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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 119 (2006) 27.

 

On ne voit bien qu’avec le cœur

par Jean-Claude Breton

Pamela Chrabieh
À la rencontre de l'islam.
Itinéraire d'une spiritualité composite et engagée

Montréal, Médiaspaul (Spiritualités en dialogue), 2006, 115 p.

En ouvrant cette présentation du livre récent de Pamela Chrabieh par la célèbre réplique du Petit Prince de Saint-Exupéry, je ne voudrais pas suggérer que le livre n’est qu’un cri du cœur. Mais je veux affirmer, avec l’auteure, qu’il s’agit d’un ouvrage qui part du cœur et qui s’adresse au cœur. «À la rencontre de l’islam ne veut donc pas dire “me constituer un savoir définitif sur l’islam”, un monde clos renfermant toutes les propositions énonçables, ni tout décortiquer pour répondre à une vague de curiosité et d’inquiétude, ni non plus donner une “boussole” à ceux qui ne connaissent pas le chemin; loin de là, il s’agit de m’engager dans une quête longue, difficile, paradoxale et passionnante, et d’en témoigner…»

Il s’impose d’abord de souligner que ce livre s’inscrit sur la toile de fond de la guerre civile d’il y a 20 ans et non pas sur celle du récent conflit entre le Liban et Israël. C’est l’expérience vécue du conflit entre Libanais chrétiens et musulmans qui dicte et suggère la rencontre avec l’islam, ou avec les musulmans, comme le suggère la préface de Fady Noun. On peut toutefois imaginer les conséquences de la guerre récente sur ce désir de rencontre. Alors même que l’«ennemi» dira que le conflit est né de l’initiative d’un groupe islamique, qualifié de terroriste, il n’est sans doute pas évident d’aller à la rencontre de l’islam. À moins que ce ne soit tout à fait le contraire et que le désir ressorte exacerbé de cette mise à l’épreuve. Le livre ne répond pas à cette question née après son écriture.

Un témoignage articulé et fondé

L’auteure ne prétend pas offrir un discours de spécialiste sur l’islam, mais raconter son itinéraire spirituel «résultant d’un processus relationnel avec des expressions de l’islam, à la recherche de l’harmonie, de l’équilibre et d’une certaine cohérence.» (p. 16)

Les expressions de l’islam retenues vont porter sur les convictions religieuses, les «échos monacaux» et les expressions artistiques. Mais elles seront évoquées dans un effort de remise en question des comportements islamophobes et avec l’espoir de retrouver ainsi un héritage, parfois commun.

Il y a donc des informations dans ce livre et des descriptions instructives. J’ai particulièrement apprécié le chapitre sur l’appel des arts islamiques qui déboulonne quelques préjugés et remet les pendules à l’heure. Mais il y a aussi surtout une réflexion sur les avantages et les dangers de la rencontre.

Au risque de la rencontre

Je dirais que ce qui caractérise finalement ce petit livre, grand par ailleurs en raison de sa vérité, c’est la volonté d’assumer le risque de la rencontre. La préface ira même jusqu’à soulever la question d’une éventuelle conversion. Je n’y ai pas retrouvé cette interrogation, mais l’expression constante et ferme d’un vouloir aller à la rencontre de l’autre, image de l’Autre. En même temps que l’auteure affirme l’originalité de chaque personne et chaque itinéraire humain, elle dévoile le métissage sous-jacent à tout ce qu’il y a de plus individuel. C’est en quelque sorte ce soubassement qu’elle veut respecter tout en proposant des rencontres entre les héritiers actuels, parfois si différents, et souvent si éloignés par des dimensions de leur héritage.

L’écriture est agréable et évite le piège du discours engagé dogmatique. L’auteure ne prétend pas nous imposer un parcours obligé: elle nous raconte un cheminement pour nous aider à cheminer là où nous sommes, même si nos situations peuvent différer de la sienne. Elle a inséré dans son texte de longs extraits qui pourraient être pris pour des poèmes, mais que j’ai plutôt identifiés comme des mises en situation hors récit. Comme si elle donnait la parole à un narrateur historien. Il faut signaler aussi deux pages de reproductions couleurs qui illustrent concrètement le produit de cette rencontre en train de se construire et de se vivre.

Un livre donc qu’on ne lira pas d’abord pour apprendre ce qu’est l’islam, même si on retirera plein d’informations significatives. Mais un livre qu’on voudra fréquenter pour apprendre à vivre avec l’autre que j’appellerais notre autre le plus proche. Découvrir ainsi son prochain ne rejoint-il pas l’invitation de Saint-Ex à regarder avec le cœur?

 

 

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