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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 78 (2001). |
Je ne le connaissais pas 20 janvier 2002 « Oui, j'ai vu, et je rends ce témoignage: c'est lui le Fils de Dieu. » (v. 34) C'est toujours la même chose quand Jean le Baptiste prend la parole ou quand un texte le met en scène. À première vue, il est le protagoniste, mais en réalité il ne joue qu'un rôle de présentateur. Il est celui qui désigne plus important que lui-même. Il est « avertisseur » de Jésus. Il s'efface devant Jésus et en même temps il oriente vers Jésus, il conduit à Jésus. C'est encore cette même attitude que nous retrouvons dans ce texte de l'évangile de Jean qui tient lieu de récit du baptême de Jésus, mais avec un élément original et nouveau. On y entend comme l'écho de l'itinéraire spirituel du Baptiste. Une expérience de reconnaissance de qui est Jésus présentée dans une relecture chrétienne, post-pascale. Jean qui baptisait au bord du Jourdain a vu venir vers lui un homme qu'il ne connaissait pas mais dont il a soupçonné la grandeur: l'Esprit de Dieu reposait sur lui. Et cet homme il le désigne maintenant comme l'Agneau de Dieu, jusqu'à oser dire: « C'est lui le Fils de Dieu. » Il a d'abord vu, puis il a reconnu. Tout se passe comme si Jean Baptiste partait d'une simple vision matérielle: un homme qui, tout simplement, viens vers lui. Et voilà que la vision s'amplifie en une expérience religieuse et spirituelle. Cet homme qui vient, une voix intérieure le désigne non pas comme celui qui se met à la suite mais qui doit être devant, celui qui seul peut baptiser non dans l'eau mais dans l'Esprit. Son expérience, son itinéraire, Jean les résume et en dévoile la profondeur en une seule appellation: l'Agneau de Dieu. Ce qu'il a d'abord vu c'est le Serviteur dont a parlé Isaïe: l'agneau mené à l'abattoir, l'expiateur. Mais allant plus avant dans la relecture chrétienne, le Serviteur devient maintenant celui que préfigurait l'agneau pascal: le sauveur et le libérateur, et plus encore: l'Agneau en gloire du livre de l'Apocalypse. Le Baptiste a d'abord vu Jésus, puis il a reconnu le Christ. C'est là toute sa grandeur: il a su, le premier, voir et reconnaître le Messie. Nous voici bien au-delà du « fait historique » du baptême de Jésus par Jean que présentait les autres évangélistes. Mais ne l'oublions pas, Jean est toujours celui qui montre et désigne et oriente. Quand parvient à ses disciples l'écho de sa démarche de la vision de Jésus à la rencontre du Christ, c'est pour eux une invitation à parcourir le même chemin. Non plus hésiter, questionner seulement, mais apprendre à plus et mieux que voir, à reconnaître et à s'engager dans ce qui est désormais l'aventure chrétienne. Une invitation qui nous rejoint et nous interpelle avec pleine actualité. Nous avons toujours à poursuivre et mener plus avant la recherche de qui est Jésus. Nos premières lectures d'Évangile nous ont fait voir un homme qui a été tout entier serviteur. Serviteur des autres, de ses frères et soeurs qui avaient faim de paroles de vie tout autant que de pain. Serviteur de son Dieu aussi dans une fidélité et une soif de communion qui faisait son espérance et sa force. Et puis, progressivement, par recoupement et allusions, par rattachements à toute une histoire de salut que raconte la Bible, s'est présenté à nous le mystère, le drame pascal de Jésus: nous avons reconnu le Christ. Mais le chemin ne s'arrête pas là. Cette reconnaissance doit devenir vivante et vivifiante: elle doit prendre corps dans notre expérience humaine avec toute sa dimension religieuse et spirituelle. La foi qui est nôtre et que toujours nous recherchons n'est pas que toute donnée. Sa croissance se réalise par toute l'ardeur que nous employons à mieux voir jusqu'à comprendre et reconnaître. En ce travail de croissance, le témoignage de Jean le Baptiste est pour nous plus qu'un exemple à suivre. Pour ses disciples, pour les premiers chrétiens et chrétiennes, souvent mal assurés et inquiets dans leur foi, qui entendaient l'écho de sa voix dans l'évangile de cet autre Jean, il était l'avertisseur. Celui qui disait: « Ne vous contentez pas trop rapidement d'avoir vu l'homme Jésus. Regardez. Regardez bien et longuement. Celui qui est venu un jour vers moi, est plus grand que ce qu'il semblait être. Il est toujours en avant de nous pour nous attirer plus loin et plus haut. » Jean le Baptiste est aussi avertisseur pour nous. Et peut-être veut-il encore nous rappeler la présence de tant d'autres avertisseurs en notre expérience humaine: des événements, des personnes surtout, qui toujours nous disent qu'il faut aller plus loin que voir seulement. Aller jusqu'à connaître. YVON-D. GÉLINAS |
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