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Histoire d’audace
par Jean-Claude Breton Joan Chittister
Le titre en anglais était différent. The way we were. A story of conversion and renewal. Référence à une expression populaire reprise dans une chanson à succès et évocation de la dure réalité avec les mots conversion et renouvellement. Le sous-titre français fait miroiter d’autres aspects en parlant d’avenir. Ces commentaires ne veulent soulever aucun doute sur la qualité de la traduction mais souligner le choix de l’éditeur de nous promettre une voie d’avenir. Car il s’agit surtout d’une histoire. L’histoire de la petite communauté bénédictine d’Érié en Pennsylvanie qui, déjà passée de la vie monastique traditionnelle à celle d’enseignantes, a dû s’adapter à des conditions nouvelles exigeantes. Des conditions dictées par la situation changée des groupes d’immigrés qui, s’intégrant à la grande communauté américaine, ne sentent plus le besoin d’avoir leurs écoles à eux. Difficultés venues aussi du financement des écoles paroissiales alors que les communautés chrétiennes disposent de moyens humains et financiers diminués. Difficultés soulevées par les appels de Vatican II aux communautés religieuses de relever le défi de l’adaptation aux conditions sociales et religieuses contemporaines dans la fidélité au charisme du ou de la fondatrice. Avec le talent qui est le sien, Joan Chittister raconte cette histoire en références aux personnalités différentes des supérieures de sa communauté, en partant de celle qui était en poste à son entrée en communauté jusqu’à sa propre élection à la tête de cette communauté. Il s’agit là d’une façon astucieuse de souligner comment le renouvellement d’une communauté n’est pas qu’une question de principes, mais comporte aussi des dimensions humaines, personnelles et collectives, aussi significatives que les lois les plus respectables. Histoire d’une communauté donc qui a su relever le défi de l’adaptation et de la conversion au prix d’oppositions, et parfois de combats, qui ont pris bien du temps avant d’être dépassés. Pour ceux et celles qui ont vécu la période couverte par ce livre, ce récit éveillera des souvenirs et renverra à des expériences bien concrètes. L’auteure a le don d’identifier des enjeux majeurs à partir de «petits » exemples concrets. Dans le cas de religieuses, il est très suggestif de constater comment le changement de costume pose des questions apparemment insignifiantes, mais porteuses de conséquences décisives. Une réussite qui interroge Tout au long de la lecture, influencé sans doute par le sous-titre français, j’attendais le message pour aujourd’hui. Car le récit, clairement ancré dans le passé, raconte une histoire sans prétention d’offrir un modèle garanti pour aménager l’avenir. Bien sûr, il est relativement facile de voir ce qui a marché et ce qui pourrait être repris dans des conditions similaires. Mais les communautés qui n’ont pas su, au moment opportun, prendre le virage décrit ici ne trouveront peut-être pas dans ce livre l’inspiration dont elles ont besoin aujourd’hui. Surtout parce que ces communautés ne disposent plus des moyens, même limités, qui étaient ceux de la communauté bénédictine d’Érié dans les années 1960 et 1970. Il faut sans doute se réjouir du succès de la communauté de Joan Chittister et de l’impact de ce succès sur la vie religieuse américaine. Quand ce ne serait que pour l’apport personnel de cette ex-supérieure majeure qui demeure aujourd’hui une référence incontournable dans beaucoup de réflexions sur la vie religieuse et même sur l’ecclésiologie. Il y aura sans doute encore des communautés qui trouveront là une inspiration pour remettre en question des engagements traditionnels et ouvrir sur un avenir. Mais il faut bien reconnaître que plusieurs communautés, contemporaines de celle décrite dans ce livre, n’ont plus l’âge ni les moyens de se renouveler en profondeur et de prendre le virage du renouveau évoqué ici. Un livre fascinant pour la réussite décrite, mais déchirant pour les virages manqués. |
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