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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 84 (2002). |
Pardonnons comme nous sommes pardonnés 15 septembre 2002 « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner? Jusqu'à sept fois? » (v. 22) Il y a quelque chose d'excessif dans cette parabole qu'utilise Jésus pour inviter à pardonner toujours, sans compter. L'idéal évangélique propose le pardon inconditionnel à la mesure de l'amour inconditionnel de Dieu. En effet, le pardon est un mouvement intérieur libérateur, qui procure soulagement et bien-être à la personne capable d'y accéder. Humainement le pardon est souhaitable, même s'il est si difficile à accorder dans des situations qui ont provoqué une réelle blessure. Mais le pardon dont parle la Bible, c'est un pardon non seulement pour se libérer, c'est un pardon aligné au Dieu qui pardonne. Dans la première lecture de la liturgie de ce dimanche, on peut voir que le pardon comporte quelque chose de divin, en réponse à l'Alliance de Dieu. « Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain; pense à l'alliance du Très-Haut et oublie l'erreur de ton prochain. » (Siracide 28, 7) C'est fixés sur ce Dieu qui pardonne, que l'on doit s'efforcer de pardonner nous-mêmes. Comme le chante le psalmiste: « Bénis le Seigneur, ô mon âme, n'oublie aucun de ses bienfaits! Car il pardonne toutes tes offenses [ ] il n'agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. » (Psaume 102) Cette manière de concevoir le pardon dans la Bible nous amène à comprendre qu'il est si difficile de pardonner, qu'il faut parfois tellement d'efforts et tant de temps. Nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes que des humains. Faut-il s'étonner alors que, toute notre vie, le pardon soit un apprentissage constant, car, toute notre vie, nous essayons de découvrir davantage l'amour miséricordieux de Dieu. Nous ne pardonnons pas pour être pardonnés. Nous pardonnons parce que nous sommes pardonnés. Plus nous nous laissons pénétrer, transformer, transfigurer par l'amour de Dieu, plus nos rancunes et nos blessures deviennent relatives. Alors, entre humains, nous pardonnons à la manière de Dieu. Si nous oublions cette caractéristique essentielle du pardon évangélique, qui invite à pardonner comme Dieu nous pardonne, nous risquons de faire de nos efforts surhumains de pardon des performances personnelles à nous enfler la tête, et de nos échecs des dévalorisations culpabilisantes. Ce n'est pas seulement en nous regardant que nous devons apprendre à pardonner, mais en regardant Dieu qui pardonne. Alors, c'est davantage l'action de grâces que l'orgueil de la piste qui habite le coeur de celui qui pardonne. C'est davantage la condition du pêcheur toujours en deçà de l'amour de son Dieu, mais aussi toujours assuré de son amour miséricordieux. Il en est de même pour le sacrement du pardon, ou de la pénitence et de la réconciliation, tel que célébré dans l'Église. Si la démarche sacramentelle n'est pas centrée sur la confession de l'amour miséricordieux de Dieu, mais plutôt sur l'aveu des bêtises humaines, alors qu'y a-t-il à célébrer? Trop souvent, le sacrement a été dévié dans des voies culpabilisantes, favorisant plus ou moins insidieusement le contrôle des consciences et l'abus du pouvoir ecclésiastique, au détriment d'une véritable signification qui donne à voir un « Dieu plus grand que notre coeur ». C'est en regardant son père miséricordieux qui l'accueille, lui ouvre les bras, le relève et commande la fête à son intention, que le fils prodigue entre dans la joie de son maître, se sent pardonné et parvient à l'accomplissement de sa démarche de conversion. Peut-être est-il encore opportun aujourd'hui, pour ne pas manquer l'essentiel, de passer de l'enfant prodigue au Père miséricordieux. GABRIEL GINGRAS |
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