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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 105 (2005) 33.

 

Dire Dieu aux enfants

par Élaine Champagne
 

Joëlle Chabert et François Mourvillier
Parler de Dieu avec les enfants du XXIe siècle
Paris, Bayard, 2004, 336 p.

 

Les enfants savent, à leur manière, poser des questions qui dérangent. « Si Dieu dit qu’il faut s’aimer, pourquoi les religions se font la guerre? » Le livre de Chabert et Mourvillier se donne comme mission d’offrir aux adultes des réponses justes aux questions des enfants.

     Deux grandes sections - Parler de Dieu et des croyants et Parler des croyants et de Dieu - exposent le contenu de la foi chrétienne dans les mots d’aujourd’hui. Des thèmes classiques tels Dieu, la création, la personne humaine, le mal, le jugement, la mort, l’Église, la prière ou le commandement de l’amour y sont traités avec fraîcheur. La vingtaine de chapitres peut se lire dans le désordre, selon l’intérêt du moment. Des questions d’enfants donnent le ton de chaque thème développé. L’exposé des auteurs s’adresse ensuite aux parents, enseignants ou catéchètes en quête d’informations sur le sujet.

     D’un langage accessible, sans lourdeur technique, ce volume sait se rendre attentif aux problématiques de la société occidentale actuelle et du contexte de pluralité religieuse. Le Coran y est cité, les traditions juive ou hindou sont mises en parallèle avec un christianisme qui n’a rien d’empoussiéré. D’un Harry Potter à une théologie post-conciliaire, en passant par la vie monastique, les informations contribuent à proposer un visage d’Église à l’heure de la vie d’aujourd’hui. À titre d’exemple, mentionnons ces moines et moniales d’Europe qui « travaillent aussi à convertir des documents sur CD-ROM pour des groupes industriels, font de la photocomposition, créent des sociétés multimédias, conseillent des chefs d’entreprise soucieux d’éthique et accueillent dans leurs hôtelleries toutes sortes de gens qui veulent trouver silence et vie régulière pour réfléchir et méditer ». Cette réalité d’une Église changeante se vérifie également aux couleurs locales du Québec. En témoignent de nombreux sites Internet.

     Dans sa forme question-réponse, le document se présente comme un guide fort utile, mais me semble conserver une lointaine saveur de catéchisme. Pourtant, ma principale déception est d’un autre ordre. En réalité, à l’exception des questions de départ des chapitres, les enfants sont presque totalement absents du livre, sauf pour quelques rares éléments de psychologie du développement. Plutôt que les pistes de dialogue annoncées par le titre : Parler de Dieu avec les enfants du XXIe siècle, le document propose plutôt de « dire Dieu avec justesse aux enfants du XXIe siècle ». Dans son orientation première, le volume mise sur la raison plutôt que sur la spiritualité, sur l’information plutôt que sur le cheminement partagé. Les auteurs soulignent : « On peut donner une religion en héritage à un enfant, lui apprendre son histoire, faire les présentations entre lui et Dieu, lui faire pressentir l’expérience qu’on en a. Nul ne peut nouer la relation à sa place. » Cela est juste. Est-ce suffisant?

     Si l’enfant sait poser des questions désarmantes, s’il questionne à sa manière, n’est-ce pas parce qu’il a une pensée propre? Un vrai dialogue avec les enfants demande de les considérer comme sujets. Le dialogue sur Dieu avec l’enfant nécessite non seulement l’énoncé de vérités ou mieux, le partage de notre foi, mais aussi notre écoute de la parole de l’enfant. Selon Bucher, dans un article qu’il écrivait il y a déjà quelques années : « On peut dire à bon droit que voir d’abord dans les enfants des objets ou des récipients vides qui ne peuvent être remplis que par des adultes, ne voir en eux que des êtres à éduquer, c’est avoir contre soi toute la recherche récente sur l’enfance […]. Les petits enfants justement influencent aussi le comportement des adultes en particulier celui des parents plus fortement qu’ils ne le pensent en général. »1 C’est une richesse que de pouvoir vivre cet échange avec les enfants.

     Parler de Dieu avec les enfants, ce serait donc se mettre aussi à l’école des enfants. Ce serait à tout le moins accepter non seulement de donner, mais également de recevoir de plus petit que soi.

 

(1) Anton BUCHER (1996). « Les enfants en tant que sujets », Concilium 264, p. 61-71.

 

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