url

photo

La Parole

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTRENOUVEAUTÉS

 

index

Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 10/78 (2001).

Site internet de Présence

Pâques ne peut exister sans Noël

25 décembre 2001
Année A: Nativité du Seigneur
Jean 1, 1-18

 « Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce. » (v. 16)

Le sentiment face à Noël est ambigu. Beaucoup de gens attendent avec hâte ce temps des Fêtes où l'atmosphère est à la réjouissance, où on fait bombance, où on s'échange des cadeaux, où on se retrouve entre parents et amis, où le temps du travail s'arrête pour faire place à des espaces de gratuité. Pour d'autres, par contre, c'est la hantise de ces gros moments de solitude, le rappel crucifiant d'enfants qui ne sont plus là ou qui ne viendront pas, la douleur de ne pas faire partie de la fête. Je me souviendrai toujours de cet homme rencontré dans le temps de Noël dans un avion revenant de l'ouest où il travaillait dans une mine, séparé ou divorcé de sa conjointe, je ne sais trop, et qui me partageait son haut-le-coeur de ce temps de l'année, qui ne faisait que rouvrir la plaie béante d'une famille qui n'existait plus.

     C'est la même ambiguïté qu'on retrouve dans le récit d'évangile prévu par la liturgie pour la fête de Noël: « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas saisie. [...] Le monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu [...]. » Qu'y a-t-il de plus désirable que la vie et la lumière? Noël coïncide avec ce moment où nous célébrons l'allongement du jour, et la diminution de la nuit. Pourquoi donc parler d'un refus de la lumière? De même, d'après l'évangéliste, nous sommes tissés de la même fibre que le Verbe de Dieu. Que signifie alors le fait que le monde ne l'a pas reconnu? Il y a ici quelque chose de tragique qu'il faut essayer de comprendre. Car ce qu'on dit, en un mot, c'est que l'aliénation par rapport à son être véritable fait partie de notre monde, et donc décrit une facette de nos vies.

     Selon vous, quelle est l'une des plus grandes difficultés de la vie, celle où plusieurs achoppent? Personnellement, je réponds: la vie elle-même, son existence même. Car il y a bien sûr la joie de vivre, mais il y aussi le vieillissement et la mort. Il y a le plaisir de découvrir, mais il y aussi l'existence de limites où chaque petite réponse est péniblement obtenue au compte-gouttes. Il y a le plaisir de ce corps qui peut courir et danser, mais il y a la maladie, les handicaps physiques, les conséquences d'un corps trop gros ou trop petit. Il y a la merveille de l'amour, mais aussi la solitude, la haine et la violence. Il y a cette chose unique et mystérieuse appelée: liberté. Mais cette liberté laisse la place à un tas de choix catastrophiques, à tel point que la première chose qui serait éliminée si l'homme pouvait recréer l'homme - c'est une conviction personnelle -, c'est la liberté.

     Accepter de célébrer Noël, c'est entrer dans ce monde d'ombre et de lumière, c'est ré-accepter cette longue naissance de soi et de ce monde que nous habitons, non pas tel que nous l'imaginons quand nous prenons des chemins d'évasion, mais tel qu'il est réellement. Où, pensez-vous, s'est construite la personne de Jésus telle que le révélera ses trois dernières années, sinon dans le quotidien de Nazareth? Où sa perception de Dieu s'est-elle affinée, sinon dans sa prière et le contact des événements et des êtres?

     De manière symbolique, notre attitude face au corps, à la fois chéri et honni, source à la fois de tant de joies et de peines, condense le sens de nos relations avec l'univers. Chacun y trouvera un mouvement de va-et-vient entre la pleine acceptation et le refus, entre un engagement conscient et une totale passivité. Pourtant, la terre promise vers laquelle nous a fait cheminer l'Avent n'est pas ailleurs que là, et si Pâques peut se produire, il faut d'abord naître à soi et à son monde, il faut entrer dans cette chair pour espérer vivre la « résurrection de la chair », cette chair où le Verbe de vie a posé sa tente.

     Il est coutume dans les milieux religieux de condamner la face mercantile de Noël. Pourquoi ne pas dépasser les ombres de ces conditionnements sociaux et voir dans ces multiples moments de festivités cette lumière qui montre cette facette de nous, un être qui, au-delà du travail, a besoin des autres pour apprendre à vivre. Pourquoi ne pas voir dans ces moments où les enfants occupent la scène, malgré les excès de l'enfant-roi, que notre personne ne se définit pas d'abord par son travail, son statut social, ses revenus, mais par son côté unique, et qu'il est sans cesse en croissance.

     Puisse Noël être ce moment de réconciliation avec la personne que nous sommes, avec ce monde qui est le nôtre. Car il n'y a pas d'autre lieu pour cheminer vers Pâques.

ANDRÉ GILBERT
Aylmer

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2001
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 • courriel:

www.cebl.org • 12 décembre 2001