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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 80 (2002). |
Le dernier des signes 17 mars 2002 « Lazare, notre ami, s'est endormi; mais je m'en vais le tirer de ce sommeil. » (v. 11) Juste au centre du quatrième évangile, le récit le plus long de tous les récits johanniques, excepté celui de la Passion: celui du retour à la vie de Lazare. Un récit charnière entre le livre des signes donnés par Jésus et le livre de la révélation de qui est Jésus. Le dernier signe donné par Jésus: il ramène son ami à la vie; puis suivra la pleine révélation de la personnalité de Jésus dans sa passion, sa mort, sa résurrection. Un récit au cours duquel Jésus se montre tel qu'il a toujours été. Il est l'homme d'une entière liberté qui, conscient du danger de son retour en Judée, tarde à se rendre auprès de Lazare et de ses soeurs. Non pas qu'il ait peur, mais parce qu'il est le maître de la situation, qu'il n'agit que suivant sa volonté qui fait corps avec celle du Père. Ce n'est pas par hasard qu'il tomberait dans un piège qu'on lui tend, mais parce que l'heure serait venue de l'annonce de sa prochaine reconnaissance par le Père, de sa glorification. Jésus, en ce récit, se montre pleinement humain: il pleure, il frémit devant son ami mort. Il se montre aussi autrement qu'humain: il commande à la mort même. Comme s'il voulait donner occasion aux disciples et à la foule de reconnaître qu'il est bien l'envoyé de Dieu. Ce récit est bien celui du dernier des signes, ce signe ultime qui peut conduire à voir la pleine réalité, mener jusqu'à la foi. Un récit qui se présente, comme tous les autres en Jean, avec son langage à deux niveaux qui donne naissance à ces quiproquos qui relancent l'action et le dialogue. On le voit bien ici en ce qui est en fait le coeur et la pointe de tout l'épisode: le dialogue avec Marthe. Comme un récit dans le récit, rapide, rigoureux, tout en marche ascendante vers un but. Marthe qui va vers Jésus, qui dit sa confiance: « Si tu avais été là... Je sais que Dieu t'accordera tout ce que tu lui demanderas. » La réponse de Jésus qui provoque l'énoncé d'une croyance générale, presque abstraite: « Il ressuscitera au dernier jour. » Et l'affirmation de Jésus: « Je suis la vie. » Enfin, la foi de Marthe, non plus en une vérité mais en une personne qui est vérité et vie: « Tu es le Fils de Dieu qui vient dans le monde. » Le miracle, le signe - si discrètement rapporté - arrive après cette profession de foi pour accompagner et authentifier la parole. Comme une lueur furtive pour laisser voir ce qui doit venir. Comme un balbutiement pour faire présager ce qui est indicible: la vie au-delà de la mort. Mais là n'est pas l'essentiel, pas tout à fait le plus important. Certainement rien pour satisfaire la curiosité, notre curiosité. On ne sait rien de l'expérience vécue par Lazare. Le récit est avant tout celui d'un itinéraire de la confiance à la foi: confiance en Jésus et foi au Christ. C'était le but recherché: un signe donné, qui illustre une parole et qui peut amener à croire: « Ils virent ce que Jésus avait fait, et ils crurent en lui. » Le livre des signes peut se refermer. Il se termine sur le signe de Lazare qui dit la vie comme il avait commencé par le signe de Cana qui annonçait le renouveau. La mission est presque terminée. Le deuxième livre peut s'ouvrir qui révélera ce qu'annonce le retour à la vie de l'ami de Jésus: la passion et la croix qui s'accompliront en pleine lumière; non plus un simple retour à la vie, mais la résurrection. Avec un sens déjà donné à cette passion et à cette mort: c'est parce qu'il accepte librement et consciemment de donner sa propre vie qu'il peut rappeler les autres de la mort à la vie. Quelle parole et quel signe pour nous en ce récit? Certainement plus qu'une annonce de Pâques en une fin de carême. Où plutôt: la révélation de Pâques pour nous. Un signe qui peut donner confiance, comme un voile soulevé sur ce qui viendra pour nous: un retour à la vie, mais pas la vie de maintenant. Une parole qu'appuient des signes et qui veut conduire de la confiance à la foi, d'un désir confus et d'une aspiration générale et abstraite à la foi libre et consciente en une personne, en celui qui est venu nous dire la parole. Il nous faudra du temps pour parcourir l'itinéraire. Il y aura des malentendus, des quiproquos. Comme pour Marthe. Et aussi - toujours comme pour Marthe - un attachement, une amitié, un amour pour celui qui dit la parole. Parce que ce récit nous redit que les signes ne suffisent pas, qu'il est bon et beau de croire avant même d'avoir vu. YVON-D. GÉLINAS |
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