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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 100 (2004) 33.

 

Remous (suite)

par Denis Gagnon, o.p.
 

Gérard Mordillat et Jérôme Prieur
Jésus après Jésus. L’origine du christianisme
Paris, Seuil, 2004, 393 p.

 

Au cours de l’année 1997, la chaîne de télévision française Arte présenta une série d’émissions intitulée Corpus Christi sur les évangiles. Les auteurs, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, ont fait appel à toute une brochette de spécialistes (exégètes, historiens, théologiens, etc.) pour analyser l’événement de la mort et de la résurrection du Christ, au sommet de la foi chrétienne. Dans le prolongement de la série, ils publièrent un livre, Jésus après Jésus (Seuil, 1999 et «Points» 2000).

     La série télévisée comme le livre ont eu un énorme retentissement en France. Ils abordaient un sujet important non seulement pour les chrétiens mais encore pour toute personne que le christianisme intéresse. Plus que le sujet, son traitement par les auteurs souleva les passions. Comme dans une véritable enquête policière, chaque élément présenté par les évangélistes, chaque détail, chaque silence même passait au crible; chaque hypothèse était scrutée à la loupe. Sans complaisance, le plus souvent sur un ton polémique.

     Quelques années plus tard, Mordillat et Prieur récidivent avec une nouvelle série sur l’origine du christianisme et un livre Jésus après Jésus. Il y aura sûrement encore des remous. Les auteurs sont avant tout des écrivains et des cinéastes. Ils adoptent le ton que leur suggère leur métier: des questions en rafale, des hypothèses parfois accompagnées d’analyses, le plus souvent lancées sans plus, en mordant au passage tel ou tel auteur biblique.

     Le livre veut montrer comment le christianisme s’est forgé graduellement au cours d’environ un siècle. Il est né au sein du judaïsme. Il a pris rapidement ses distances, de rupture en rupture et, selon les auteurs, d’intolérance en intolérance. Il y a d’abord division entre les Juifs d’origine grecque et les Hébreux, puis entre Paul et Jacques, finalement entre chrétiens d’origine juive et chrétiens venus de la Gentilité.

     Les questions sont sinon pertinentes du moins percutantes! Quel portrait de Jésus les auteurs du Nouveau Testament tracent-ils, plusieurs années après son passage en Palestine? Quelles intentions les mobilisent? Qui est véritablement à la tête de ce mouvement: Pierre? Jacques? Paul? De quel royaume Jésus parle-t-il? À quel royaume les disciples pensent-ils? Qui sont les membres des premières communautés chrétiennes? Et Paul, cet homme qui se dit apôtre alors qu’il n’a jamais rencontré le Christ: qui est-il véritablement? Que s’est-il passé vraiment à ce qu’on appelle le concile de Jérusalem? Comment en est-on arrivé à rompre avec le judaïsme? Comment est-on parvenu à se croire le «véritable Israël»? De bonnes questions, des questions essentielles, des questions difficiles.

     Le livre mérite d’être lu, ne serait-ce que pour les questions qu’il pose. La foi - parce qu’elle ne craint pas les questions, au contraire! - exige qu’on les aborde franchement. Cependant, on aurait aimé que l’ouvrage esquisse mieux les réponses, quand il y a des réponses. À part les références bibliques (pas toujours explicites), les auteurs ne donnent pas les sources de leurs interrogations comme de leurs affirmations. Nous sommes contraints de faire confiance. En matière scientifique, ce n’est pas l’attitude qui convient. Des insinuations peuvent être reçues comme des confirmations. Certaines épithètes donnent plus dans la polémique que dans la recherche objective. On verse parfois dans l’anachronisme. Il n’est pas toujours facile de départager entre ce qui appartient à la recherche scientifique et ce qui relève du combat passionné.

* * *

     Gérard Mordillat et Jérôme Prieur ont voulu nous convaincre que «le christianisme est une aberration historique, comme on qualifie en physique un phénomène qui, logiquement, ne devait pas se produire. […] Chaque fois que l’on croit saisir l’origine du christianisme, on se retrouve au centre d’un jeu de miroirs où chaque image démultipliée interdit d’en choisir une seule». J’avoue, pour ma part, que les 363 pages précédentes ne réussissent pas à me conduire à une conclusion semblable.

 

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