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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 98 (2004) 33.

 

Une spirituelle à découvrir

par Jean-Claude Breton
 

Femme de désir, femme d’action
Écrits spirituels de Marie Gérin-Lajoie

Montréal, Éd. Paulines, 2003, 207 p.

 

Quand on pense à des auteurs spirituels québécois, la tendance est de se référer à des auteurs anciens : Marie de l’Incarnation, Marguerite Bourgeoys et autres n’ayant pas connu le 20e siècle. L’erreur est corrigée avec la parution des écrits spirituels de Marie Gérin-Lajoie.

     Trois religieuses de sa communauté, Marcienne Proulx, Thérèse Routhier et Gisèle Turcot ont assuré l’introduction à cet ouvrage qui se termine avec la postface de Bernard Carrière, s.j.

     Les écrits ont été regroupés en 7 chapitres, et, comme le précise l’avertissement, ce ne sont pas tous les textes de la fondatrice qui sont offerts ici, mais ceux de deux périodes : le début de la vie religieuse (1928-1936) et les années de maturité (1947-1954). Dans les mots même de l’auteure, des « méditations et considérations sur la vie spirituelle et notre vocation ».

Le contenu

     Le seul énoncé des titres de chapitres donne une bonne idée des orientations spirituelles de l’auteure : 1. « S’adonner à la vie spirituelle » 2. « Accueillir l’amour de Dieu… un flot impétueux » 3. « Croire à l’amour miséricordieux de Jésus » 4. « S’ouvrir à l’amour » 5. « Passer du doute à la confiance » 6. « Se tourner vers Marie, solidaire de l’humanité » et 7. « Devenir apôtre ». Voilà qui ne rejoint pas exactement l’image éculée que les milieux bien-pensants aiment répéter à propos du catholicisme québécois du début du 20e siècle. Compter trois chapitres qui parlent différemment de l’amour et un autre qui invite à préférer la confiance au doute suggère bien à quelle source s’est abreuvée l’auteure. Même son chapitre sur Marie ne reprend pas les mièvreries coutumières dont elle se défend. Quant à son chapitre « Devenir apôtre » ses propos voisinent ceux de France pays de mission qui valut à l’abbé Godin et son compagnon le titre de visionnaires prophétiques.

Une spiritualité encore accessible

     L’expression donnée par Marie Gérin-Lajoie à ses visées spirituelles est loin d’être périmée. Elle cherche continuellement à trouver, pour elle-même et ses auditrices, un sens fécond à la réalité spirituelle de son temps. Par exemple, il lui est bien difficile d’oublier la dévotion au Sacré-Cœur si présente en son temps. Mais elle ne le fera pas pour inciter à une pratique janséniste et rigoriste du catholicisme, mais plutôt pour souligner la symbolique amoureuse de la référence au cœur et ainsi libérer les croyants et croyantes de leurs craintes et de leurs scrupules. Dans presque chaque texte, on retrouve ainsi les préoccupations pédagogiques et spirituelles d’une fondatrice qui veut initier ses jeunes sœurs à la vérité et à la liberté évangéliques les plus authentiques.

     La très grande majorité des textes présentés ici témoignent en effet de la confiance accordée à l’intelligence par sœur Marie. Bien sûr, il lui arrive d’évoquer la Providence, comme le faisaient si souvent les supérieurs religieux de l’époque, mais sans verser dans une sorte d’espoir magique. Sœur Marie opte personnellement pour la recherche de la vérité dans une pratique spirituelle marquée par la quête d’intériorité. Alors que les dévotions étaient si populaires autour d’elle, elle invite ses consœurs à la lucidité, à l’étude et à une action planifiée.

     À deux reprises, j’ai quand même exprimé, par un presque ou une très grande majorité, une sorte de réserve à l’égard des textes présentés et pour laquelle je dois des explications. Il s’agit peut-être d’une préférence personnelle, mais j’ai accueilli beaucoup plus spontanément les textes de type considérations que ceux qui ressemblent plutôt à des prières. Comme si le vocabulaire et les images d’autrefois pesaient plus lourd dans les prières que dans les méditations où sœur Marie fait preuve d’une perspicacité qui la met pour ainsi dire à l’abri du vieillissement précoce. Comme lorsqu’elle propose cette définition lumineuse de l’enfer : « c’est là où Dieu s’abstient d’agir en amour. »

     Dans sa postface, Bernard Carrière s’inspire d’une pratique de Michel de Certeau pour identifier le type d’expérience spirituelle vécu et transmis par sœur Marie. Il dit d’elle qu’elle se présente à la fois comme « témoin » de sa propre expérience et comme « accompagnatrice » dans son rapport à ses sœurs. J’ose ajouter des qualificatifs à ces deux images. Sœur Marie est un témoin authentique et une accompagnatrice préoccupée de la croissance de ses sœurs et de l’œuvre à laquelle elle a donné sa vie.

     Tout ceci pour dire que j’ai bien apprécié le contenu de ces écrits spirituels, tant pour leur contenu que pour la forme sous laquelle ils sont présentés. Marie Gérin-Lajoie enseigne non pas comme une personne qui est rendue au bout de son chemin, mais comme une initiée qui continue d’avancer tout en montrant la route aux autres. Un livre à recommander à toute personne préoccupée de vie spirituelle; un livre à fréquenter par tout individu en quête d’un encouragement constant, ferme et ouvert.

 

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