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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 107 (2005) 33.

 

Un évêque debout !

par Jean-Claude Breton
 

Robert Lebel
Mon Église que j’aime. Ce que j’y ai vécu et ce dont j’ai été témoin
Québec, Anne Sigier, 2004, 265 p.

 

Mgr Robert Lebel est maintenant évêque émérite de Valleyfield, ce qui signifie qu’il y est toujours relié, mais sans fonctions pastorales ou épiscopales ordinaires. De son propre aveu, il fait ainsi l’expérience de tout retraité : manquer de temps. Mais cela ne l’a pas empêché de mener à bout ce qui ressemble par certains côtés à une autobiographie, mais qui s’avère surtout un témoignage engagé sur l’exercice de la tâche épiscopale.

     Pour avoir connu personnellement l’ancien évêque de Valleyfield, même si ce fut bien modestement, j’avais hâte d’arriver au récit de ses années au service de l’Église de Saint-Jean-Longueuil puis de celle de Valleyfield. J’anticipais avec plaisir ses explications sur les situations délicates auxquelles il a été appelé à faire face.

     De prime abord, ses explications sur son cheminement personnel vers l’épiscopat me sont donc parues un peu longues et pas toujours immédiatement utiles. Même s’il reste sobre sur ses origines familiales, Mgr Lebel insiste pour relater le parcours de sa formation théologique et de ses premiers engagements sacerdotaux au service du diocèse de Rimouski.

     C’est en lisant la suite de son livre que j’ai compris l’utilité de ces explications. Car la retenue dont fait preuve Mgr Lebel ne l’empêche pas de se présenter suffisamment comme homme pour nous permettre de comprendre ensuite ses réactions dans l’exercice de l’épiscopat. Un homme simple et franc, qui sait obéir quand on le lui demande, mais qui n’en pense pas moins et qui parvient ainsi à maintenir une autonomie lucide.

Pour un livre chaleureux

     Ceux et celles qui ont eu l’occasion de côtoyer Mgr Lebel vont le retrouver tel qu’ils l’ont connu dans ce livre. À certaines pages, ils auront presque l’impression de l’entendre leur expliquer les dilemmes qu’il a dû affronter et les décisions délicates qu’il a dû prendre. Toujours ils retrouveront dans ces pages la clarté et la franchise de l’auteur.

     Sans gloriole, mais sans peur, il raconte les différentes étapes de sa carrière d’évêque, sans justement la présenter comme une carrière qu’il aurait rêvée ou même tout simplement acceptée. Parce qu’il s’est bien présenté dans la première partie de son livre, on le croit quand il dit avoir accepté l’épiscopat pour servir et y avoir œuvré parce qu’il se croyait encore utile.

     On sait que les évêques en général, et parfois encore plus ceux du Québec, vivent un tiraillement sévère entre l’écoute des demandes des fidèles de leur diocèse et les directives venues de Rome. Mgr Lebel ne cache pas cette réalité, mais il rappelle que certains abus de la centralisation sont entretenus par des évêques qui ne prennent pas leurs responsabilités et qui n’en finissent plus de demander des conseils à Rome pour tout et pour rien. Il faut rester debout et ne pas craindre d’affronter les responsabilités acceptées.

Quelques points chauds

     Durant ses années en fonction, Mgr Lebel a été confronté à plusieurs questions litigieuses : l’avortement, la régulation des naissances, la place des femmes dans l’Église, la situation des divorcés remariés, le célibat des prêtres, entres autres. À l’époque, il a souvent été le porte-parole des évêques du Québec, en raison de son poste à la commission théologique, ou des évêques canadiens par son rôle à l’exécutif de leur conférence. Son comportement d’alors dicte encore ses propos d’aujourd’hui. Toujours, il essaie d’expliquer, avec les nuances qui s’imposent, la position qu’il défend. On sent bien, à l’occasion, que son insistance sur l’interprétation pastorale à donner aux textes officiels et sur le recours à la conscience personnelle dans leur réception, pourrait insinuer qu’il aurait aussi été capable de vivre avec une autre décision, mais qu’il n’hésite à faire sienne celle qui a été retenue par l’Église. On voit aussi que sa fidélité lui a souvent coûté cher et que son option pour le juste milieu l’a exposé aux critiques des conservateurs comme des plus libéraux. Mais on ne pourra jamais lui reprocher d’avoir travaillé à l’écoute des sondages d’opinions!

Pour aimer l’Église

     Mgr Lebel a lui-même cité Marcel Légaut, qu’il connaît bien, au sujet de l’autorité d’appel. Il me permettra donc de terminer mes commentaires par une autre citation de Légaut. Celui-ci a écrit en exergue à un de ses livres cette phrase à propos de l’Église : ma mère et ma croix. Ces mots disent à la fois l’attachement et les exigences qu’on retrouve chez ceux et celles qui acceptent de vraiment vivre en Église. Le témoignage offert par Mgr Lebel illustre à merveille cette réalité et il mérite d’être diffusé en ces temps où on n’est pas toujours aussi spontanément disposé à se « tenir deboutte ».

 

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