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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 82 (2002). |
Plus que connaissance 9 juin 2002 « Efforçons-nous de connaître le Seigneur. » (v. 3) Que nous en avons appris de choses sur Dieu! Dès le primaire (pour les plus vieux d'entre nous!), nous devions mémoriser par coeur les 992 questions du petit catéchisme catholique. Heureusement, les auteurs avaient pris soin de sous-diviser l'ensemble en sections réservées, de la 3e à la 6e année. Souvenirs pénibles d'une époque au cours de laquelle l'apprentissage se faisait par la mémorisation, aidée d'une petite règle en bois qui s'abattait sur nos frêles mains advenant une réponse inexacte. C'est peut-être cela l'apprentissage corporel! Nous n'étions pas conscients alors de la panoplie d'arguments circulaires qui servaient à la démonstration. Nous apprenions ce que nous devions croire, faire et avoir pour aller au ciel, point à la ligne. Les réformes scolaire et ecclésiale des années 60 amenèrent avec elles leur lot de changements, dont l'introduction de la catéchèse à l'école ne fut pas le moindre. La mémorisation reléguée aux oubliettes, on restait tout de même, encore et toujours, dans le domaine des connaissances à acquérir. On continuait d'enseigner des choses de la religion en suivant les programmes issus du ministère de l'Éducation, prenant soin toutefois de faire une place plus importante à la tradition biblique. Ces réformes s'imposaient. Combien cependant les ont décriées arguant que l'on changeait la religion. Leur foi se trouvait ébranlée parce que les connaissances se modifiaient. Oh fragilité. Nous nous trouvons encore aujourd'hui à une croisée des chemins. La réforme scolaire (loi 168) vient poser de nouveaux défis aux communautés croyantes. Elles ne disposent plus du système scolaire pour diffuser (ou infuser) des connaissances sur Dieu. Et c'est tant mieux! Une prise en main rapide s'impose. Il faut voir à ce que des hommes et des femmes se forment pour prendre le relais. À ce chapitre, la seule bonne volonté ne suffira pas. Dans un monde marqué par le savoir, des assises solides seront exigées de ceux et celles à qui l'on confiera la charge d'enseignement et de formation. Il en va de la crédibilité même de ce qui sera offert. Sommes-nous disposés à y investir temps, argent et énergie? Cette croisée des chemins, c'est une chance inouïe d'ouvrir des voies nouvelles, des approches inédites. On a insisté plus haut sur l'importance de la connaissance. Il est tentant de mettre l'accent sur ce seul aspect au détriment d'un autre plus fondamental. Le texte d'Osée de ce dimanche propose ici quelque chose de fort intéressant. Dans les traductions habituelles nous lisons en Os 6, 3: « Efforçons-nous de connaître le Seigneur » et en 6, 6: « la connaissance de Dieu, je la préfère aux sacrifices ». On aura remarqué dans ces deux passages la présence du mot connaissance. Ceci peut donner l'impression qu'Osée s'en tient au seul savoir sur Dieu, à ce qui touche l'intellect, à ce qui s'apprend dans les livres ou par la transmission d'un enseignement organisé. La Nouvelle Traduction (Bayard/Médiaspaul) suggère un transfert important qui se lit comme suit: Os 6, 3: « Désirons/allez encore un effort pour désirez YHWH » et en 6, 6: « C'est l'amour que j'aime/pas les sacrifices/le désir de Dieu pas les cendres ». On remarque ici que le mot « connaissance » a fait place au mot « désir ». Simple caprice de traducteur? Pas du tout. En privilégiant l'expression « désir de Dieu », on sent la volonté de faire accéder à un niveau de réalité plus profond, je dirais même plus fondamental. Le fondement de l'expérience de Dieu ne réside pas d'abord dans les notions apprises, récitées, transmises. Cette expérience en est d'abord une de relation intime, d'une connaissance qui, tout en ne négligeant pas l'intellect, se situe au niveau de TOUT L'ÊTRE-EN-RELATION. Le désir, c'est ce qui pousse en avant, ce qui attire, ce qui donne saveur à l'existence. Le désir n'occupe pas que l'esprit; il inscrit sa marque dans toutes les sphères de l'existence. En rester à la « connaissance de Dieu », c'est risquer de limiter la relation à un savoir, à une logique, à des données factuelles. La connaissance n'est pas mauvaise en soi mais, le savoir changeant, on risque certaines déceptions (comme celles qui ont surgies lors des réformes antérieures). S'ouvrir au désir de Dieu, c'est se découvrir partenaires d'une relation de co-naissance par laquelle Dieu inscrit ses désirs au coeur de l'existence humaine et attend d'en découvrir les réalisations. Comme il s'agit de co-naissance, le désir de Dieu c'est également l'offrande à Dieu, et la réception par Dieu, de la nouveauté en train de se réaliser par nos propres agirs, par l'incarnation ici et maintenant de ces désirs de Dieu. Nos contemporains ont soif d'une quête de sens qui les rejoigne au plus profond de leur être tant individuel que collectif. L'un des défis qui nous est lancé c'est d'éveiller d'abord le désir existentiel de Dieu. Ensuite pourrons-nous proposer un savoir qui tentera de mettre des mots sur ces réalités, non pour les enfermer dans des formules toutes faites, mais pour en rendre compte de façon intelligible et pertinente pour aujourd'hui. ROBERT DAVID
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