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Une
spirituelle à découvrir
par Jean-Claude Breton Femme de désir,
femme daction
Quand on pense à des auteurs spirituels québécois, la tendance est de se référer à des auteurs anciens : Marie de lIncarnation, Marguerite Bourgeoys et autres nayant pas connu le 20e siècle. Lerreur est corrigée avec la parution des écrits spirituels de Marie Gérin-Lajoie. Trois religieuses de sa communauté, Marcienne Proulx, Thérèse Routhier et Gisèle Turcot ont assuré lintroduction à cet ouvrage qui se termine avec la postface de Bernard Carrière, s.j. Les écrits ont été regroupés en 7 chapitres, et, comme le précise lavertissement, ce ne sont pas tous les textes de la fondatrice qui sont offerts ici, mais ceux de deux périodes : le début de la vie religieuse (1928-1936) et les années de maturité (1947-1954). Dans les mots même de lauteure, des « méditations et considérations sur la vie spirituelle et notre vocation ». Le contenu Le seul énoncé des titres de chapitres donne une bonne idée des orientations spirituelles de lauteure : 1. « Sadonner à la vie spirituelle » 2. « Accueillir lamour de Dieu un flot impétueux » 3. « Croire à lamour miséricordieux de Jésus » 4. « Souvrir à lamour » 5. « Passer du doute à la confiance » 6. « Se tourner vers Marie, solidaire de lhumanité » et 7. « Devenir apôtre ». Voilà qui ne rejoint pas exactement limage éculée que les milieux bien-pensants aiment répéter à propos du catholicisme québécois du début du 20e siècle. Compter trois chapitres qui parlent différemment de lamour et un autre qui invite à préférer la confiance au doute suggère bien à quelle source sest abreuvée lauteure. Même son chapitre sur Marie ne reprend pas les mièvreries coutumières dont elle se défend. Quant à son chapitre « Devenir apôtre » ses propos voisinent ceux de France pays de mission qui valut à labbé Godin et son compagnon le titre de visionnaires prophétiques. Une spiritualité encore accessible Lexpression donnée par Marie Gérin-Lajoie à ses visées spirituelles est loin dêtre périmée. Elle cherche continuellement à trouver, pour elle-même et ses auditrices, un sens fécond à la réalité spirituelle de son temps. Par exemple, il lui est bien difficile doublier la dévotion au Sacré-Cur si présente en son temps. Mais elle ne le fera pas pour inciter à une pratique janséniste et rigoriste du catholicisme, mais plutôt pour souligner la symbolique amoureuse de la référence au cur et ainsi libérer les croyants et croyantes de leurs craintes et de leurs scrupules. Dans presque chaque texte, on retrouve ainsi les préoccupations pédagogiques et spirituelles dune fondatrice qui veut initier ses jeunes surs à la vérité et à la liberté évangéliques les plus authentiques. La très grande majorité des textes présentés ici témoignent en effet de la confiance accordée à lintelligence par sur Marie. Bien sûr, il lui arrive dévoquer la Providence, comme le faisaient si souvent les supérieurs religieux de lépoque, mais sans verser dans une sorte despoir magique. Sur Marie opte personnellement pour la recherche de la vérité dans une pratique spirituelle marquée par la quête dintériorité. Alors que les dévotions étaient si populaires autour delle, elle invite ses consurs à la lucidité, à létude et à une action planifiée. À deux reprises, jai quand même exprimé, par un presque ou une très grande majorité, une sorte de réserve à légard des textes présentés et pour laquelle je dois des explications. Il sagit peut-être dune préférence personnelle, mais jai accueilli beaucoup plus spontanément les textes de type considérations que ceux qui ressemblent plutôt à des prières. Comme si le vocabulaire et les images dautrefois pesaient plus lourd dans les prières que dans les méditations où sur Marie fait preuve dune perspicacité qui la met pour ainsi dire à labri du vieillissement précoce. Comme lorsquelle propose cette définition lumineuse de lenfer : « cest là où Dieu sabstient dagir en amour. » Dans sa postface, Bernard Carrière sinspire dune pratique de Michel de Certeau pour identifier le type dexpérience spirituelle vécu et transmis par sur Marie. Il dit delle quelle se présente à la fois comme « témoin » de sa propre expérience et comme « accompagnatrice » dans son rapport à ses surs. Jose ajouter des qualificatifs à ces deux images. Sur Marie est un témoin authentique et une accompagnatrice préoccupée de la croissance de ses surs et de luvre à laquelle elle a donné sa vie. Tout ceci pour dire que jai bien apprécié le contenu de ces écrits spirituels, tant pour leur contenu que pour la forme sous laquelle ils sont présentés. Marie Gérin-Lajoie enseigne non pas comme une personne qui est rendue au bout de son chemin, mais comme une initiée qui continue davancer tout en montrant la route aux autres. Un livre à recommander à toute personne préoccupée de vie spirituelle; un livre à fréquenter par tout individu en quête dun encouragement constant, ferme et ouvert. |
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