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* Après des études classiques au Collège Marguerite-Bourgeoys, Giselle Huot obtient une maîtrise en sciences médiévales à l'Université de Montréal (médaille du Lieutenant-Gouverneur), puis s'inscrit à l'Université d'Aix-Marseille pour un doctorat de troisième cycle en histoire des mentalités médiévales sous la direction du professeur Georges Duby. Lors de la troisième année de son séjour en Europe, elle fréquente l'École pratique des Hautes Études à Paris. Spécialiste de l'édition critique, auteure de plusieurs articles, elle travaille d'abord avec Benoît Lacroix aux Oeuvres de Saint-Denys Garneau, auteur dont elle publiera bientôt des inédits. Première signataire de l'édition du Journal, 1895-1911 de Lionel-Groulx, elle a publié, en collaboration, l'édition du premier volume d'une série de quinze de la Correspondance (1894-1967) de Lionel Groulx. |
Benoît Lacroix et les jeunespar Giselle Huot*, journaliste
Benoît Lacroix a voué la plus grande partie de sa vie à la jeunesse, étudiante ou non. Son professorat à l'Institut d'études médiévales de lUniversité de Montréal débute en 1945 pour se terminer en 1981, en passant par des cours à l'École de bibliothécaires (1958-1961) et à la Faculté de théologie (1985-1986) de la même université. Entre temps, à Paris de 1952 à 1954, où il poursuit ses études à La Sorbonne, il est nommé, sous la direction de Mgr Charles, assistant aumônier des étudiants étrangers. Également mentor et cicerone, il les conduit à trois reprises en pèlerinage à Chartres pour les entraîner ensuite vers l'Italie, l'Espagne et le Proche-Orient. De retour au Québec, en plus de son enseignement universitaire, il s'occupe de plusieurs organismes étudiants : Pax Romana, l'Action catholique universitaire, Carrefour, le Centre des Intellectuels catholiques canadiens. Aimer la jeunesse, c'est aussi l'aider à s'élancer librement vers la vie et l'avenir et célébrer publiquement la voie qu'elle choisit. Peu de temps après son retour au pays, Benoît Lacroix convaincra la famille du jeune René Derouin (18 ans) de le laisser partir pour le Mexique où il désire travailler sa peinture. Plus tard, le grand artiste qu'il est devenu, Prix du Québec Paul-Émile Borduas 1999, écrira ce témoignage : « Ce fut une vraie révolution pour moi : une première migration vers d'autres cultures qui ont marqué toute ma carrière. À chacune de mes expositions, Benoît Lacroix m'écrivait un mot, une critique... Pour le 80e anniversaire de Benoît Lacroix, je veux lui dire à quel point il a été décisionnel dans ma carrière d'artiste par son esprit d'ouverture au monde, par sa foi en l'avenir et au rôle important qu'il conférait à la créativité dans une société qui en avait énormément besoin. » (Giselle Huot (dir.), Dits et Gestes de Benoît Lacroix, prophète de l'amour et de l'esprit, 1995, 735 p. : p. 499 et 501) En 1952, Benoît Lacroix avait écrit une critique sur le premier concert d'un jeune violoncelliste, André Migneault, et ainsi de suite jusqu'à nos jours où il n'hésite jamais à signaler à l'attention les oeuvres des jeunes dont personne ne parle, de même qu'il est toujours présent, en plus de les aider dans leurs études, à les guider dans leurs professions et les routes qui y conduisent. Son désir de jeunesse d'aller oeuvrer au Japon et en Afrique se verra exaucé lorsqu'il sera professeur invité à l'Université nationale de Kyoto en 1961 et à l'Université nationale du Rwanda à Butare en 1965-1966, pour enseigner la civilisation du Moyen Âge européen, à laquelle il ajoute, en Afrique, une conférence radiodiffusée sur le poète québécois Saint-Denys Garneau, qu'il a fait connaître internationalement par son édition critique sur ses Oeuvres (1971). De nouveau professeur invité de 1973 à 1976, en France à l'Université de Caen, il va porter cette fois la culture de son pays sur la scène internationale, puisqu'il est responsable de la Chaire de civilisation québécoise. De 1963 à 1969, il est directeur de l'Institut d'études médiévales (1942-1993), « en direction... avec les étudiantes et étudiants », écrit-il. Un directeur pas comme les autres. Malgré cette tâche envahissante, il a refusé qu'on réduise son enseignement. Professeur brillant, fort documenté et toujours intéressant, aux cours très variés, l'enseignement est pour lui « une recherche avec l'étudiant » et le bon maître, « celui qui enseigne à ses étudiants à se passer de lui ». Mais qu'il était indispensable, malgré lui ! Son règne de directeur a fait époque dans les annales de l'Institut, qui était la véritable université telle qu'elle existait au Moyen Âge, constituée de professeurs et d'étudiants et d'une vie tissée de relations où l'esprit et le coeur s'interpellaient sans cesse. Car il nous offrait aussi cette pensée qui définit si bien sa vie : « Le savoir qu'on pense avec les autres, par les autres et si possible pour les autres. » Il aura instauré un climat d'incroyable atmosphère familiale et savante à la fois. Enseignement d'une haute rigueur en même temps qu'un encouragement extraordinaire à la recherche personnelle dans un climat d'amitié, de confraternité, de joie, de rires et d'ouverture, climat prolongé et entretenu, en plus de nos contacts quotidiens universitaires et des rencontres à « notre » bibliothèque, par des réunions sociales « extraordinaires ». Il aurait pu continuer son enseignement bien au-delà de ses 65 ans, mais il a voulu quitter l'université, avec combien de regrets, pour laisser la place à de plus jeunes. Il s'est consacré ensuite plus intensément à ce qu'il nomme « l'Université des âmes et des coeurs ». D'une incroyable activité jusqu'à nos jours, animateur de salons culturels et littéraires et d'oeuvres caritatives, il a continué à écrire livres et articles, à signer depuis 1986 les éditoriaux de Noël et de Pâques dans Le Devoir, à contribuer de plus en plus à nourrir la presse écrite. À la radio, en plus des émissions spéciales, il oeuvre chaque semaine à Radio Ville-Marie depuis plusieurs années. À la télévision où il est invité régulièrement sur plusieurs chaînes, il continue de palper le pouls de la société québécoise en ses dimensions religieuses et culturelles; en compagnie de Bernard Derome, il est commentateur religieux lors des grandes funérailles nationales ou d'État et dernièrement de celles du Pape Jean-Paul II et, auparavant, entre autres de celles de Jeanne Sauvé, de Jean Drapeau, de Maurice Richard, de Robert Bourassa, de Claude Ryan, de Pierre Elliott Trudeau, qu'il a accompagné jusqu'à la fin. En mettant le Centre étudiant sous le patronage de Benoît Lacroix, on a reconnu sa contribution exceptionnelle à former si brillamment et si généreusement des milliers de jeunes et d'étudiants de plusieurs générations et sur plusieurs continents. Pour sa part, il proclame que « mes véritables maîtres, ce sont les étudiants... qui m'informent et qui m'inspirent ». Rassembleur, Benoît Lacroix est devenu lieu de rassemblement par l'intermédiaire du Centre étudiant Benoît-Lacroix. Cependant, il est impossible de mesurer l'extraordinaire ascendant de cet humaniste à la personnalité multidimensionnelle qui a marqué le paysage québécois, canadien et international par son apport extraordinaire à des milliers de personnes en particulier de tous âges, de toutes langues, de toutes nationalités, de toutes religions et de toutes conditions sociales, et qui s'est illustré si grandement et si diversement dans la vie religieuse, culturelle et scientifique. Dans ce monde changeant, si jamais il ne s'affiche d'être, il affiche l'être spontanément, esprit libre et ouvert, coeur amoureux de tout, de toutes et de tous, poursuivant son chemin toujours vers l'ailleurs et vers les autres sans jamais désespérer, clamant sans cesse que « Celui qui s'avance vers le soleil laisse son ombre derrière lui. » |
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Benoît-Lacroix www.cebl.org 12 mai 2005 |
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