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Cette chronique est une gracieuseté de Présence Magazine 10/77 (2001). |
Veiller pour le rencontrer 2 décembre 2001 « C'est à l'heure où vous n'y penserez pas, que le Fils de l'homme viendra. » (v. 44) Pour entrer dans le temps de l'Avent, la liturgie propose une lecture évangélique assez déroutante. On entend Jésus évoquer trois situations dramatiques. La première est un célèbre épisode de la Genèse, le déluge. La deuxième concerne des hommes et des femmes qui se font surprendre au beau milieu de leurs occupations quotidiennes. La troisième met en scène un vol par effraction. Comment ces trois scènes peu réjouissantes peuvent-elles bien nous mettre dans l'ambiance de Noël, fête de la joie et de la paix? Pourquoi avoir choisi un tel texte pour amorcer l'Avent? Malgré les apparences, ces paroles de Jésus correspondent fort bien à l'esprit qui anime l'Église durant le temps de l'Avent. Car l'Avent n'est pas d'abord un temps de préparation à la fête de Noël mais, plus globalement, de préparation à la venue du Seigneur dans nos vies, aujourd'hui et demain. Toute l'année nous l'attendons cette venue. À chaque eucharistie, au moment de l'anamnèse, nous affirmons que « Nous attendons ta venue dans la gloire ». Mais l'Église se donne un temps où insister davantage sur cette attente. La période précédant Noël, fête de l'Incarnation, se révèle à cet égard tout à fait appropriée. Dans cette perspective, la pertinence de la lecture évangélique d'aujourd'hui ne fait aucun doute. Les trois situations évoquées deviennent autant de clés de lecture de notre propre cheminement de foi et d'espérance dans l'attente du Seigneur. Examinons chacune d'elles. La première clé, celle du déluge, se veut un contre-exemple. L'attitude des gens à l'époque de Noé est un modèle à ne pas imiter. Jésus ne leur reproche pas leurs agissements. Manger, boire, se marier... rien de condamnable en soi. Mais leur vie se résumait à cela, à ce train-train engourdissant et centré sur soi. Si Jésus pointe ces gens, ce n'est pas pour les juger. De toute façon, ils sont morts depuis belle lurette! C'est plutôt pour indiquer que les jours de Noé ne se sont pas terminés avec le déluge. La tendance persiste à se replier sur soi, à se contenter de son bien-être personnel. Parfois aussi, et c'est particulièrement vrai durant l'Avent, on se laisse submerger, engloutir par le déluge d'obligations familiales et sociales que Noël apporte. À un point tel qu'on se trouve aveuglé, que le plaisir et les bienfaits des relations interpersonnelles flétrit et qu'on se sent forcé de revêtir des masques... D'ici Noël, les entreprises commerciales vont redoubler d'imagination pour convaincre la population que leurs produits et services assureront le succès des Fêtes. Comme croyants et croyantes, nous avons certainement un autre discours à proposer. La deuxième clé est celle des deux hommes et des deux femmes aux destins différents. Elle illustre le caractère soudain, inattendu et extérieurement imperceptible de la venue du Seigneur. La formule est un peu mystérieuse: « l'un est pris, l'autre laissé », « l'une est prise, l'autre laissée. » On y a déjà vu une allusion à la foudre qui frappe aveuglément une personne et épargne l'autre juste à côté. Jésus exprime sans doute plutôt que Dieu « prend » avec lui certains et en laisse d'autres, selon les dispositions de leur coeur. Quoi qu'il en soi, cette clé de lecture donne à comprendre que la venue du Seigneur ne se réalise pas seulement dans des événements grandioses comme le déluge. Dieu advient au plus banal de notre quotidien: le travail au champ ou au moulin. Aujourd'hui, on dirait: « deux hommes tondent la pelouse » ou encore « deux femmes naviguent sur internet ». Le mystère de Dieu et celui de notre foi nous travaillent à longueur de journée, jusque dans nos tâches les plus ordinaires. Le temps de l'Avent s'offre à nous comme un espace pour le reconnaître, l'apprécier et permettre au plus grand nombre d'en bénéficier. La troisième clé, celle du voleur qui frappe en pleine nuit, insiste sur la vigilance. L'exemple de Jésus, un vol par effraction - expérience désagréable s'il en est une! - peut donner une idée angoissante de la venue du Seigneur. Mais il souligne plutôt que si on attend de Dieu des signes clairs et précis, on risque de passer à côté de lui. D'où la recommandation de veiller. Veiller, ce n'est pas se priver de sommeil. C'est plutôt garder l'esprit ouvert et disponible à Dieu. Disponible à Dieu signifie disponible à l'autre, aux autres et en particulier aux plus démunis, aux maltraités, aux mal-aimés. Car c'est à ceux-là que le Christ s'est identifié dès sa naissance dans le plus humble des patelins de Palestine, comme un sans-abri. Et ce jusqu'à sa mort, douloureuse et misérable. JEAN GROU |
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