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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 45 (1997) 33.

 

Je serai l'Amour. Trajets avec Thérèse de Lisieux

par Jean-Claude Breton
 

Fernand Ouellette
Je serai l’Amour. Trajets avec Thérèse de Lisieux
Montréal, Fides, 1996, 435 p.

Lien bibliographique

 

Nous terminions, en octobre 1997, l'année thérésienne célébrée à l'occasion du centenaire de la mort de la petite carmélite de Lisieux. Présence soulignait l'événement dans la chronique « Biblio », l'endroit tout indiqué compte tenu de la production écrite importante que cet anniversaire a favorisée. Comme il est par ailleurs impossible de parler de tout, Jean-Claude Breton présente un livre de Fernand Ouellette.

     Cet ouvrage ne se veut pas une oeuvre historique, même s'il doit nécessairement se rapporter à des événements déjà connus ou resitué pour rejoindre l'intention de l'auteur. Il ne s'agit pas, non plus, d'un traité théologique sur la spiritualité de Thérèse, même si l'auteur offre une généreuse bibliographie, dont il s'est à l'évidence abondamment nourri.

Un regard original

     Comme l'indique le sous-titre, il est plutôt question ici de trajets empruntés à la suite et sous l'inspiration de Thérèse. Bien sûr, le choix de ces trajets relève de l'auteur, mais il avoue lui-même que c'est en quelque sorte l’impact décisif que Thérèse a exercé sur lui qui lui a dicté ses choix. Évoquons à notre manière quelques-uns des trajets explorés en compagnie de Thérèse, puisqu'il ne saurait être question d'en discuter le contenu dans ce bref compte rendu. Je retiens, entre autres, le Dieu de la « petite voie », le mystère de la souffrance, l'offrande à ]'amour, la mystique et la vision béatifique. Si ces titres évoquent le déjà-vu, il n'en est rien, car Ouellette réussit à reformuler les questions et à renouveler les pistes de réponse.

     Ce que je retiens surtout de la présentation de Ouellette, c'est l'originalité d'une parole qui. tout en voisinant la théologie, ne s'enlise pas dans les problèmes d'écoles ou les débats méthodologiques. Ouellette puise sans aucune hésitation, ni fausse honte, chez tous les auteurs où il trouve son bien. Ainsi il ne se gêne pas pour faire suivre une citation de Michel de Certeau par une de René Laurentin, sans se soucier de la surprise qu'il pourrait susciter chez le lecteur théologien.

     Justement, ce n'est pas pour le théologien qu’écrit Ouellette. Il présente ses idées un peu comme s'il lui était apparu nécessaire de faire le point sur les questions qu'il aborde. En ce sens, ce n'est pas diminuer la valeur de l'ouvrage que de le présenter comme le fruit d'un désir, d'un besoin de l'auteur. Un fruit qu'il vent offrir à son lecteur et partager avec lui. Les trajets avec Thérèse peuvent ainsi devenir autant de nouveaux trajets entrepris par chaque lecteur, car Ouellette ne s'enferme pas dans des options étroites.

     J'oserais même dire qu'il a cherché, à travers tous les trajets explorés, à répondre à la question de la sainteté. Bien plus que de discussions savantes ou de débats scientifiques, Ouellette se préoccupe du sens que peut prendre aujourd'hui la sainteté, quand on se met à l'école de Thérèse. Même un lecteur qui ne se sentirait pas particulièrement concerné par cette question trouvera son profit à la lecture de Ouellette, en raison autant de la qualité de l'écriture que de la générosité dont fait preuve l'auteur dans son cheminement avec elle.

L’apport de Jean-François Six

     Parmi les auteurs cités par Fernand Ouellette figure le nom de Jean-François Six, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à Thérèse et dont Ouellette cite plus d'une fois le Thérèse de Lisieux au Carmel, paru au Seuil en 1975 et Lumière de la nuit. Les 18 derniers mois de Thérèse de Lisieux, Paris, Seuil, 1995.

     Si Ouellette a tant apprécié les écrits antérieurs de Six, pour leur capacité de nous redonner un portrait plus juste de cette sainte trop souvent déformée par la piété de son temps, il aurait certainement applaudi sa dernière publication : Thérèse de Lisieux par elle-même. Tous ses écrits de Pâques 1896 (5 avril) à sa mort (30 septembre 1897) suivi de L'épreuve et la grâce, une présentation de Jean-François Six (Paris, Desclée de Brouwer et Grasset, 1996).

     Et Six d'insister : il s'agit de tous les écrits et rien que des écrits de Thérèse. Il entend ainsi nous livrer les propos même de Thérèse et non pas ce que sa soeur Pauline (Mère Agnès), ou d'autres après, auraient bien voulu que nous retenions de la sainte.

     L'entreprise est menée de main de maître et chacun des textes est situé dans son contexte historique immédiat : les personnes impliquées sont bien identifiées et les circonstances présentées de façon claire et précise.

     La méthode utilisée par l'auteur pour parvenir à ses fin est présentée en toute fin du volume, moment où le lecteur est prêt à entendre ces propos. Pour le reste, la lecture se déroule sans heurts ni explications superflues. Quant à ceux et celles que des lectures antérieures des prétendus écrits de Thérèse avaient laissé sur leur appétit, qu'ils osent encore une fois l'aventure. Peut-être partageront-ils mon expérience de découvrir une nouvelle Thérèse qui, tout en appartenant à l'Église du 19e siècle et en parlant la langue de son temps, témoigne d'une profondeur qu'avaient sans doute négligée ceux qui ont reconnu sa sainteté et son sens de la mission.

 

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