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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 113 (2006) 33.

 

Ouverture et appel au large

par Denis Gagnon, o.p.

Pierre Vadeboncoeur
Essais sur la croyance et l’incroyance
Montréal, Bellarmin, 2005, 167 p.

De temps à autre — trop rarement, hélas! — nous terminons la lecture d’un livre en nous promettant de le relire. Le bouquin de Pierre Vadeboncoeur, Essais sur la croyance et l’incroyance, se trouve maintenant sur la liste de mes relectures. Il en vaut tellement la peine que je n’aurai aucune difficulté à tenir ma résolution.

     Le concepteur graphique a eu la brillante idée de placer, en page couverture, une citation qui résume bien l’ensemble de ces essais : « L’attitude de la croyance et celle du doute sont pareillement créatrices et intuitives, et elles sont sœurs. La vérité les accueille avec une mesure égale. Il s’agit ici, comme en poésie, ou en art, ou en mystique, de récupérer la face cachée du savoir, d’un savoir destiné à ne jamais se révéler. »

     À la lecture de cet ouvrage, je pense avoir compris pourquoi, depuis toujours, le croyant que je suis (plus précisément, le chrétien) se trouve des accointances parmi les incroyants. Je saisis mieux maintenant pourquoi ma démarche ressemble tellement à la quête des incroyants sincères et exigeants. Ce livre propose une réflexion comme un pont entre les deux cheminements. À la croisée de ces routes, si diverses soient-elles, c’est la rencontre de la vérité que l’auteur, avec raison, place « au-dessus de tout comme une majesté » (p. 133). « La vérité : s’il existe un absolu, le voilà, et s’il existe une notion tout à fait universelle, c’est celle-là, tant que subsiste en tout cas le principe de contradiction, qui sépare à la racine ce qui existe de ce qui n’existe pas. » (p. 131)

Une expérience personnelle

     Vers la fin du livre, Pierre Vadeboncoeur avoue : « … la croyance et l’incroyance dont il s’agit ici, ce sont d’abord les miennes, c’est mon expérience et mon texte n’est pas une étude. Mon livre n’est pas une spéculation mais un compte rendu ni abstrait, ni désintéressé. J’y pose réellement des questions en fonction de ma vie, et ces questions, même abstraites, sont de vie, et de vie personnelle. » (p. 151)

     Dès les premiers chapitres, nous pouvons nous rendre compte que nous sommes en présence d’un témoignage. La rigueur du philosophe et son objectivité ne manquent pas, mais derrière les mots, au-delà de la pensée, nous trouvons un homme qui cherche, et un homme qui ne se contente pas de demi-vérités ou de pseudo-découvertes. Avant tout, la vérité.

     L’expérience philosophique de Pierre Vadeboncoeur est unique et personnelle, unique parce que personnelle. Toutefois, cette singularité ne cache pas pour autant la part d’universel qui lui est indispensable pour être vraie. La réflexion de cet homme contient quelque chose de toute recherche personnelle.

Croire, c’est aspirer

     Je ne dirai pas tout de ce livre. Il mérite d’être abordé directement, sans l’intermédiaire de tiers lecteur. Je laisserai plutôt parler le titre de quelques chapitres qui ont laissé en moi quelque éclat de lumière : « Il est nécessaire que l’homme suppose le divin » (chapitre 1); « La connaissance comme ennemie de la Connaissance » (ch. 3); « L’impiété est une faute, et une faute de pensée » (ch. 4); « De quelque chose qui ne peut faillir ni ne peut disparaître » (ch. 6); « Les valeurs comme une architecture » (ch. 7). Et finalement les pages qui m’ont le plus impressionné : « Croire, ce n’est pas nécessairement croire, c’est aspirer. » (ch. 10) La croyance ou l’acte de foi rejoint le désir profond qui habite tout être humain, le met en acte de recherche, et finalement le fait vivre. « Croire précède la conscience de quelque objet que cet acte peut viser. C’est une disposition de l’esprit. Pour moi, le monde dont je parle ici, qui est je ne sais quel au-delà dont les abords sont accessibles, mon inclination naturelle se dirige spontanément vers lui. » (p. 158)

     La réflexion de Pierre Vadeboncoeur est à la fois rigoureuse et large. Elle respire et crée en soi un espace de respiration pour notre propre réflexion. Le philosophe reconnaît à la réalité une face cachée, une part de mystère qu’il faut honorer par un acte de foi. Il parle une langue et déploie une pensée qui ne dénude pas le mystère tout en laissant deviner qu’il cache un trésor. Parlant de la pensée, il écrit : « Sa fonction est de tout ouvrir, non pas de fermer. » (p. 12) Ces trop courts essais sont avant tout ouverture et appel à élargir les horizons de notre propre recherche intérieure.

     Oui, il faut que je relise ce livre.

 

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