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Du
droit d'écrire au droit de penser
par Denis Gagnon, o.p. Pierre Hébert
« Il est humain de faire des erreurs; il est criminel de les répéter. » (Tite Live) D'où l'importance de bien connaître l'histoire pour profiter de l'expérience des ancêtres et ne pas refaire leurs bévues. Lhistorien Pierre Hébert, professeur au Département des lettres et communications de l'Université de Sherbrooke, s'intéresse à la censure littéraire au Québec. À première vue, le sujet pourrait sembler être à la périphérie des questions essentielles. Mais il s'agit ici du droit de parole, du droit d'écrire, de la liberté d'expression, à la limite du droit de penser. Un droit fondamental reconnu par les plus hautes instances sociales, politiques et religieuses. Un droit exigeant Le droit de parole est reconnu en principe, mais il est souvent malmené autant dans les milieux où on le chérit que chez ceux qui le nient. Nous avons besoin de nous protéger, d'assurer la survie de nos « vérités ». Nous nous surprenons alors à nous trouver plus à l'aise parmi les semblables. Parfois, même à souhaiter l'uniformité. La différence dérange. Qu'elle conteste oui s'exprime tout simplement, elle questionne nos options. Elle force à faire des choix ou à les affirmer. À travers les siècles, on a souvent préféré l'uniformité à la diversité : un peuple, un pays, un roi, une religion, une culture. On affirmait haut et fort l'unité. Dans les faits, on cherchait à réaliser l'uniformité. C'est le cas de la censure chez nous. Trois périodes, trois Églises Dans l'histoire de la censure en Amérique française, les autorités ecclésiastiques jouent un rôle de premier plan. Elles sont les gardiennes de l'unité-uniformité. Pierre Hébert perçoit trois grandes étapes. Il voit d'abord une ère pré-censoriale de 1625 à 1840. De 1840 à 1910, on traverserait une période de censure plutôt proscriptive, la censure qui interdit. Enfin, on serait passé progressivement à la censure prescriptive entre 1896 et 1919. On aurait choisi, durant cette période, de prévenir les coups en éduquant le jugement, en exerçant une grande influence sur la population, le poids de l'autorité devenant contraignant. L'auteur étudie des cas plus ou moins retentissants mais toujours significatifs. Ainsi, il illustre ses propos sur la première période en analysant le conflit entre les autorités de l'Église et le journal Le Canadien, les réactions aux propos intempestifs des abbés Chaboillez et Pigeon. C'est le temps de l'« Église souffrante ». Durant la deuxième période, celle de l'« Église militante », trois évêques mènent le combat. Mgr Bourget s'attaque à l'Institut canadien de Montréal, aux journaux LAvenir et Le Pays. Mgr Fabre participe activement à la querelle concernant la fondation de lUniversité de Montréal. Il affronte le Canada-Revue, « revue politique et littéraire », jusqu'à être poursuivi en cour où il est « innocenté ». Mgr Bruchési, troisième évêque de cette période est, au dire de l'auteur, « champion de la répression et dernier d'une espèce ». Pierre Hébert parle d'une « Église triomphante » à propos de la troisième période. Il étudie principalement la condamnation de Laurent-Olivier David et la mise à l'index de son Clergé canadien, sa mission, son oeuvre. C'est aussi l'époque d'une action plus positive dans la création de deux associations, l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française et l'Action sociale catholique. Du bon travail Pierre Hébert travaille bien. L'étude est précise, scientifique, bien appuyée. La réflexion est aussi juste qu'objective. Et c'est très bien écrit. Les historiens chevronnés apprécieront. Les non initiés ne se sentiront pas perdus et apprendront beaucoup. L'auteur annonce la suite dans un prochain ouvrage. Tant mieux! Pour la vérité Voilà donc un livre à recommander. Tout le monde peut en tirer profit. Il faut en conseiller la lecture à toute personne qui exerce une fonction d'autorité. L'exercice du pouvoir est redoutable. On peut le faire sentir pour son plaisir personnel, par peur d'en perdre la maîtrise ou pour véritablement servir la collectivité. Dans un cas comme dans l'autre, l'ouvrage de Pierre Hébert rappellera l'importance du droit de parole, droit qui appartient à chaque personne. On y gagne toujours à choisir la liberté, à préférer l'accueil de l'autre avec sa différence. Écouter des opinions, même les imbuvables, est toujours profitable. La pluralité est féconde. Ne serait-ce que pour mieux se comprendre soi-même. Quand la vérité nous rend libres (voir Jean 8,32), la liberté nous rend vrais. |
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