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Hommage à Stéphane Gagnon
par Guy Lespinay, o.p.

Garder en mémoire est un acte de respect mais surtout un geste d’affection envers quelqu’un qui a contribué par sa vie et son exemple à un groupe, une société, une communauté. Stéphane Gagnon a été un ami, un compagnon, un époux, un père et un chef de file infatigable dans la communauté étudiante catholique de l’Université de Montréal.

J’ai connu Stéphane en 1987 à la Montée Saint-Benoît. Assis par terre (j’étais encore capable de le faire) à côté de moi, dans la grande salle du centre de ski du Mont Owl’s Head, il y avait un jeune de 18 ans allongé de tout son long, écoutant les instructions pour la fin de semaine données par Robert Tallard, alors animateur de pastoral à l’aumônerie de l’université. Il était nouvellement inscrit à la faculté de psychologie. Il avait choisi de venir à la Montée St Benoît, en cette fin de semaine pluvieuse d’octobre, au moment où il avait pourtant bien d’autres choses à faire. C’était le moment de la lancée des activités de l’aumônerie et tous nous misions sur une bonne participation. J’ai oublié le nombre de monteurs, mais cette année-là, il y avait la qualité.

Stéphane décide de venir aussitôt connaître le Centre étudiant la Maison-Blanche en s’inscrivant d’abord au groupe Parfoi. Il prend vite l’initiative et devient un des participants les plus dynamiques et s’investit à plein. Deux mois plus tard, il décide de réorienter ses études et prend un court congé pour réfléchir à son avenir. Il est inquiet. Pourra-t-il continuer à venir au Centre. Il est déjà attaché. Il vient de découvrir une deuxième famille sans toutefois négliger la sienne. Le Directeur le met à l’aise et lui dit qu’il peut continuer à participer aux activités sans difficulté. Janvier suivant, Stéphane décide de s’inscrire à la Faculté de droit.

Stéphane se fait facilement des amis. Il est élu responsable du groupe Parfoi dont il fait partie. Il s’inscrit dans d’autres activités dont la Troupe Imaginart qui en est à ses débuts. Il n’hésite pas à donner son nom pour animer des soirées et toujours en équipe. On aime travailler avec un Stéphane toujours plein d’enthousiasme.

Pour lui la Maison-Blanche n’est pas un lieu mais un esprit. Il s’attend qu’elle soit ouverte le plus souvent possible et n’hésite pas à s’investir dans  l’accueil et son administration. L’esprit d’accueil et de fraternité qui y règne est si important pour lui, qu’il fait signer une pétition adressée au directeur, exigeant que le téléphone sur son bureau soit rouge pour montrer que le Centre la Maison-Blanche est plus important que la Maison Blanche à Washington.

Après trois ans d’études en droit, il décide de s’inscrire au MBA aux HEC. Le directeur lui propose alors de devenir son tuteur et de mettre en pratique ses cours en faisant la tenue de livre pour le Centre. Chaque mois, Stéphane s’amène et bûche sur la table du petit salon vert à l’arrière et manifeste un peu d’impatience quand les livres ne balancent pas. Le directeur vient à la rescousse et Stéphane apprend diligemment les rudiments de la comptabilité. On n’est pas encore à l’époque des ordinateurs et il faut tout faire à la main.

Entre-temps, Stéphane, pour mieux travailler, demande de devenir pensionnaire chez les Dominicains. Il est studieux, appliqué à ses études et aime la compagnie des frères, même s’il est bien lucide  et se rend bien compte que personne n’est parfait, même chez les Dominicains. Le voyagement en moins, il peut donner encore plus de temps aux activités du Centre. Il organise des fêtes, des scènes ou des jeux, propose de nouvelles activités et se met au service du Centre comme membre du Conseil d’administration puis il en devient président, mettant à profit son expérience comme avocat et ses connaissances légales.

 Il visite ses amis et devient agent matrimonial pour plusieurs se préoccupant de les «matcher» en les invitant à des activités. Il se fait prendre au jeu et y découvre sa future, Édith qui deviendra la femme de sa vie. Il l’aime son Édith et la marie dans la joie.

Car Stéphane porte des valeurs. Et il faut le dire, des valeurs chrétiennes. Stéphane est marqué par son éducation chez les Sulpiciens et la formation reçue de ses parents. Pour lui, la pratique religieuse n’est pas une corvée. Il est présent aux liturgies, aux prières, aux échanges. On le voit au Triduum pascal et dans les grands rassemblements. Il veut fonder une famille et s’y investir généreusement. Il garde des liens forts avec ses amis tout en consacrant beaucoup de temps avec ses enfants. Il s’amuse avec eux, les accompagne, leur porte attention et affection. Édith comble ses jours. Stéphane est fidèle dans ses amitiés et reconnaissant pour tous ceux qui ont influencé sa vie. Il a du succès dans sa carrière et encore là, gagne la confiance de ses patrons. Stéphane a un avenir et il le sait. Il aime sa maison, son foyer et la compagnie des autres. Tout semble lui sourire.

Et vient le jour de l’épreuve. Stéphane ressent de la douleur. On ne sait pas trop ce qu’il a et ses proches s’inquiètent. Il visite les spécialistes et reçoit peu d’encouragements. Il prend lentement conscience de sa maladie. À travers cette terrible épreuve qui le menace à 38 ans, Stéphane demeure l’homme de foi. Il prie le Seigneur, il  porte l’amour de Dieu dans son cœur. On le visite et le frère Yves l’accompagne dans sa démarche spirituelle le préparant au grand départ. On espère un miracle, mais Stéphane demeure réaliste. C’est alors qu’il témoigne de sa grandeur d’âme. On le sent souffrant, mais il garde espérance. Il meurt en décembre 2005. On est auprès de lui, surtout sa famille. J’arrive tout juste à la fin de son agonie. Je l’appelle par son nom, je le touche de la main. Stéphane respire artificiellement mais ne sent plus rien. Tous, nous sommes sidérés de le voir partir si jeune.

Ses obsèques furent présidées par le frère Yves Bériault, o.p., moi-même (Guy Lespinay, o.p.) je livrais l’homélie devant une assemblée très nombreuse, remplissant presque l’église paroissiale. Sœurs Suzanne Demers, o.p. et sœur Lucille Desponts, o.p., témoins privilégiés de sa jeunesse étaient présentes. Anciens animateurs de pastorale de l’Université de Montréal, nous voulions tous les quatre être là pour rendre notre dernier respect à Stéphane et manifester à la Famille Gagnon, à Édith et aux enfants nos sentiments d’affection et de solidarité. Étaient présents la famille, de nombreux anciens de l’université, de ses amis recueillis et émus.

Stéphane n’est pas mort car il est encore présent dans notre mémoire et il demeure en Dieu. Sa vie courte a été bien remplie, accomplissant en peu de temps ce qui pour d’autres peu prendre bien des années. Il aura vécu sa vie de manière intense. Il l’aura vécue en croyant et en fervent chrétien. Rendons grâce à Dieu.

Frère Guy Lespinay, o.p.

Inauguration de la salle Stéphane-Gagnon
le 26 novembre 2006 : Centre étudiant Benoît-Lacroix.

 

 

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www.cebl.org • novembre 2006