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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 43 (1997) 29.

 

Une rencontre impressionnante

par Denis Gagnon, o.p.
 

Le Dalaï-Lama parle de Jésus
Une perspective bouddhiste sur les enseignements de Jésus

Paris, Brepols, 1996, 299 p.

 

On s'attendrait à rencontrer un ascète au visage sévère, les joues émaciées par les jeûnes, le regard transporté dans un autre univers, le discours abstrait et énigmatique. Comme se présentent souvent les maîtres spirituels dans d'autres traditions religieuses comme le judéo-christianisme.

     En bon Tibétain, le Dalaï-Lama étale constamment un sourire sincère, qu'il fasse beau oui que l'orage gronde. Les yeux pétillent de bonhomie. Le rire éclate sans retenue. L'humour ne traduit ni la fuite ni l'arrogance; il reflète plutôt la joie de vivre, l'attention à l'instant présent. Le corps semble incapable de rester assis sans bouger. L'homme est sympathique. Il fait fondre les gênes les plus coriaces. Un homme de contact et d'alliance, impressionnant de simplicité.

     L'ouvrage que vient de publier Brepols constitue, en quelque sorte, les actes du Séminaire John Main tenu en septembre 1994 à l'Université Middlesex de Londres. Ces jours-là, 350 chrétiens adeptes de la méditation et quelques bouddhistes s'étaient réunis autour du Dalaï-Lama et du bénédictin Laurence Freeman. Dans le prolongement de la fameuse rencontre d'Assise en 1986, le séminaire se voulait un dialogue entre chrétiens et bouddhistes, entre Jésus et Bouddha.

Par une porte dérobée

     Le livre regroupe une dizaine d'exposés du Dalaï-Lama sur autant de textes des Évangiles : le sermon sur la montagne, l'amour des ennemis, le royaume de Dieu, la transfiguration, la mission, la foi, la résurrection, etc. Le maître n'a rien de l'exégète scientifique ni de l'auteur spirituel habituel. Il parle en toute simplicité. Souvent, il entre dans le texte par une porte dérobée qui peut surprendre le chrétien. Il compare. Il s'attarde sur un point. Il ne cherche pas à épuiser le texte. Au contraire, il ouvre des pistes. Il amène une idée comme on lance à l'eau sa ligne à pêche. À mesure que le séminaire avance, les exposés se transforment en conversations avec le père Freeman. On sent les connivences entre les deux amis. Parfois, d'autres membres du séminaire interviennent, à l'invitation des deux hommes.

     Plus que les idées, l'attitude du Dalaï-Lama impressionne. Aucune condescendance, encore moins de la flatterie « syncrétisante ». Rien non plus de l'arrogance ou du complexe de supériorité. Surtout pas du mépris. Les qualités du discours? Sans aucun doute le respect et le souci de la vérité. Dès le début du séminaire, le Dalaï-Lama montre clairement son jeu : « Mon souci principal est le suivant : comment puis-je aider ou servir le pratiquant chrétien? Ce que je voudrais le moins au monde c'est semer le doute et le scepticisme dans les esprits. Comme je l'ai dit plus tôt, je suis absolument convaincu que la variété des traditions religieuses actuelles est précieuse et pertinente. D'après ma propre expérience, toutes les grandes traditions religieuses du monde parlent une langue et délivrent un message communs sur lesquels nous pouvons bâtir une véritable entente mutuelle. »

     La dernière partie du livre présente des informations pour mieux comprendre les traditions chrétienne et bouddhiste. Laurence Freeman présente le contexte chrétien des textes évangéliques commentés par le Dalaï-Lama. L'interprète de celui-ci, Geshe Thupten Jinpa, décrit le contexte bouddhiste. Des glossaires aident à comprendre le vocabulaire technique de chaque tradition. En plus, Robert Kiely fait une bonne présentation du séminaire qui nous laisse deviner l'esprit qui a présidé aux travaux.

Nécessaire ouverture

     Le livre n'est pas à dédaigner, loin de là. L'évolution actuelle de l'expérience religieuse - quelle que soit la tradition religieuse à laquelle on appartient - exige aujourd'hui une attention à l'autre, l'écoute, le respect. Le repli sur soi appauvrit. L'ouverture aide à se comprendre mutuellement et à comprendre sa propre tradition. Sans pour autant se trahir soi-même pour devenir l'autre. Sans non plus mélanger les traditions dans un désolant syncrétisme. Le Dalaï-Lama revient souvent sur un proverbe tibétain qui affirme qu'on ne peut pas greffer une tête de yak sur un corps de mouton. Le maître bouddhiste ne comprend pas, d'ailleurs, qu'on puisse se dire à la fois chrétien - donc croyant - et bouddhiste - athée par définition.

     « Écouter le Dalaï-Lama commenter les Évangiles fut une vraie fête. Chacun était frappé et surpris de voir à quel point "l'étranger" l’avait ému. L'exilé, l'homme dépourvu d'autorité sur les chrétiens hormis celle reçue de l’Esprit, était capable de montrer aux hommes de toutes les confessions les richesses de leur propre banquet. » (Robert Kiely, « Présentation ») Quelque chose de ce témoignage nous reste après avoir lu Le Dalaï-Lama parle de Jésus.

 

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