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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 82 (2002).

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Un simple verre d'eau

30 juin 2002
Année A : 13e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 10, 37-42

 « Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits […] il ne perdra pas sa récompense. » (v. 42)

La page d'évangile retenue pour ce dimanche rappelle le radicalisme de ceux qui acceptent de suivre Jésus comme leur Maître absolu. Il y a dans les exigences radicales de l'Évangile quelque chose d'inconfortable si on apparente cela au fanatisme religieux ou à l'aveuglement partisan. On élimine alors tout discernement, toute remise en question. On s'isole dans ses convictions mal assurées, par peur de les voir ébranlées par le dialogue ou la confrontation. On peut facilement identifier de ces comportements sectaires autour de soi. Il est même possible de se reconnaître parfois soi-même comme quelqu'un qui, au nom de l'Évangile, porte des jugements catégoriques méprisants ou disqualifiants sur telle ou telle approche religieuse, ou telle initiative pastorale.

     Suivre Jésus, être disciple de Jésus, comporte des exigences encore plus grandes que tous les règlements ou toutes les disciplines que les mouvements ou les groupes religieux imposent à leurs adeptes. En effet, c'est l'amour qui est la norme dans la nouvelle alliance. Alors, on n'a jamais fini… on ne va jamais assez loin dans l'amour. On peut être correct face à la loi, par rapport à un cahier de procédures ou à des politiques définies, mais dans une réponse d'amour à un Dieu qui donne sa vie, on n'est jamais quitte.

     Alors, comment ne pas être réconforté par « le simple verre d'eau fraîche qui ne reste pas sans récompense » évoqué à la fin de cet évangile si exigeant, pour que Dieu soit le premier servi. En effet, le simple verre d'eau, donné par amour, est à la portée de tous. Ce n'est rien de spectaculaire ou d'accessible qu'à une élite. Le verre d'eau qui ne reste pas sans récompense aux yeux de Dieu, c'est tout effort pour soulager quelque souffrance, ou pour apaiser quelque soif.

     C'est le vieux couple et leurs proches qui s'esquintent à prendre soin l'un de l'autre atteints à des degrés divers de la maladie d'Alzheimer.

     C'est la maman qui pour la « xième » fois refait confiance à son grand jeune perturbé dans son mal de vivre et dépendant dans sa consommation.

     Ce sont ces jeunes qui consacrent quelques années de leurs débuts professionnels dans des engagements pour le développement du tiers-monde.

     C'est le médecin qui, ne pouvant plus rien pour son malade en phase terminale, prends le temps de l'écouter.

     C'est encore cet enfant qui s'intéresse au copain de sa classe qu'on qualifie de « rejet ».

     C'est ce travailleur qui risque les foudres des instances au pouvoir pour dénoncer une situation d'injustice dans son milieu professionnel.

     Et de façon encore plus banale, le verre d'eau fraîche, c'est l'expérience quotidienne et de chaque instant des parents qui prennent soin, des éducateurs qui ont souci de l'autre, de toute personne qui s'ouvre sur le monde et sur son entourage avec le désir d'aider ou de partager.

     Tous n'ont pas la vocation de tout laisser pour suivre le Christ, mais tous ont la possibilité du verre d'eau partagé. Baptisés dans l'eau qui fait vivre, les chrétiens sont conscients que le Christ se reconnaît dans ceux qui ont faim et soif. « Ce que tu fais au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que tu le fais », se souviennent-ils quand les besoins de leurs frères et soeurs les interpellent. « J'avais faim, et vous m'avez donné à manger; j'avais soif et vous m'avez donné à boire. »

     Alors, le verre d'eau apporte salut du Christ autant à celui qui donne qu'à celui qui reçoit.

     Si le simple verre d'eau fraîche donné ne reste pas sans récompense, combien plus, la vie donnée par amour, auprès des siens, les engagements communautaires et sociaux au nom du respect de la dignité humaine, les dépassements individuels et collectifs au nom de la recherche d'une meilleure qualité de vie, combien tout cela ne restera-t-il pas sans récompense.

     Un simple verre d'eau? Non, un extraordinaire verre d'amour qui change tout.

GABRIEL GINGRAS
Cap-Rouge

 

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