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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 115 (2006) 33.

 

Foi et psychanalyse : des ponts invisibles

par Guy Lapointe

Michel Dansereau
Un psy sur le divan de la foi
Montréal, Médiaspaul, 2006, 148 p.

Un psy sur le divan de la foi. Un titre à la fois osé et compromettant. Un tout petit livre. Cent quarante-huit pages. D’ailleurs, il me semble que les maisons d’édition préfèrent les petits livres.

     Je me suis essayé à imaginer une mise en scène pour le lancement du livre de Michel Dansereau : deux divans… celui du psychanalyste et celui du croyant? Un seul divan à deux places? Comment les disposer sur la scène? On aurait pu imaginer aussi une grande oreille symbolisant la troisième oreille, celle de l’écoute psychanalytique qui est peut-être aussi celle de l’écoute spirituelle. Puis je me suis dit : Michel Dansereau est là avec son livre, cela suffit.

     Comment imaginer les ponts invisibles, mais si présents dans l’ensemble du livre, qui mènent de la psychanalyse à la foi et de la foi la psychanalyse? Pour reprendre une image que l’auteur utilise, le jeu de la psychanalyse et de la foi est comme une danse — et jouant finement avec les mots —, comme un jeu incestueux en une sorte d’aller et retour permanent et si fécond en questionnements. « Psychanalyse et spiritualité : une relation incestueuse ». Tel est le titre du premier chapitre. Ça parle et Ça peut faire peur… Michel Dansereau en est bien conscient. Mais le livre est une invitation faite au lecteur à revisiter la vie et l’expérience de praticien de l’auteur. Ce récit de vie est un beau risque, un risque qui en vaut la peine pour les lecteurs et lectrices.

Traverser la mort

     Avant même de regarder la table des matières, je suis tombé sur le titre du dernier chapitre intitulé : « De la mort à l’immortalité ». Et je suis allé jusqu’au bout… À un certain moment, j’avais l’impression non pas de lire un chapitre de livre, mais d’entendre la voix de quelqu’un qui réfléchit à haute voix. Ce chapitre raconte la mort de grandes amours — sa première conjointe et son père — et il nous fait traverser la mort en nous faisant traverser l’amour. Je découvrais une autre dimension de la mort qui est absence bien sûr, mais surtout présence invisible, une mort qui est pleine de vie dedans, pour reprendre les mots de l’un de nos grands poètes québécois.

     C’est donc la lecture de ce chapitre, le dernier, lu en premier, qui m’a permis de suivre le psychanalyste qui construit son cadre pour tenter de nous faire voir les ponts et les fondations de l’expérience psychanalytique, tellement ressemblante à la dynamique de notre expérience de foi. On sent tout au long le scientifique, derrière ces propos, mais jamais l’appareillage scientifique prend le devant. Cet appareillage nous met tout bonnement en confiance avec l’auteur.

Un homme qui « veut croire »

     Dans le texte de l’Après–propos (p. 143) se trouve tout le sens et l’enracinement du livre de Michel Dansereau : l’espérance qui s’enracine et se découvre dans l’élan du désir — le désir qui est mémoire de l’avenir — et dans le prolongement des besoins du corps. Le corps lié à la spiritualité est au cœur de cet essai.

     À la fin de la lecture de ce livre, j’avais le goût de revisiter ma vie, de mes passages du besoin au désir, de mon complexe d’Œdipe. Les deux divans ont eu un grand effet sur moi. Ce livre m’a permis une relecture de mon expérience de vie et de croyant et m’a permis aussi de situer un peu mieux mes libérations et mes enfermements… J’avais lu le livre de Maurice Bellet, Thérèse et l’illusion dont Michel Dansereau se réfère à plusieurs reprises pour approfondir et illustrer sa démarche. J’avais le goût, moi qui n’ai jamais osé le divan, de répondre à l’invitation, reprise de l’Évangile : « Lève-toi, prends ton divan et marche. »

     Derrière la rigueur de la démarche, derrière les mots, au-delà de la pensée, nous découvrons un homme qui cherche, un homme qui croit, la foi d’un homme qui « veut croire », pour reprendre une expression de la petite Thérèse qui est très présente tout au long de ce livre. Un livre qui requiert une lecture attentive. Un livre écrit avec tellement d’images fortes et de jeux de mots choisis à dessein. Il parle une langue et il y a une écoute qui ne dénude pas le mystère. Mais il cherche comment l’approcher et il entraîne le lecteur avec lui…

* * *

     Voilà un essai simple et courageux, sérieux, dépouillé des aspects techniques, même si on sent la précision du scientifique qui nous met en confiance en nous parlant de psychanalyse et de l’avenir de nos corps qui se transforment, de la mort pour resurgir en vie ou en résurrection. C’est une véritable découverte sur les liens entre l’expérience psychanalytique et le sens de la spiritualité. Un témoignage de foi peu commun. Voilà ce que c’est que de bien vieillir et d’interroger encore et encore le sens à la vie, de la mort et oui, à risquer la résurrection.

 

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