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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 102 (2004) 33.

 

La paternité revisitée

par Jean-Claude Breton
 

Xavier Lacroix
Passeurs de vie. Essai sur la paternité
Paris, Bayard, 2004, 318 p.

 

Le sujet est plus que pertinent et je ne dis pas cela parce que Présence y a déjà consacré un dossier, mais parce qu’il fait l’objet de nombreuses réflexions et publications. L’auteur n’en est pas à son premier essai en la matière, puisqu’il a été associé à plusieurs publications abordant la question de l’amour, des rapports hommes-femmes ou homosexuels. Au titre de philosophe, il aborde ici une question qu’il formule ainsi :« Osons poser la question des fondements, du structurel, de l’essentiel : quelles sont les données requises pour que le mot ‘père’ ait un sens? » (p. 17)

     La réponse commence bien. Le premier chapitre observe le jeu de trois fils qui forment la trame initiale de celle-ci : le charnel, le symbolique et le relationnel. Toujours dans la même veine phénoménologique, le deuxième chapitre prend les choses « de bas en haut » , c’est-à-dire du point de vue de l’enfant pour faire voir la place et l’action du « parent de sexe masculin ».

     Au troisième chapitre, on commence à sortir de la simple observation sous le titre «  il faut un homme et une femme pour faire un père ». Au nom de la différence homme-femme, telle que présentée ici, l’auteur prend vigoureusement la parole contre ce qu’il est devenu familier d’appeler « l’homoparentalité ». Au pays du « il faut » , ces considérations débordent le simple regard et commencent à situer le père, et la filiation qui lui appartient, en liens très étroits avec la conjugalité. Déjà certains lecteurs, et le masculin sied bien ici, commenceront de se sentir fortement confrontés, sinon exclus, dans la situation où la vie les a mis, le divorce par exemple.

     Au quatrième chapitre, très intéressant du point de vue méthodologique, on revient à la phénoménologie avec une quarantaine de témoignages, dont la majorité fournis en annexe. Des témoignages quand même choisis et qui réussissent parfaitement à illustrer les propos de l’auteur dans sa présentation des rôles majeurs du père : donner « le goût des choses nouvelles », être « une stature, un rempart, le gardien des passages, le témoin de la loi » même « au-delà du sérieux ».

     Puis on arrive au cinquième chapitre « Une aventure spirituelle ». Moins familier des sujets déjà abordés, j’attendais depuis le début de ma lecture ce chapitre au titre attrayant pour le professeur de vie spirituelle. Et voilà que je me retrouve en pleine démarche morale où l’expérience paternelle n’est occasion de croissance spirituelle que dans la mesure où elle se plie aux exigences du rôle. Inutile de dire que le philosophe a pris congé ici et que c’est le théologien moraliste qui appelle à la conversion et qui offre une triple alliance, paternelle, conjugale et des origines, la dernière devenant une approche renouvelée des preuves de l’existence de Dieu! Je sais la question difficile et je comprends en partie l’intention de Lacroix de présenter un modèle susceptible d’inspirer et de soutenir les pères dans leur rôle. Comme la situation sociale, culturelle et historique n’offre plus l’encadrement d’autrefois, je comprends qu’il ait voulu fournir un cadre nouveau et ferme pour aider les pères à vivre cette «aventure à hauts risques». Mais y a-t-il un domaine où il est plus difficile de proposer une démarche universelle que celui des relations et fonctions proprement humaines? Bien sûr, les repères sont nécessaires, mais peut-on en offrir qui soient autre chose que des généralisations, éclairées et fondées, qui doivent être adaptées aux situations singulières de chaque personne. En vie spirituelle, comme en toute vie finalement, les programmes sont utiles pour démarrer, mais ils sont toujours dépassés par le vécu.

     Ce chapitre a gâché ma lecture et l’a rendue plus difficile pour les deux derniers chapitres, pourtant porteurs de réflexions intéressantes. Au sixième, par exemple, l’auteur est presque fascinant dans sa présentation de la paternité au plurielle où il conjugue les différentes composantes qui lui permettent d’advenir de façon complète. Et le dernier chapitre offre une vision chrétienne qui veut situer la paternité humaine avec celle du Père.

     À part quelques références au droit français, qui ne me semble pas toujours identique au nôtre, ce livre est un outil très bien fait qui permet de réfléchir sérieusement sur les questions soulevées par l’exercice actuel de la paternité. Sauf pour le chapitre déjà « dénoncé », les prises de position de l’auteur n’empêchent pas de profiter de la documentation qu’il met à notre disposition. Au contraire, elles provoqueront au besoin le lecteur et l’obligeront parfois à reconsidérer certaines affirmations devenues des lieux communs indiscutables. Mais pour les pères en recherche d’un livre susceptible d’alimenter leur vie spirituelle, je leur recommanderais un bon examen de conscience avant de se lancer dans une lecture où ils risquent autrement de se voir rapidement disqualifiés.

 

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