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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 99 (2004) 29.

 

Derrière l’œuvre, un homme, un vrai

par Denis Gagnon, o.p.

Marcel Neusch
Initiation à saint Augustin, un maître spirituel
Paris, Cerf (Trésors du christianisme), 2003, 281 p.

 

Parmi les penseurs qui marquent la réflexion sur le christianisme et influencent les données de la théologie chrétienne, il faut laisser une place importante à l’évêque Augustin (354-430). Il faudrait peut-être même lui reconnaître la première place. Avec ses lumières comme aussi ses ombres.

     Augustin a beaucoup parlé, beaucoup écrit, beaucoup enseigné. Il a été un grand pasteur. Et on a publié abondamment sur ses œuvres et sa doctrine comme sur ses initiatives pastorales et spirituelles. On connaît assez bien son itinéraire et les péripéties qui l’ont conduit à sa conversion. Lui-même ne s’est pas gêné pour parler de ses expériences personnelles, expériences humaines et spirituelles. Ses Confessions constituent l’œuvre qui révèle le mieux sa personnalité et sa foi.

     Fait intéressant: l’époque d’Augustin ressemble étrangement à la nôtre: bouleversements sociaux, évolution rapide de la société, développement de la vie ecclésiale, recherche intense au plan théologique dans des courants très diversifiés. Augustin est bien enraciné en son temps et dans le milieu où il vit. Il participe aux débats. Il en est même un des meilleurs leaders et parmi les plus inspirants malgré certaines maladresses de sa théologie.

     On reconnaît la richesse de la pensée d’Augustin. Il faut aussi s’intéresser à l’homme et aux différentes étapes de sa vie. Jeunesse tumultueuse, ardeur au travail intellectuel, conversion radicale après un long cheminement de questions, de doutes et d’hésitations par souci de vérité. Une même fougue a traversé sa vie, durant ses jeunes années auprès des femmes et dans l’oisiveté de l’adolescence délinquante, à l’époque où il enseignait à Thagaste, à Carthage, à Rome, à Milan, au temps de son épiscopat à Hippone. Proche des grands comme des petits, parmi les saints comme avec les pécheurs, dans la discrétion de la vie communautaire comme sur la place publique où le conduisait son ministère épiscopal ou la renommée de son jugement.

     Marcel Neusch parcourt la vie d’Augustin avec une grande habileté. Il nous guide sûrement vers l’homme et l’œuvre d’autant plus qu’il a fait d’Augustin la principale question de sa longue carrière de professeur et de chercheur à l’Institut catholique de Paris. L’ancien directeur de l’Institut de science et de théologie des religions poursuit son enseignement en France comme à Madagascar tout en collaborant au journal La Croix et en animant des sessions sur différentes questions. Il est le directeur de la revue Itinéraires augustiniens. Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons: Aux sources de l’athéisme contemporain. Cent ans de débats sur Dieu (Centurion, 1977 et 1980), Augustin, chemin de conversion. Une introduction aux « Confessions » (Desclée de Brouwer, 1986). Plus récemment, il a écrit: Les Rivages de l’homme. Un essai d’anthropologie chrétienne, (Centurion, 1995), Saint Augustin, l’amour sans mesure (Parole et Silence, 2001) et Dieu au XXe siècle. Contribution à la théologie aux temps qui viennent (Bayard, 2002).

     Dans cette Initiation à saint Augustin, maître spirituel, Marcel Neusch souhaite proposer la vie et l’expérience d’Augustin comme une lumière sur nos propres routes: « Tant de livres lui ont été consacrés qu’on hésite à se mettre sur les rangs. Les pages qui suivent ne seront qu’une invitation à rencontrer Augustin, ce qui est identiquement entrer dans un contact plus vrai avec soi-même. Augustin s’est débattu avec sa propre vérité d’homme devenu pour lui-même une question: “Mihi quaestio factus sum”! Ayant fait l’expérience de l’impasse existentielle dans laquelle il s’était fourvoyé, il a embrassé la foi chrétienne, conscient que la vérité de l’homme passe l’homme. “Je ne puis par moi-même saisir tout ce que je suis”: “Nec ego ipse capio totem, quod sum.” Augustin offre à chacun son aide fraternelle pour cette quête de soi, mais en l’avertissant que sa seule chance d’aboutir réside en Dieu: “Donne en dépôt à la vérité tout ce que tu tiens de la vérité et tu ne perdras rien…” Lire Augustin, ce n’est jamais s’éloigner de sa propre vérité; c’est apprendre à pénétrer au plus profond de soi-même, jusqu’à cette pointe de l’âme où elle se heurte à son propre mystère. » (p. 7)

     « Qu’une invitation à rencontrer Augustin », mais une invitation qu’on ne regrettera pas d’avoir acceptée!

 

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