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Croire
les yeux ouverts
par Jean-Claude Breton Jean-Claude Guillebaud
Lauteur sest fait connaître lui-même lautomne dernier alors quil est venu présenter son livre aux lecteurs québécois et quil est apparu sur toutes les tribunes médiatiques : journaux, radio et télévision. Il publie des livres depuis 1974 et il sest donc mérité le titre décrivain quil se donne; mais il est aussi journaliste et ses livres portent la marque de son métier. Il écrit avec le souci évident dinformer, de faire réfléchir et dès lors de se faire comprendre. Même dans son approche de sujets complexes, il demeure un auteur abordable qui se gagne lattention que nous pouvons porter à ses projets décriture. Comme il le résume lui-même à la page 251 et comme le montre la division tripartite de louvrage, Guillebaud « a rappelé [dabord] comment et pourquoi nos croyances collectives sétaient exténuées à la fin du XXe siècle, de quelle façon nous avions chassé dieux et diables pour leur préférer la société du vide, lesprit sceptique et la postmodernité joueuse. Puis, nous avons montré que ce prétendu vide nen était pas un. Chassées par la grande porte, les croyances, crédulités et religions les plus diverses étaient revenues en force par la fenêtre. Certaines de ces religions, idolâtres, se révèlent dautant plus redoutables quelles sont travesties. Elles prolifèrent sur les terrains de la science, de léconomie, de la technique, de la politique, des médias, mais comme en catimini. » Et dans sa troisième partie, il retient « la question de savoir sil existe au bout du compte un espace viable entre le doute et lillusion, un lieu habitable entre la crédulité et le désenchantement. » (p. 252) Un projet donc de réflexion sur le croire, habité par la conviction « quon ne vit pas sans croyance ». Une option bien appuyée Tout au long de son ouvrage, autant quand il critique les illusions du passé que dans son évaluation des crédulités actuelles, Guillebaud maintient le cap : le croire est nécessaire à la vie. Et pas seulement à la vie individuelle comme le reconnaît généralement lopinion publique, mais aussi à la vie sociale et collective. Pas de vie sans la foi, sans la conviction. Mais une foi qui garde les yeux ouverts et qui intègre toujours une démarche critique, pour éviter les pièges de la crédulité. Deux phrases à titre dexemples. « Dans sa dynamique propre, livrée à ses penchants, la croyance risque à tout moment de senivrer delle-même. Une telle ébriété la conduit à préférer, dinstinct, le dogme au cheminement, le catéchisme ânonné à la conviction réfléchie. » (p. 373) « Le paradoxe de toute institution est quelle protège ses membres de la pathologie sectaire, mais tend elle-même à devenir secte. » (p. 374). Toute sa section sur les rapports symboliques avec Athènes et Jérusalem serait à relire pour saisir sa compréhension de la complémentarité entre le croire et le savoir. Une invitation à la lecture critique Guillebaud aborde des questions qui ne sont pas tout à fait nouvelles et pour lesquelles il existe déjà des dossiers et des bibliographies remarquables. Il ne maîtrise donc pas seul tous les tenants et aboutissants des sujets quil aborde et il ne se gêne pas pour identifier régulièrement les sources quil a consultées et qui linspirent. Il manifeste une bonne connaissance des grands enjeux, sans pour autant disposer des informations ou des formations académiques qui lui assureraient une compétence personnelle de première main. Comme tout grand vulgarisateur, il affiche sa force dans sa capacité de faire parler ses sources savantes dans une langue accessible. Son métier de journaliste marque ainsi sa manière décrire dont il faut tenir compte dans la lecture. Il serait vraiment de la plus grande incompréhension de recevoir ses propos comme autant daffirmations dogmatiques. Il me semble, au contraire, que pour être en harmonie avec son propos, il faut recevoir ses réflexions comme autant de questions, comme autant de défis proposés à notre propre réflexion. Lire Guillebaud devient ainsi une interpellation, ou une chance, comme il le dit lui-même : « Cette chance? Retrouver la force de conviction, cest accepter davancer paisiblement vers un futur inconnu, sans fermer les yeux ni baisser les bras; cest consentir à souvrir aux configurations imprévisibles qui sannoncent; cest marcher activement vers le nouveau qui, déjà, partout respire autour de nous en contribuant par là même à son avènement. » (p. 390) Un livre à lire pour qui a le goût de vivre pleinement! |
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