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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 10/78 (2001).

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Une voix dans le désert

9 décembre 2001
Année A: 2e dimanche de l'Avent
Mathieu 3, 1-12

 « À travers le désert, une voix crie: Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. » (v. 3)

Le désert: lieu de la désolation, de l'austère aridité, du silence et de la sécheresse. Le désert: le vide, l'absence de vie. Le désert: lieu du désir, et lieu où Dieu parle au coeur dans le silence favorable. C'est encore le lieu des passages, des transformations à plus de vie, lieu de conversion donc, parce que dans la Bible, le désert est souvent un lieu privilégié de rencontre de Dieu. C'est également le lieu de la soif, de l'attente de l'oasis où l'on se désaltère, où l'on trouve l'eau indispensable. Au désert, on découvre le Dieu source de vie!

     Jean Baptiste n'est pas au coeur de la cité grouillante pour annoncer « celui qui vient ». Il est au désert, là, où ceux qui cherchent Dieu viennent à lui. Les chemins de Dieu sont imprévisibles, quoique fréquemment Il se laisse découvrir suite à une démarche, à une quête, à un questionnement existentiel qui, aujourd'hui, empruntent les chemins des abbayes et des monastères, du silence de la nature, ainsi que des spiritualités alternatives.

     Les déserts modernes prennent bien des formes: dans la solitude parfois désirée, mais néanmoins lourde à porter des grands édifices à logements urbains, il y a le désert de l'ennui et de la recherche de valorisation personnelle; dans la retraite hâtive et mal assumée, il y a le désert de l'inactivité démobilisante; dans les contraintes d'une vie professionnelle performante, il y a le manque d'espaces pour respirer, pour alimenter la dimension intérieure de son être.

     Alors, peut-être avons-nous besoin d'entendre un Jean Baptiste, la voix qui crie dans le désert. Cette voix parle de l'urgence du salut en Jésus Christ. Elle ne prend pas de précautions, elle ne se soucie pas de la mode du temps ou des convenances politiquement correctes. Elle crie avec audace et conviction: convertissez-vous, préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.

     Se convertir, c'est se tourner vers Dieu, c'est se laisser guider par sa parole, c'est développer une foi active, un amour qui se met en peine et une espérance persévérante, selon les mots de la lettre de Paul aux Thessaloniciens.

     Saurons-nous profiter de nos déserts imposés ou recherchés pour entendre l'invitation à la conversion, à du neuf, à une révision de notre échelle de valeurs et de nos priorités?

     Saurons-nous entendre dans le tumulte de nos vies trépidantes et surchargées les voix prophétiques qui crient dans les déserts d'aujourd'hui: il faut revenir à un style de vie plus simple; il urge de partager plus équitablement la richesse, il est impérieux d'accueillir les exclus et les laissés pour compte; on ne pourra pas trouver harmonie personnelle en évacuant la dimension spirituelle de l'existence (etc.).

     Toutes ces voix, en provenance de différents horizons sociaux et religieux sont souvent assez voisines de la voix de l'Évangile, de Jean Baptiste qui crie dans le désert.

     Le temps de l'Avent-Noël peut devenir un temps favorable à la conversion. À côté des impératifs de la société de consommation auxquels on peut se prêter avec modération, n'y a-t-il pas lieu de profiter d'un temps de relâche professionnelle pour renforcer des liens familiaux, savourer des espaces de loisirs et de détente, nourrir quelque peu la vie spirituelle? Ne serait-ce pas là une façon de se placer sur des voies de conversion où l'on peut entendre les appels évangéliques?

     Ce temps peut être pour certaines personnes un lieu désertique où la solitude pèse plus lourd, où le travail est encore plus pénible, où la situation économique devient encore plus précaire. Mais il peut également devenir lieu d'accueil d'un Dieu qui se fait l'un des nôtres, dans la simplicité d'un enfant pauvre et sans logis. Alors le désert devient lieu où coule en abondance l'eau vive du partage, de la réconciliation, de la générosité, de l'hospitalité, du recueillement et de la prière.

GABRIEL GINGRAS
Cap-Roug

 

 

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