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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 84 (2002).

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L'Évangile est aussi politique...

20 octobre 2002
Année A : 29e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 22, 15-21

 « Les Pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler […] Alors il leur dit: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Nous avons l'habitude, dans les médias, de ces conférences de presse dans lesquelles les journalistes posent des questions aux politiciens et aux politiciennes sachant fort bien qu'ils n'auront que très rarement une réponse, sinon claire, du moins satisfaisante. Dans ce contexte, toute question devient un piège. Comme on peut le constater à la lecture de ce passage de l'Évangile selon Matthieu, cette sorte de joute politique est de tous les temps. Même Jésus y a été soumis. Mais le passage est trop bien construit, les mots trop bien pesés, pour que nous ayons ici simplement un reportage « en direct » sur un affrontement entre Jésus et un groupe de Pharisiens. Comme il arrive fréquemment dans les évangiles, un événement de la vie de Jésus a été revu de manière à refléter la portée de sa pensée.

     « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Cette réponse de Jésus à la question des Pharisiens est passée à l'histoire; elle a servi à toutes les sauces, même à soutenir des positions politiques les plus invraisemblables. Ce serait se méprendre que de tirer de cette répartie une vision des relations entre l'Église et l'État. Mais heureusement, dans la plupart des régions du monde marquées par le christianisme, nous n'en sommes plus là. Mais il arrive parfois que nous retrouvions chez d'autres grandes traditions religieuses, où les lignes d'interprétation apparaissent moins ouvertes, ce genre de lecture qui a fait fortune chez nous pendant trop longtemps. Ce passage de Matthieu a toujours besoin d'être exorcisé, si on permet l'expression.

     À relire ce passage, la seule ligne politique qui soit ici rappelée, c'est que César n'est pas Dieu. Mais le peuple juif n'avait pas attendu Jésus pour le savoir et le proclamer, même le cas échéant jusqu'à risquer sa vie. Pourtant on ne saurait non plus conclure du manque de dimension politique de la réponse faite ce jour-là par Jésus à une sorte de désengagement du croyant de la dimension politique de la vie. Bien au contraire. « Rendre à Dieu ce qui est à Dieu », c'est aussi prendre ses responsabilités au service des humains et de tous les humains, sans jamais s'arrêter à un seul verset d'Évangile pour justifier l'impertinence ou carrément le refus d'une analyse politique de la vie humaine. Les passages d'Évangile deviennent incompréhensibles et même irrecevables, s'ils ne sont pas ré-insérés et accueillis dans une dynamique de fond. L'Évangile, avec ses énigmes, ses paradoxes si fréquents, est avant tout orientation fondamentale de vie. C'est un souffle qui commande des options tout aussi bien au niveau de la pensée que de l'agir.

     Peut-on me permettre de rappeler ici que les Pharisiens qui interrogent Jésus ne sont pas tous des imposteurs ou des primaires. C'est un mouvement religieux qui, en dépit de ses déviations et de ses durcissements, a libéré la religion juive de l'emprise du clan clérical des prêtres du Temple de Jérusalem. Ce mouvement a résisté à l'assimilation envahissante des Grecs et des Romains et, en définitive, a rendu possible jusqu'à nos jours un judaïsme toujours vigoureux. Ce mouvement était formé exclusivement de laïques. À un moment où, dans l'Église, les laïques jouent un rôle de plus en plus significatif, il n'est pas déplacé de rappeler que la foi se vit dans le quotidien de la vie, que, malheureusement, trop de religieux, prêtres ou autres, ont souvent déserté pour mieux rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

     Ce passage d'Évangile, avec sa mise en scène si évocatrice, nous redit que nous sommes appelés, invités à une profonde fidélité: fidélité aux engagements sociaux et politiques de la cité; fidélité à Dieu dont nous portons en nous l'effigie, créés que nous sommes à son image. N'est-ce pas dans la mesure où nous rendons à Dieu ce qui est à Dieu, que nous pourrons rendre à César ce qui est à César, pour le bonheur de tous ceux et celles qui espèrent et qui construisent la vie au quotidien. Oui, l'Évangile est aussi parole et geste à dimension politique…

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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