amour.

     « Ce que tu fais au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu le fais. » Cette identification entre Jésus et les pauvres devrait constituer le plus grand moteur pour motiver les disciples de Jésus à s’engager socialement, à réviser leurs valeurs et leurs priorités à la lumière de l’Évangile et à s’inspirer du Christ pour orienter leur style de vie.

     Dans l’évangile de Jean, on ne retrouve pas le récit de l’institution de l’eucharistie, comme dans les évangiles synoptiques et dans une lettre de Paul aux Corinthiens. Il présente plutôt le geste de service que Jésus pose à son dernier repas en lavant les pieds de ses disciples. « Ce que je viens de faire, faites-le vous aussi », conclut Jésus à l’intention de ceux et celles qui veulent marcher à sa suite. Se faire les serviteurs. Être attentifs aux plus pauvres. Prendre la défense des petits et des mal-aimés. Voilà bien le programme de Jésus.

     Devant la fragilité et la précarité des relations humaines contemporaines, devant l’écart si considérable entre les différents niveaux de vie, même dans une société aussi matériellement favorisée que la nôtre, devant l’inquiétude grandissante de nombreuses personnes menacées, harcelées - pensons par exemple à tant de violence conjugale, ou encore à ces personnes âgées exploitées financièrement par des proches -, devant tant de misères, les disciples de Jésus ne peuvent rester insensibles. Il ne suffit pas de se réfugier dans la prière, mais bien trouver dans la prière et dans la tendresse du coeur de Dieu le courage des solidarités compromettantes et la générosité des partages dérangeants.

     Et Dieu, tel ce juge épris de justice, et tout à la fois miséricordieux, saura bien faire le poids de notre foi cultivée au sanctuaire, et de notre foi active dans ce monde.

GABRIEL GINGRAS
Cap-Rouge

 

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