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Présence

Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 10/78 (2001).

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En dépit de tout, il reste l'attente et l'espérance...

16 décembre 2001
Année A: 3e dimanche de l'Avent
Matthieu 11, 2-11

 « Les aveugles voient, les boiteux marchent, [...] les sourds entendent, les morts sont tirés de leur sommeil, l'Évangile est annoncé aux pauvres... » (v. 5-6)

J'écris ces lignes le 12 septembre, au lendemain du terrible attentat du World Trade Center à New York et du Pentagone à Washington. J'ai peine à croire à la réalité de ce qui arrive. Avec les images cent fois répétées, toujours les mêmes, des tours jumelles qui s'effondrent, les émissions de télévision renforcent l'idée d'un film de fiction. Pourtant, je dois m'y résoudre: c'est la vie de milliers de personnes et, probablement, de toute une civilisation qui est en train de mourir. Le monde semble arrêté, à peine un souffle très court, dans l'attente: attente de qui, de quoi? Des familles attendront le retour d'une mère, d'un père, d'une soeur qu'elles ne reverront probablement jamais. Il y aura de l'attente quand même et pendant de longs jours, de longues semaines, longtemps...

     Je pense à certains passages apocalyptiques de l'Évangile, passages qui seront lus en ce temps d'Avent. Je me dis: c'est certainement la fin d'un monde. En toute solidarité, il nous faudra ensemble travailler à la naissance d'un autre monde, changer le sens des valeurs trop acquises, briser les mailles de la violence, tenter de retrouver ce que l'humanité recèle de foi et d'espoir pour reconstruire. Plus que jamais, je me sens dans un temps d'attente, dans un temps d'avent.

     Et je suis à lire et à ré-entendre, en ce moment si tragique, un « passage » d'Évangile selon Matthieu. Je me prends à me dire qu'à travers cette tragédie, l'Évangile passe encore dans ma vie comme un messager fidèle, espérant qu'il rejoindra le plus de monde possible. À la rumeur des actions accomplies par Jésus, Jean le baptiste se pose des questions, tout comme le monde entier s'interroge sur ce qu'il voit et entend dans cette tragédie. Jésus renvoie les disciples de Jean auprès de leur maître avec un message très simple: « Dites-lui ce que vous avez vu et entendu: les aveugles voient, les boiteux marchent... les morts sont tirés de leur sommeil... » C'est à la lumière de certains gestes, de certaines actions que nos yeux peuvent regarder la vie autrement, que nous pouvons, à ces moments, réinventer la marche pour découvrir d'autres chemins et une capacité de vie et d'espérance que nous n'aurions jamais découverts, n'eût été de ce moment tragique. Voir, marcher, entendre autrement la vie à même et par-delà la mort, telle est l'annonce de l'Évangile qui passe et repasse dans nos vies.

     Cette année, tout particulièrement, le temps de l'Avent peut retrouver une dimension d'attente jamais aussi forte. Une attente qui aura certainement des airs d'un enfantement d'un monde nouveau, à venir, à bâtir. Plus que jamais, à Noël, on pourra célébrer la naissance de Jésus, mais aussi, à même cette mémoire, la naissance de notre monde. Plus qu'en aucun autre moment de ma vie, je sens que la naissance est en avant, elle est à venir à même un monde qui ouvre les yeux, qui guérit ses blessures, qui entend des choses sur lui-même qu'il ne s'est probablement pas donné le temps pour les entendre. L'Avent est un temps qu'on se donne pour apprendre ou réapprendre à enfanter le monde, notre monde.

     Vivement l'espérance au coeur de cette tragédie humaine et au coeur de nos attentes et de nos nuits! L'Enfant est bien né au coeur de la nuit, mais surtout au coeur des attentes du monde. En dépit de tout, il reste l'attente et l'espérance.

GUY LAPOINTE
Montréal

 

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