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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 104 (2005) 18.

 

Un homme humble et tenace

par Jean-Claude Breton
 

Claude Ryan
Mon testament spirituel
Montréal, Novalis, 2004, 204 p.

 

Il convient, en cette période anniversaire du décès de Claude Ryan, de souligner la parution de son testament spirituel à la fin de l’année 2004. Comme l’explique Michel Maillé dans son mot de l’éditeur, il s’agit d’un ensemble de communications faites au cours des dernières années de sa vie que Claude Ryan est venu présenter lui-même à la maison d’édition, quelques mois avant sa mort. L’aménagement définitif de ces textes autour des têtes de chapitres actuelles a été complété après sa mort.

     Le livre est présenté en cinq chapitres qui regroupent les préoccupations de Ryan : « Mon engagement de chrétien »; « Comment croire aujourd’hui »; « Questions sur l’Église »; « Concilier religion et politique » et « La doctrinale sociale de l’Église ». Chacun de ces sujets est traité à la manière habituelle de Ryan et il serait donc dangereux et inutile de vouloir les résumer rapidement, car il faudrait sacrifier les nuances et les précisions qui lui tenaient tant à cœur. Tout au plus nous permettra-t-on de signaler que pour une communication sur le pluralisme religieux, donnée à l’UQÀM, Ryan s’était inspiré d’une chronique d’Hélène Côté, parue dans Présence. Parlons donc plutôt de l’écriture de ce livre, pour ainsi inviter à le lire avec toute l’attention qu’il mérite.

La manière

     Peu importe le sujet abordé, il y a des constances dans la parole offerte. Réveillant des souvenirs chez les personnes de ma génération qui ont connu un texte de Ryan sur le devoir de témoignage du laïc chrétien paru dans les années 1950, Ryan revient encore souvent sur cette nécessité aujourd’hui dans notre société. Que ce soit en parlant plus particulièrement du politicien ou que ce soit en référence aux activités professionnelles de tout baptisé, il insiste sur la nécessité d’être témoin de sa foi et de ses options profondes, même si cela doit se faire en temps opportun et avec tout le doigté nécessaire.

     Avec la même constance, on retrouve dans chacune de ses interventions une ou des références au cardinal Newman. Cet anglican passé au catholicisme que Ryan a découvert à l’époque de ses premières études de l’histoire de l’Église est toujours demeuré une référence privilégiée. Que ce soit pour son traitement de la tradition ou de l’intégrité intellectuelle dont doit s’accompagner la vie de foi, pour ses propos sur la conscience ou sur l’université, Newman n’en finissait pas d’inspirer la réflexion de Ryan.

     Il faut aussi remarquer des mots qui reviennent très souvent dans le vocabulaire de Ryan. S’il aborde presque de façon habituelle ses sujets en disant qu’il va les traiter en toute humilité, il aime aussi souligner la nécessité du respect à l’égard de l’opinion des autres. C’était sa manière aussi de s’excuser pour des propos plus durs ou brusques qu’il pouvait imposer dans le feu de la discussion.

     Au-delà de ces constances, il faut souligner le souci de s’informer sérieusement avant d’avant d’aborder une question et le soin mis à la soumettre à une analyse fine, respectueuse de tous les tenants et aboutissants, dans son effort de réponse. Ryan n’appuie pas ses opinions à coups de poing sur la table, mais sur une documentation laborieusement rassemblée et en référence à des autorités respectées, que ce soit en matière religieuse ou pour la pratique du journalisme.

     Il ressort de ce texte une image forte d’un homme libre qui, tout en étant respectueux des autres, ne craint pas d’afficher ses convictions dès lors qu’elles sont le fruit d’un labeur sérieux. Ses propos sur les difficultés auxquelles la liberté est soumise pour quiconque accepte de se joindre à un parti politique sont ici particulièrement remarquables. De même, son expérience au journal Le Devoir lui permet de parler avec justesse du rôle des médias dans la société, tout en étant très critique sur le peu d’empressement que mettent les médias québécois à couvrir les informations religieuses, quand elles ne sont pas de l’ordre du scandale.

     Si aucun des textes présentés ici, à l’exception de la conclusion qui reprend les propos lus par son fils Paul aux funérailles, n’a été préparé en vue d’un testament, il reste juste de nommer ainsi ce livre qui nous offre un héritage. Un héritage qu’il faudrait savoir faire fructifier, car Ryan serait le premier déçu que ses opinions soient acceptées sans discussions ni prolongements. Ceux et celles qui ont connu Claude Ryan reconnaîtront à chaque page le style de l’homme, clair au point de sembler froid, ferme au risque d’être taxé d’intransigeance, mais humble et chaleureux, capable d’un rire sans doute pas très musical mais témoignant de sa bonté profonde.

     À peu d’exceptions, les leaders québécois aussi bien que ses proches et les citoyens ordinaires ont témoigné de leur reconnaissance à cet homme qui a été de devoir bien au-delà du temps passé au journal de ce nom. Tout le monde admirait son honnêteté intellectuelle et son respect des personnes. Que son testament spirituel rendu accessible inspire les citoyennes et citoyens de tous les milieux à poursuivre avec le même amour de la vie que celui manifesté par Claude Ryan.

 

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