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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 10/78 (2001).

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Honorer vous dites?

30 décembre 2001
Année A: La Sainte Famille
Ben Sirac 3, 2-6.12-14

 « Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants [...]. Celui qui glorifie son père verra de longs jours, celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère. » (v. 5-6)

Je suis de la génération de ceux qui devaient vouvoyer les parents, les professeurs, et toute personne qui avait l'air de ressembler à quelque chose comme un adulte. C'était, disait-on à l'époque, une marque de respect. Une façon aussi d'établir l'autorité en imposant une distance. Chez nous, pas question d'appeler mon père ou ma mère par leur prénom. Cela aurait été trop familier. Nous avions affaire à des parents, dans leur rôle parental à temps plein. Quel choc j'ai subit un certain Noël en entendant mes cousines parler à ma grand-mère (déjà très avancée en âge) en la tutoyant et en l'appelant par son prénom! Si j'en fus d'abord un peu scandalisé, je n'en découvrais pas moins d'autres possibles qui ne semblaient pas poser problème aux personnes concernées. On pouvait faire autrement tout en étant respectueux.

     Je suis aussi de la génération dont les enfants ont été rivés au petit écran à chaque repas du midi et du soir pour écouter Passe-Partout. Impensable de manquer une seule émission, même si on revoyait la même pour la trois millième fois (pas étonnant que les parents, qui se les tapaient aussi deux fois par jour, aient applaudi l'arrivée de nouveaux épisodes après plus de 5 ans...). On y trouvait la famille « parfaite » (mais le p'tit Simard n'y jouait pas): deux parents, un gars, une fille (mais pas ceux du jeudi soir), tous unis et totalement heureux. Je ne me souviens pas avoir entendu Pruneau ou Cannelle appeler Perlin « papa » ni Perline « maman ». C'était l'époque du parent-ami, proche, compréhensif, le parfait parent-à-l'écoute (Best-seller des années 80). Plus question bien entendu de vouvoyer grand-papa Bi, Fardoche, Madame Coucou ou Carmine. Mis en contact avec le modèle de l'harmonie quotidiennement (deux fois plutôt qu'une), on aurait pu s'attendre à une société d'ados aussi harmonieuse.

     Il semble bien que ce ne soit pas toujours le cas. De Passe-Partout à Watatatow la marche est haute, ou la descente est abrupte, c'est selon Watatatow all right. Téléroman dédié aux ados, on y présente des jeunes dont les relations avec les parents sont on ne peut plus tendues (rien à voir cependant avec la « bitch » de 4 et demi). On envoie promener père et mère allègrement dans un vocabulaire que l'on n'utiliserait sans doute pas pour engueuler son chien. Les parents, exaspérés, ne savent où donner de la tête pendant que les enfants font la pluie et le beau temps et cherchent un sens à la vie qui ne semble pas se laisser découvrir facilement. Reflet d'une certaine société en mal de points de repères?!

     Quand je lis le texte du Siracide proposé ce dimanche, j'ai l'impression de me retrouver à mille lieues de notre propre monde. Honorer son père et sa mère. Par les temps qui courent, presque un enfant sur deux pourrait poser la question: « Quel père? Quelle mère? » Ils en ont deux, parfois trois (à moins de restreindre le terme à sa connotation biologique). Quelques-uns en ont, mais ne les voient à peu près jamais... Sans parler des nouvelles pratiques d'insémination qui permettent à des femmes d'avoir des enfants sans « père ».

     Honorer qui, pourquoi? quand des parents abandonnent leurs enfants dans la rue, les battent, les violent, les déchirent pour la vie? Je peux me tromper mais il me semble qu'honneur et glorification s'accordent à ceux et celles qui le méritent. Il s'en trouve encore, et de nombreux. Plusieurs enfants ne connaîtront cependant jamais ces sentiments, faute d'avoir pu goûter, ne serait-ce que quelques fois, le bonheur d'être accueillis comme des êtres à part entière, dignes d'être aimés et respectés.

ROBERT DAVID
Saint-Hippolyte

 

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