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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 80 (2002).

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L'eau de vie

3 mars 2002
Année A: 3e dimanche du Carême
Jean 4, 5-42

 « Jésus lui répondit: "Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit: 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive." » (v. 10)

Ne me parlez pas d'eau bénite, s'était écriée cette mère éplorée, qui pleurait son garçon de 10 ans. Bien sûr que pour elle le symbole de l'eau porteuse de vie ne signifiait rien, son fils s'était noyé. Comment, dans l'immédiat de sa perte, pouvait-elle accéder à l'un des plus beaux symboles de la tradition chrétienne? Et pourtant, c'est dans l'eau de son ventre maternel que la vie avait jailli en elle. C'est dans l'eau du baptême que son fils avait été introduit dans la vie éternelle. C'est dans l'eau qui fait vivre au delà de la mort qu'on devient les bien-aimés de Dieu.

     L'eau qui fait vivre, l'eau porteuse de vie, l'eau-de-vie. « Si tu savais le don de Dieu! », dit Jésus à la femme au bord du puits. Voilà bien notre besoin actuel comme au temps de la Samaritaine: découvrir la personne et le message de Jésus comme porteurs de vie; accueillir Jésus comme source de vie et de liberté; s'abreuver à la source d'eau vive plutôt que de creuser sans cesse plus profond et plus loin à la recherche de nouvelles veines d'eau pour nourrir sa vie spirituelle.

     Les symboles sacramentels dans l'histoire de l'Église n'ont pas changé, mais leur signification a grandement évolué au cours des âges. Ainsi encore récemment, l'eau du baptême était d'abord l'eau qui purifie, qui lave du péché originel, qui blanchit l'âme souillée. Notre sensibilité contemporaine est plus confortable avec l'eau du baptême qui signifie la vie de Dieu, accueillie en Jésus Christ et alimentée par l'Esprit Saint.

     On pourrait croire que l'on n'a plus soif aujourd'hui, plus soif de Dieu, plus soif de Jésus Christ, plus soif de la Parole de Dieu et des rassemblements liturgiques! C'est, me semble-t-il, une illusion. Nombreux sont les gens qui ont abandonné leur appartenance religieuse traditionnelle mais qui cherchent ailleurs des façons d'alimenter la dimension spirituelle de leur être. Parfois, on peut regretter qu'ils le fassent avec une certaine naïveté et peu de discernement, mais encore faut-il également constater qu'ils n'ont pu trouver dans ces références religieuses traditionnelles, réponses à leurs attentes et l'eau qui comble leur soif. Serions-nous davantage devant un problème de puits et de distribution d'eau vive que de soif?

     Par ailleurs, je me plais à redire avec Jean Rigal que l'Église est comme un vieil aqueduc à la tuyauterie complexe, vieillotte et rouillée, qui, ô miracle, continue de fournir de l'eau claire et limpide. Parce qu'au delà de nos blocages institutionnels de l'heure, de la montée de l'autoritarisme centralisateur, de nos difficultés à animer culture et foi, il y a la force de l'Esprit qui fait circuler la vie comme une eau vive.

     Il n'y a pas de jours où je ne puisse rendre grâces pour la foi active de tant et tant de gens qui continuent de chercher et de lutter pour une meilleure intelligence de la foi, dans les Facultés de théologie bien sûr, mais aussi dans l'anonymat de leur quête individuelle ou avec l'audace impatiente d'un Jean-Paul Lefebvre qui publie une lettre ouverte à nos évêques, ou avec la pertinence éclairée d'un Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir.

     Alors que certains réseaux ecclésiaux mettent beaucoup d'énergie à promouvoir un conservatisme nostalgique ou à rêver de retour à la société chrétienne d'hier, des individus et des petits groupes continuent de chercher, d'inventer, de dialoguer avec la culture de ce temps et les gens qui la font. Certains s'y appliquent même avec bonne humeur et jeunesse, comme Benoît Lacroix, dominicain, présent à l'émission Enjeux de Radio-Canada encore récemment.

     Je ne savais plus si c'était l'eau vive de la Parole de Dieu, ou l'eau-de-vie puisée dans le Christ, mais j'ai soif de cette eau qui fait vivre.

GABRIEL GINGRAS
Cap-Rouge

 

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