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Découvrir
Judas
par Jean-Claude Breton, o.p. Charles Singer
Une fois passées les réactions infantiles qui nous font voir en Judas le méchant par excellence, le diable incarné, une certaine curiosité sinstalle à son sujet. Quand nous avons appris à nos frais le prix de la fidélité et le nombre des faiblesses dont elle peut saccompagner, nous en venons à nous demander quelle a été la vraie motivation de Judas. À mesure que nous comprenons mieux la parabole de livraie et du bon grain, nous nous demandons pourquoi ce disciple, cet apôtre apparemment si apprécié au début, en est venu à trahir son maître. Dans la langue dune épître imaginaire et avouant « avoir tout inventé », Charles Singer ose écrire un texte quil adresse à Jean, le disciple qui se réclame dun amour de préférence de la part de Jésus. Ce choix de destinataire nest pas innocent, car Judas sadresse à son vieil ami Jean mais pour dénoncer sa prétention de pureté absolue. Dans la solitude où sa trahison la enfermé, Judas va donc donner sa version des faits. Nous apprendrons dabord les épreuves personnelles de Judas : la mort de sa femme lors de laccouchement de leur premier bébé, mort lui aussi peu après. Puis les raisons qui vont faire de Judas un militant nationaliste opposé au pouvoir romain. Des scènes imaginées, mais tellement plausibles vont construire une colère que seul le Maître semble capable dapaiser. Car Judas se laisse dabord prendre et convaincre par la tendresse et lamour de Jésus. Son attention aux besoins les plus ordinaires, des petits comme des grands. Sont alors reprises les scènes de la Samaritaine, de la femme adultère et de laveugle-né, entre autres. Judas sort transformé de chacun de ces épisodes où le Maître lui apparaît toujours plus humain, toujours au service des démunis et des persécutés. Puis vient lépisode la multiplication des pains. Le lieu dopposition entre Judas et Jean; le début de léloignement du Maître pour Judas. Une raison de plus dadresser cette épître à Jean, car Judas y reconnaît, malheureusement trop tard que son (ancien) ami a mieux compris que lui le geste du Maître. Pour Judas, cette multiplication des pains, surtout comprise à la manière de Jean, est un plongeon radical...dans le rêve. Lui qui avait suivi le Maître parce quil lui trouvait des aptitudes de sauveur et de réformateur, voici quil se retrouve en face dun rêveur qui offre tout simplement du pain à partager. Un appel à la réflexion Comme la lecture de tout extrait de la Bible, celle de cette épître porte tout son fruit dans la mesure où le lecteur ou la lectrice accepte de simpliquer personnellement. Lauteur a fait son travail et il a offert une contribution très suggestive. En revenant au personnage de Judas, il ne cherche pas seulement à proposer une révision juridique de ce dossier. Il invite à intégrer à notre expérience croyante la référence à un personnage moins édifiant. Judas ny est pas présenté
comme le traître absolu ni comme le repentant inconnu. Il est décrit
sous les traits plus connus dun humain confronté aux exigences
de lespoir et de la réalité. Comment conjuguer louverture
sur linconnu et le nouveau quon espère sans abandonner
les exigences du réalisme exigeant? Judas, celui de Singer en tout
cas, est conscient de ne pas avoir réussi et de sêtre
laissé emporter sur une fausse piste. Connaître les enjeux
et les risques dune mauvaise décision ne nous épargne
les décisions à prendre, mais peut nous enseigner à
vivre avec les conséquences. Ce livre dun prêtre français du diocèse dAlsace, ce qui lui vaut une préface de Jean Doré, évêque de Strasbourg, est publié ici avec une présentation audio préparée et réalisée par Claudette Lambert. Deux disques compacts où sont repris de larges extraits du livre, dans un montage agréable accompagné de musique et savamment enregistrés par les techniciens de Radio Ville-Marie : Nicolaï Diouskine et Nathalie Jaraud. Si Judas avait pu sécouter en roulant en voiture, comme les lecteurs et lectrices pourront le faire, peut-être aurait-il réfléchi et abouti à une autre solution! Sil ne sagit dune parabole dévangile «patentée», il nen reste pas moins que lÉvangile y trouve un écho susceptible de rejoindre bien des oreilles et des curs. À lire et à écouter, pour un plaisir prolongé. |
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