url

photo

La Parole

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTRENOUVEAUTÉS

 

index

Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 79 (2001).

Site internet de Présence

Lumière pour le monde

27 janvier 2002
Année A : 3e dimanche du temps ordinaire
Matthieu 4, 12-23

 « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée. » (v. 16)

La Galilée, au temps de Jésus, compte une population mélangée, qui n'est pas unanimement religieuse. C'est là que Jésus se retire pour entreprendre son ministère. Ainsi, la région des païens sera la première à s'ouvrir à la lumière de la prédication de Jésus.

     Ce fait ne suggère-t-il pas une réflexion pour notre temps! En effet, notre société vit une diversité culturelle et religieuse dans laquelle nombre de croyants se sentent plus ou moins confortables. Ils ont alors le réflexe de durcir leurs positions, d'affirmer avec une certitude renouvelée leurs convictions, et parfois même de se retirer des grands débats de l'heure plutôt que d'engager un dialogue exigeant au coeur de la société séculière.

     Alors que les chrétiens d'ici ont été habitués à se nourrir ensemble à une même table d'hôte sans avoir de possibilités de menus à la carte, aujourd'hui, ils doivent partager une table où les convives n'ont ni les mêmes goûts ni les mêmes mets à partager. Ils n'ont alors d'autres choix que d'offrir leur propre nourriture et d'accepter de goûter à celle de leurs commensaux, dans un accueil à la diversité, qui peut être enrichissant. Bien sûr, cette option comporte des dangers: celui de perdre son identité et sa richesse originale dans un syncrétisme religieux plus ou moins flou, n'en pas le moindre. Par ailleurs, une meilleure connaissance des autres courants spirituels et religieux peut entraîner un respect véritable de la différence et un renforcement des convictions de foi, dont on doit répondre.

     Si, au contraire, les chrétiens font table à part, les rapports Église-monde reviendront au point où ils étaient avant le Concile Vatican II. On n'en serait plus alors à essayer de discerner la présence de Dieu au coeur du monde, ce que le Concile appelait les signes de temps, mais on s'efforcerait de se mettre à l'abri d'un monde mauvais dont il faut se méfier. Un durcissement de cette position conduirait au fanatisme religieux qui repose sur une foi absolue avec un zèle aveugle justifiant les pires excès.

     Le dualisme mal-bien, ténèbres-lumière, Église-monde est une simplification abusive et une interprétation erronée de ce passage de l'Évangile. Quand la lumière luit dans les ténèbres, c'est le Christ-lumière du monde qui se manifeste. Il ne le fait pas autrement qu'en épousant la condition humaine et la culture d'un temps et d'un lieu particulier. Et lorsque la Ville sainte, Jérusalem, ne l'accueille pas et met à mort son prophète Jean Baptiste, il va vers une contrée moins religieuse, plus diversifiée, plus sécularisée et soumise à des influences étrangères.

     Le Christ-lumière du monde ne craint pas de se mettre à table avec les païens et les pécheurs, avec les gens de mauvaise réputation. Le Christ-lumière du monde ne craint pas de supporter les condamnations des gens religieux de son temps, en prenant résolument parti pour les pauvres, les exclus, les laissés pour compte. Le Christ-lumière du monde n'est pas venu pour abolir la Loi, mais bien pour accomplir la Loi. Il rappellera avec audace aux interprètes officiels de la Loi que le sabbat est fait pour l'homme et non l'inverse.

     Pour que le Christ soit lumière dans notre monde, nous avons besoin de témoins, de disciples, de chrétiens capables de répondre de leur foi dans un dialogue ouvert et respectueux avec leurs frères et soeurs séparés d'une part, avec les grandes traditions religieuses et les courants spirituels d'aujourd'hui, d'autre part. Le rejet de la différence, la menace non assumée de la diversité, l'isolement idéologique sont des pièges qui empêcheraient les chrétiens de suivre les traces de leur maître dans les pays de Zabulon et de Nephtali, ou dans la Galilée contemporaine, devenue ce monde où nous vivons, avec ses ombres et ses lumières.

GABRIEL GINGRAS
Cap-Rouge

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2001
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 • courriel:

www.cebl.org • 22 janvier 2002