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« payante »
par Jean-Claude Breton Maurice Bellet « Je sais quil faut que jécrive ce livre, si du moins le temps men est donné. » Le ton, lui, est donné : un livre dont lurgence simpose à lauteur. Et au lecteur? Aussi, mais avec explications, comme on dit devant le tribunal. Il y a des livres qui simposent en
raison de leur message clair et important. Dautres voient le jour
pour célébrer la beauté, la joie, le bonheur. Certains
veulent faire peur, mais pour le plaisir. Il arrive que certains instruisent
tandis que dautres se contentent de divertir. Où classer,
ranger, cette « traversée » proposée
par Bellet? Et si son message commençait déjà dans
le fait dêtre inclassable. Un livre hors normes pour parler
dun lieu hors références : len-bas. Faute de pouvoir le décrire précisément, essayons de lévoquer. Pensez à un de ces films qui samusent à rire de tous les imprévus qui attendent une famille partant en vacances. Rappelez-vous toutes les difficultés pour préparer les bagages, pour charger la voiture, pour rapailler les enfants, avec les téléphones qui annoncent des changements de réservations, avec les informations routières qui multiplient les annonces de bouchons, avec le petit dernier qui a perdu les clefs de lauto en jouant. Et jen passe. Avec tout cela, vous nêtes pas encore rendus dans len-bas dont parle Bellet. Parce quil faut ajouter encore et en plus la tristesse, langoisse, lincohérence, la désespérance, et le tout à la puissance trois. Vous devinez que cet en-bas dépasse tous les « fonds de chaudrons », tous les tunnels avant lapparition de la lumière au bout, toutes les situations de malheur mises ensemble. Le fond du fond, avec un petit je ne sais quoi dajouté. et sans réponses, sans solutions Ne songez surtout pas à consulter
philosophes ou sociologues pour trouver des réponses, pour ébaucher
des solutions. Ils ne soccupent pas de ces situations qui les dépassent
et pour lesquelles ils savèrent de toute manière incompétents. Ne reste-t-il alors que la religion? Dieu sera-t-il la dernière ressource de lespoir? Oui et non, ou plutôt, non et oui. Si vous acceptez den modifier les descriptions et définitions. Si vous consentez à explorer des nouvelles voies pour vivre la religion, pour parler de Dieu. Car il sagit toujours de souvrir sur cet ailleurs que suggère len-bas. Le choc du vrai Pas de la vérité abstraite,
pas des belles théories, pas des explications savantes. Non, mais
le choc, en même temps ouverture et exigence, du solide, de lindiscutable,
de linsoupçonnable, qui dit de vivre malgré tout.
Surtout, nessayez pas de le formuler, car il vous faudra aussitôt
le remettre en question et le corriger. Mais dune force indiscutable,
dune efficacité plusieurs fois avérée, car
nous sommes entourés de survivants de len-bas. À fréquenter dans lespoir dun éventuel apprivoisement Jai renoncé à citer tous les passages qui mapparaissaient à la première lecture comme la clef dinterprétation, comme le code de lecture, ou parfois comme le début de réponse à la question. Jai renoncé et pas seulement par manque despace, mais parce quen loccurrence la question nest pas quun jeu de lesprit, mais quelle exige une réponse, et une réponse qui réponde vraiment. Semblable réponse ne se prépare pas de façon théorique, ne se bricole pas pour les autres. À chacun de tenter de survivre à lexpérience de len-bas. Un livre exigeant à lire et encore plus à vivre. Un livre dérangeant et qui fait plus que le décapage en profondeur prêté à nombre douvrages. Plutôt une personne, livrée, habillée dans un livre, et qui soffre pour marcher avec, pour accompagner dans la sortie de len-bas. |
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