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Le
frère André
par Jean-Claude Breton, o.p. Françoise Deroy-Pineau
Tous les cinéphiles, qui ont vu Jésus de Montréal, gardent un souvenir précis du chemin de croix de l'Oratoire, mais combien savent que l'idée originale appartient au frère André? La télévision a aussi permis la diffusion du film de Jean-Claude Labrecque sur le frère André, interprété par Marc Legault. Un frère André bien en santé, si on le compare à celui dont nous parle ici Françoise Deroy-Pineau et qui semble mieux correspondre au souvenir que gardent encore quelques rares personnes qui ont connu le fondateur de l'Oratoire. Françoise Deroy-Pineau n'en est pas à ses premières armes dans l'écriture de l'histoire de grandes figures religieuses québécoises, au moins pour une partie de leur vie. Marie de l'Incarnation, Jeanne Leber, Jeanne Mance et Madeleine de la Peltrie ont déjà fait l'objet d'ouvrages par cette spécialiste de la socio-histoire. C'est en effet sa force, de chercher à bien situer ses héroïnes et héros dans leur contexte socio-culturel et de nous les rendre ainsi encore plus accessibles. Un héros légendaire Le défi, dans le cas du frère André, était de taille parce que beaucoup de Québécois et encore plus de visiteurs de l'oratoire Saint-Joseph ont leur idée sur le frère André. Son humilité, sa serviabilité et sa sainteté ne posent question à personne. Mais autour de ce noyau dur, la légende a greffé plein d'histoires et d'anecdotes pas toujours aussi faciles à contrôler. Le frère André avait son franc-parler avec les personnes qui s'approchaient de lui et il savait même être dur avec les profiteurs. Prenait-il pour autant un malin plaisir à semoncer ceux qui avaient la maladresse de ne pas trouver les bons mots en sa présence? Comment faire la part des choses entre ce qu'il a dit et fait et les interprétations qui en ont été fournies? Car la légende s'est depuis longtemps emparée des bouts de récits disponibles et des quelques rares écrits pour construire un frère André plus grand que nature. Rendu à sa vraie grandeur L'auteure n'a pas diminué son personnage pour le rendre plus crédible. Pas plus qu'elle n'a semé de doutes sur sa sainteté ou sur sa ténacité à garder le cap sur son idéal. Au contraire, elle s'est efforcée de rapporter le plus près possible toutes les informations disponibles, mais en s'efforçant de les mettre en contexte pour nous aider à en saisir le sens et à en deviner la portée pour aujourd'hui. Nous devons être reconnaissants pour cet ouvrage qui rajeunit le portrait du frère André en cette année où on célèbre le 1001 anniversaire de son oeuvre: l'Oratoire. On pourra manifester un peu d'irritation devant son refus d'accepter l'orthographe habituel du Mont-Royal et sa préférence pour mont Royal. On pourra débattre sa décision de ranger le frère André parmi les mystiques. Il en serait probablement le premier surpris et peut-être le premier à demander des corrections sur ce point. Ce choix de vocabulaire, qui a tendance à multiplier de façon abusive les mystiques, a quand même l'intérêt de situer le frère André parmi les saints de son temps. L'auteure a présenté en tableau synoptique quelques-uns d'entre eux et elle a inclus dans cette présentation plusieurs informations pertinentes. S'agit-il de «mystiques» dans chaque cas, comme elle le laisse croire? On pourrait en douter. En tout cas, il s'agit de saints et de saintes qui ont sont parvenus, par des chemins diversifiés et personnels, à suivre jésus et à donner vie à des passages d'évangile. Pourquoi ce livre? Pour plusieurs raisons différentes, selon la situation où l'on se trouve. Pour mettre un peu de chair sur les étiquettes qui seront accolées au frère André durant cette année centenaire. Pour mieux comprendre le catholicisme d'autrefois et le situer dans son contexte historique. Pour essayer d'imaginer comment, dans un demi-siècle qui a connu deux guerres mondiales et une crise économique unique dans l'histoire, un frère portier a pu imaginer de construire un sanctuaire aux dimensions de l'oratoire Saint-Joseph. Toutes ces raisons sont bonnes et on pourrait en suggérer d'autres du même ordre. Mais au-delà de toutes ces démarches d'étude et de réflexion, la raison la plus importante pour prendre ce livre en main tient dans le désir de s'approcher du frère André. On peut bien, en effet, faire des gorges chaudes sur sa foi naïve et sur son manque d'éducation religieuse, on peut bien lui souhaiter d'avoir eu un peu plus de sens critique dans sa vie de foi, on peut même espérer qu'il soit mieux parvenu à l'intelligence de sa foi, mais on doit surtout se rendre au fait que, s'il n'a pas jeté la montagne dans la mer au nom de sa foi, il a réussi à y faire fleurir une foi vivante! |
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