url

photo

identification

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTREDOCUMENTSNOUVEAUTÉS

 

index

jaquette

 

Liens externes

Fernand Dumont (1927-1997)

Chaire Fernand-Dumont sur la culture

 

Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 41 (1997) 31.

 

Pour la foi à venir

par Jean-Claude Breton, o.p.*
 

Fernand Dumont
Une foi partagée
Montréal, Fides (L'essentiel), 1996, 304 p.

 

L'auteur nous avertit d'entrée de jeu du double sens du titre de son livre. Une foi partagée, d'abord parce qu'une foi personnelle offerte en partage au lecteur. Une foi partagée aussi, au sens où la foi actuelle est éclatée, dispersée dans plusieurs directions et soumise au caprice d'options disparates.

     Notre intention, dans ce bref compte-rendu, est double aussi. Présenter un livre qui devrait devenir le compagnon de toute personne préoccupée de l'actualité et de l'avenir de la foi d'ici, mais aussi rendre hommage à son auteur en raison de ses très anciennes connivences avec Présence magazine.

Un ami de vieille date

     Si Fernand Dumont n'a pas collaboré au magazine sous sa facture actuelle, il n'en est pas moins un de ses ancêtres de la première heure. Il était en effet très proche des fondateurs de la revue Communauté chrétienne, notre ancêtre, et nous trouvons son nom comme collaborateur dès 1962, la première année de la revue mère.

     Et cette collaboration s’est prolongée au fil des ans. Il est aussi permis de croire que l'influence de Fernand Dumont à Communauté chrétienne a largement dépassé sa contribution écrite et que sa réflexion a laissé sa trace dans les écrits des autres autant que dans l'orientation de la revue. De sorte qu'en évoquant son dernier ouvrage, c'est celui d'un ami de longue date que l'on salue.

Un témoignage de professeur

     Si Dumont a voulu partager sa foi, témoigner comme on dit couramment aujourd'hui, il ne le fait pas sur le ton de la confidence intimiste. De son propre aveu, et sans aucun remords, il avoue que c'est le professeur qui partage sa foi. Mais un professeur qui « maîtrise si bien sa matière », que même l'élève moins brillant réussira à y trouver son profit.

     Le livre est divisé en trois parties : croire à qui, sur l’existence chrétienne et sur la culture chrétienne.

Croire à qui?

     En fidélité avec ses réflexions antérieures et en communion avec plusieurs spirituels et théologiens, Dumont ancre volontairement le mouvement de foi dans la foi en l'humanité. C'est à cette foi, et à cette foi seule, qu'il lui semble possible d'articuler la foi en Dieu et au Fils de l'homme. Évidemment, ce point de départ amène à soulever quelques questions sur l'Église, présentée ici encore avec un gros « mais ».

Sur l’existence chrétienne

     C'est peut-être la partie la plus attachante du livre. Après trois chapitres bien articulés et percutants sur la parole, les sacrements et le témoignage, Dumont présente quelques personnes qui ont valeur particulière de témoins à ses yeux : Jacques Couture, Raymond Lavoie, Laurette Lepage-Boulet, Louise Carrier, Mounier et Simone Weil. Est-il trop osé de voir dans ce choix de témoins l'expression concrète de l'idéal poursuivi par Dumont dans sa vie de foi? Ce que Dumont choisit de mettre en relief dans l'expérience de chacune de ces personnes m'est apparu, en tout cas, comme une brillante concrétisation des propos du professeur. Impossible de ne pas mentionner, dans cette deuxième partie, le dernier chapitre sur la foi dans le temps. Un portrait de la foi à la mesure du monde!

Sur la culture chrétienne

     Dumont revient ici à ses préoccupations coutumières, auxquelles d'autres ouvrages nous ont habitués. Il insiste sur la nécessité de penser la foi dans la culture vécue et il apporte à la réflexion sur la sécularisation et la consécration une contribution qui vaudrait d'être reprise partout où on prétend préparer l'avenir de la foi.

     Pour Dumont, la culture chrétienne est l'actualisation de la tradition. Inutile, donc, de penser que l'avenir de la foi pourra faire l'économie de la dramatique humaine et s'aménager par simple recours au passé. Il identifie quatre conditions pour oser espérer la (re)naissance d'une culture chrétienne. « Il nous faut d'abord réveiller la quiétude des énoncés, redécouvrir collectivement le caractère dramatique du christianisme. C'est à cette condition que la foi pourra poursuivre, en corollaire, la critique de la culture contemporaine dans ce qu'elle comporte elle-même de tragique. Ce qui suppose une foi moins frileuse, plus aventurée. Ce qui oblige enfin à rendre la parole à l'ensemble des fidèles, car il n'y aura pas de culture chrétienne sans qu'elle soit édifiée par la communauté tout entière. »

     Le dernier chapitre reprend rapidement le portrait du catholicisme québécois. Si le bilan n'est pas brillant et si Dumont lui-même avoue en avoir grossi les traits, les raisons d'espérer ne sont toutefois pas absentes. Il existe « une histoire souterraine » où la sève continue de couler. « Est-il interdit d'espérer que, plus haut encore, au faîte de l'arbre, la sève parvienne? »

Ne pas conclure

     C'est ainsi que s'achève ce livre attachant et prenant. Il fallait s'y attendre. Le partage de foi offert ici n'est pas « quelque gâteau de précieuse doctrine »; il n'est pas non plus le témoignage réconfortant de qui prétend avoir réussi. Il est rappel que « la condition humaine est l'interrogation » et invitation à porter en toute lucidité le poids des questions qui permettent de dévoiler des pans de sens.

     Il faut être reconnaissant à Fernand Dumont d'avoir offert ce partage de foi à un public plus large que celui habitué à ses études savantes. Fidèle à lui-même et au peuple d'où il vient, il veut contribuer encore à l'avenir de la foi.

* Jean-Claude Breton est professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal.
 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 1997
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 •
courriel :

www.cebl.org • 16 novembre 2004