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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 101 (2005) 15.

 

Une œuvre magistrale

par Denis Gagnon, op

Raymond E. Brown
La mort du Messie. Encyclopédie de la passion du Christ
Paris, Bayard, 2005, 1695 p.

Mille six cent quatre-vingt quinze pages! Une brique! Pas surprenant que le sous-titre précise : « Encyclopédie de la passion du Christ »! Le côté surprenant vient plutôt du fait que l’ouvrage n’a été écrit que par un seul auteur. Et pas le moindre d’ailleurs : Raymond E. Brown, une sommité en ce qui concerne l’étude du Nouveau Testament. De nombreuses universités catholiques et protestantes à travers le monde ont honoré ce New-yorkais décédé en août 1997. L’exégète a présidé de nombreuses associations bibliques tant aux États-Unis qu’en Europe. Deux papes ont fait appel à lui pour participer aux travaux de la Commission biblique pontificale. Il a signé plus de 35 ouvrages d’exégèse.

     La mort du Messie constitue la synthèse des travaux de Brown sur les récits de la passion que nous avons reçus des trois synoptiques et de l’évangile johannique. Quarante-huit chapitres regroupés en quatre actes : I. « Jésus prie et est arrêté à Gethsémani sur le mont des Oliviers au-delà du Cédron », II. « Jésus devant les autorités juives », III. « Jésus devant Pilate », IV.«  Jésus est crucifié et meurt ». Huit appendices sur l’évangile de Pierre, sur la datation de la crucifixion, sur des passages difficiles à traduire, sur Judas Iscariote, sur les groupes et autorités juifs mentionnés dans les récits de la Passion, sur le rapport entre le sacrifice d’Isaac et la passion, sur le contexte vétérotestamentaire, sur les annonces par Jésus de la passion. De nombreuses pages de bibliographie apparaissent un peu partout tout au long de l’ouvrage.

     Que cherchait Raymond Brown en rédigeant cette somme? Il s’explique lui-même : « J’aimerais énoncer en une phrase [sans qu’elle soit ni élégante ni philosophiquement profonde] le premier but de ce livre : “il s’agit d’expliquer en détail ce que les évangélistes ont voulu dire et ont transmis à leur auditoire par leurs récits de la Passion et de la mort de Jésus”. » (p. 30)

     D’après Daniel Marguerat qui signe la préface du livre, nous avons là « le premier commentaire scientifique consacré aux récits évangéliques de la Passion pris ensemble. Jusque-là, on les avait envisagés séparément les uns des autres [Marc, puis Matthieu, puis Luc…]. L’enquête de Raymond Brown les lit en simultanéité. » (p. II)

     Selon Marguerat, l’auteur présente une nouvelle perception des récits et de leur origine : « derrière les quatre versions de la Passion [Marc, Matthieu, Luc et Jean] gît une tradition préévangélique de la Passion, non pas un récit, mais un flux traditionnel au contenu stable. Si Brown parle de tradition plutôt que de récit, c’est afin de rendre compte de la dimension largement orale de la mémoire chrétienne des origines. » (p. IV)

     La position de Raymond Brown est originale. « L’exégète américain, dit Marguerat, coupe ainsi avec une part importante de la recherche pour qui les sources documentaires des évangiles furent essentiellement écrites, et qui s’évertue à prouver que Matthieu, Luc et même Jean ont composé leurs œuvres à la façon d’une mosaïque, combinant et soudant les uns aux autres des fragments de textes. La vision que Brown défend de la tradition préévangélique est beaucoup plus fluide : il compte avec un courant traditionnel prélittéraire, que les évangélistes ont enrichi à l’aide de légendes populaires puisées dans leurs communautés. » (p. IV)

* * *

     Il faut saluer respectueusement un ouvrage comme celui-ci. Il commande d’abord notre attention pour le sujet traité. Souvent abordé par beaucoup d’exégètes et de biblistes, ce récit au cœur de la foi chrétienne n’a pas pour autant révélé tout son mystère. L’auteur mérite, lui aussi, qu’on s’arrête à son œuvre. L’étude de cet exégète est magistrale. Elle fourmille de renseignements éclairants. L’analyse est serrée comme dans les autres travaux de ce maître. Bref, Bayard publie ici plus qu’un livre; il offre un monument important à la réflexion des Églises et des spécialistes du Nouveau Testament.

 

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