url

photo

identification

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTRENOUVEAUTÉS

 

index

jaquette

 

Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 96 (2004) 33.

 

Une femme exceptionnelle

par Denis Gagnon, o.p.
 

Francine du Plessix Gray
Simone Weil
coll. Grandes figures. Grandes signatures
Montréal, Fides, 2003, 309 p.

 

Simone Weil marche aux premiers rangs de la cohorte des philosophes qui ont illustré le 20e siècle. Cinquante ans après sa mort, on continue de scruter la femme et l’œuvre et de publier le fruit de ces études comme cette biographie de Francine du Plessix Gray. Que se dégage-t-il de cette frêle jeune fille pour susciter autant d’intérêt malgré des dehors plutôt ordinaires?

     D’origine juive, née en 1909 à Paris, Simone Weil traverse une enfance exceptionnelle. Chez les Weil, on ne joue pas à la poupée, on étudie. Et on apprend vite. À cinq ans, la petite Simone lit le journal à ses parents. À l’adolescence, elle maîtrise le grec ancien, connaît par cœur des œuvres de Corneille et de Racine. « Comment deviner, par exemple, que lorsque Simone récite la lamentation de Phèdre pour Hippolyte, elle signifie qu’elle a terminé sa composition latine et qu’elle est prête à étudier Eschyle avec André [son frère], s’il a fini ses exercices de calcul différentiel? »

     Ses goûts intellectuels conduiront Simone aux études les plus avancées, jusqu’à l’École normale supérieure. Elle aime les idées d’Alain, son professeur. Le maître et la disciple ont plusieurs traits en commun, ne serait-ce que d’avoir une pensée bien personnelle et un sens critique très développé. Elle devient agrégée de philosophie en 1931. Après les études, un peu d’enseignement, beaucoup d’écriture et de militance pour des causes diverses. La fille du respectable Dr Weil, membre d’une famille bourgeoise et assez à l’aise, se préoccupe du sort réservé aux ouvriers et aux pauvres en général. Jusque dans le menu de sa table, elle se refuse tout ce que les ouvriers ne peuvent se procurer. Elle va même jusqu’à devenir ouvrière chez Renault (1934-1935) pour partager le plus radicalement possible la condition pénible des travailleurs manuels. Durant la guerre, elle couche à même le sol, sans couverture, en solidarité avec les soldats qui combattent durement sur les lignes de feu. Elle s’engage dans les brigades internationales en 1936 mais se montre fort critique et refuse le communisme à la sauce soviétique. Quand les nazis envahissent la France, elle émigre avec ses parents vers le sud du pays, puis traverse l’Atlantique et séjourne à New York. Elle aboutit enfin à Londres dans l’espoir de retourner en France et de libérer sa patrie du joug d’Hitler. Elle n’est pas convaincue de la justesse des positions du général de Gaulle. Ses propres positions et les projets qu’elle échafaude en faveur de son pays ne sont pas entérinés. Atteinte de tuberculose, elle meurt le 24 août 1943 et est inhumé à Ashford, Kent.

     Si vous cherchez l’anecdotique, vous serez bien servi par l’ouvrage de Francine du Plessix Gray. La biographe suit Simone pas à pas, presque mois après mois. Elle donne l’impression de tout dire jusque dans le menu détail de ce qui compose le quotidien de Weil. Persuadée que celle-ci souffre d’anorexie, elle se sert de cette maladie comme d’une clé pour comprendre les attitudes et les comportements de Simone, ses idées et ses opinions, ses engagements et ses décisions. Simone aurait vécu une sorte de parabole de l’anorexie! Cette perception de la réalité demeure discutable…

     Ceux qui espèrent une étude plus poussée de la pensée de Simone Weil devront attendre l’avant-dernier chapitre du livre et surtout le dernier pour aborder quelque peu la question. Ce dernier chapitre intitulé « Notre Père qui réside dans le secret » résume les principaux éléments de la pensée de la philosophe. Une simple énumération des sous-titres laisse soupçonner l’ampleur et l’actualité de la pensée de Weil : « Création et décréation », « Nécessité et monde créé », « L’amour implicite de Dieu », « La beauté », « Le malheur », « Attention et attente », « La nourriture, sacrée et profane ».

     Quelques lignes de la pochette résume bien la femme qu’a été Simone Weil et la biographie que nous recensons : « Sensible au christianisme tout en étant respectueuse de ses racines juives, intellectuelle convaincue de la valeur rédemptrice du travail manuel, ascète capable d’éprouver de grandes émotions esthétiques, militante engagée, Simone Weil ne faisait rien comme tout le monde. Ses écrits, toujours profondément originaux, ont traité de politique autant que de spiritualité, d’histoire et d’éthique autant que de poétique et de psychologie. »

     Voici donc une biographie pour une première approche de Simone Weil. Si on ne se laisse pas rebuter par les détails insistants sur les côtés bizarres du personnage, cette biographie aura le mérite de nous renvoyer à la lecture de l’œuvre de la philosophe elle-même. C’est le chemin le plus sûr et le plus approprié pour pénétrer dans l’itinéraire spirituel, à la fois singulier et inspirateur, de cette femme exceptionnelle.

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 2004
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 •
courriel :

www.cebl.org • 24 février 2004