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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 83 (2002). |
Les paraboles: Il était une fois... 21 juillet 2002 « Je proclamerai des choses cachées depuis la fondation du monde. » (v. 35) C'est ancrée dans ma réalité humaine et historique du début du 21e siècle que je lis les textes de ce dimanche. Il y a trois paraboles, un passage du Livre de la Sagesse (Sagesse 12, 13. 16-19) et une lettre de Paul aux Romains (Romains 8, 26-27). Des « paraboles »!... Dans notre langage populaire, parler « en paraboles » c'est être ambigu, laisser planer des sous-entendus, comme si on n'était pas sûr de vouloir être compris. Et voilà que Matthieu dit: « Tout cela, Jésus le dit en parabole... ». Jésus voulait-il embrouiller son auditoire? Je relis les trois textes, à la fois pour en saisir l'image globale, à la fois pour voir s'il y a un lien entre eux. Peu à peu, une idée se fraie un chemin dans mon esprit: « Je proclamerai des choses cachées depuis la fondation du monde. » Mais oui! Parler en parabole c'est conter une histoire, une histoire qui a un sens caché. Le cadre de l'histoire reste figé, mais le sens peut, lui, se réincarner à chaque époque, dans diverses situations. Trois paraboles sans lien autre que le fait qu'elles partent de quelque chose de très petit: des graines (ivraie, grain, semence d'arbre) et du levain. Ces petites choses de rien du tout deviennent, avec le temps, très grandes: des épis de blés, du chiendent, un arbre, de belles miches de pain. Et puis? Je me laisse interpeller. Quelles sont ces petites choses qui dans ma vie - dans nos vies -, croissent tantôt en bien, tantôt en mal? Nos émotions (joie, peine, amour, haine), nos actions. En fait, tout ce qu'on sème, chez soi et chez les autres... Un sourire, un geste de compassion ou d'accueil, une parole d'encouragement, un propos blessant, une attitude intolérante. De tous petits riens. Mais des petits riens qui façonnent la trame de la vie. Ils semblent sans importance, surtout à l'échelle d'un pays, de la planète. Et pourtant! Ils sont des graines d'amour ou de haine, d'espoir ou de désespoir. On ne sait trop comment, mais ils germent, croissent et portent des fruits. On ne peut être certain du résultat. Nos gestes permettront-ils à des personnes de devenir plus authentiques, meilleures, plus « humaines »? Ou les inciteront-ils à l'égoïsme, voire à la délinquance? Il y a toujours un risque, une crainte; nous avons peur de l'abus (peur de l'ivraie, quoi). Il faut dire que nous ne voyons que l'extérieur des choses et que nous nous attendons souvent à des résultats rapides. Nous sommes champions quand il s'agit de juger et de condamner très vite comme le faisaient les serviteurs de l'histoire « veux-tu que nous allions la ramasser (l'ivraie)? ». Et Jésus de répondre « non, de peur qu'en ramassant l'ivraie vous ne déraciniez le blé avec elle ». Quelle leçon de délicatesse! Il nous dit: « N'arrivez pas avec vos gros sabots: semez du bon grain, faites confiance et laissez le temps faire son oeuvre. » Cela me rappelle un vieux prêtre qui disait toujours « nul n'est si bon qu'on le croit ni si mauvais qu'on le pense ». Il racontait avoir été témoin autant de la mesquinerie de bonnes gens que d'actes généreux de criminels avoués. De quoi troubler notre « bonne conscience »... Il traduisait la mise en garde de la parabole du bon grain et de l'ivraie en nous incitant à nous méfier des apparences. Il nous montrait le chemin du discernement et de la tolérance. Les récits évangéliques présentés ici m'appellent à la patience, à la persévérance: répands de la joie, de l'espoir, de l'amour et laisse croître; ne juge pas hâtivement, ne condamne pas précipitamment. Comme un écho, l'extrait du Livre de la Sagesse: « Toi, qui maîtrises la force, [...] tu gouvernes avec tant de ménagements », « [...]tu as appris à ton peuple que le juste doit être ami des hommes ». De nouveau, un appel à être un « prochain » pour les personnes que je côtoie, à être attentive à leurs besoins. À poser des gestes à l'échelle de mon quartier, de ma ville. Et si cet appel s'étendait à la solidarité internationale par le biais de la présence aux groupes qui oeuvrent pour plus de justice sociale? Pour être l'« ami des hommes », je dois respecter la part d'humanité de chaque personne, aller au-delà de sa nationalité, de ses options politiques ou religieuses, de son passé. Cela m'apprend la tolérance dans une société où nous sommes prompts à exclure ceux qui sont différents de nous. Revenons au sens caché, et actuel. Peut-être Jésus nous permet-il, comme jadis, de croire que chaque parole, chaque action est une semence d'éternité, toute modeste soit-elle. Par quel mystère? Je n'en sais rien. Le texte de Paul me dit de ne pas en douter: « l'Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse [...] lui-même intercède pour nous... » Semer l'espérance, à travers mon histoire contemporaine? La Parole de Dieu m'y invite... ANNE VIGNEAU |
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