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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 95 (2003) 33.

 

Vatican II: à retrouver et poursuivre

par Richard Guimond
 

Noël Copin
Vatican II retrouvé
Paris, Desclée de Brouwer, 2003, 190 p.

 

Dans Vatican II retrouvé, Noël Copin, journaliste du journal La Croix qui a suivi, à Rome, les débats du concile Vatican II, nous propose des réflexions et des souvenirs regroupés sous trois grands titres: l’événement conciliaire, l’esprit et la lettre, les lendemains.

     Un premier ensemble de réflexions nous aident à percevoir la dimension spectaculaire et paradoxale de ce grand événement. Les débats se déroulaient dans un lieu à l’architecture grandiose qui constituait un « signe irritant » en raison de la splendeur du pouvoir et de la richesse d’une Église qui voulait se dire et se faire « servante et pauvre ». L’événement était aussi porteur de tendances diverses qui ont fait les manchettes sans noyer cependant l’essentiel de l’objectif de renouveau. Heureusement, l’humour ne fut pas absent de ce concile. On se chuchotait de bons mots qui pouvaient être un tantinet méchants. Ainsi en était-il de la devinette suivante. Trois cardinaux montent dans une barque: Ottaviani, Ruffini, Siri, tous trois ayant la réputation d’être conservateurs. La tempête se lève, la barque chavire. Qui est sauvé? La réponse est: l’Église.

     À plusieurs reprises, comme l’écrit Noël Copin, on s’est rendu compte qu’il était difficile d’être objectif. Par exemple, Henri Fesquet, envoyé spécial du journal Le Monde, décrivait son rôle comme étant de mettre le projecteur sur les points d’ombre. Telle n’était pas la priorité du journal La Croix qui insistait sur ce qui allait bien. Deux pratiques du journalisme qui se rejoignaient tout de même dans le désir que cela aille mieux dans l’Église. Que l’Église catholique « ne soit plus un éteignoir mais un phare de lumière », comme l’avait déclaré le bouillonnant patriarche melkite Maximos IV.

L’esprit et la lettre

     Dans la deuxième section de son ouvrage, Noël Copin n’entend pas se livrer à une présentation et une analyse exhaustive des constitutions, déclarations et décrets de ce Concile. Il choisit, comme il l’écrit, en fonction de ses souvenirs et de ses expériences de journaliste. Il retient une préoccupation centrale: le rapport de l’Église avec le monde. L’Église était conviée à être à la fois plus présente au monde et plus fidèle au Christ, grâce à une perception plus vive de la révélation, de la liturgie et de la solidarité du genre humain. La réforme liturgique, la déclaration sur la liberté religieuse et la constitution sur L’Église dans le monde de ce temps ont suscité beaucoup de réactions pendant et après le Concile.

     Dans son ouvrage intitulé Église, qu’as-tu fait de ton concile? (Centurion, 1985), le théologien Henri Denis évoquait le discours d’ouverture du Concile, le 11 octobre 1962, dans lequel Jean XXIII présentait le projet conciliaire: un concile qui ne veut pas condamner, un refus des prophètes de malheur, une joie de vivre à notre époque pour y annoncer l’amour de Jésus, une audace pour traduire la substance impérissable de la foi chrétienne dans la diversité des cultures. Bel écho de cela, ces quelques mots de Pierre Claverie, évêque d’Oran en Algérie, assassiné en 1996: « Je ne possède pas la vérité. J’ai besoin de la vérité des autres. »

Les lendemains

     Comment poursuivre la route dans l’esprit de Vatican II? Il faut reconnaître, écrit Noël Copin, que les institutions ecclésiales et leur fonctionnement n’ont guère évolué, malgré l’initiative des synodes, qui avait pourtant suscité un très vif espoir. Nous avons l’impression d’une reprise en main, quand nous voyons défiler devant nous des nominations inquiétantes en regard des grandes intuitions novatrices et pleines de confiance de Vatican II.

     Faudra-t-il donc un Vatican III? À cet égard, notre auteur rappelle une déclaration du cardinal Martini, alors archevêque de Milan, en octobre 1999. Ce dernier faisait un rêve, sans toutefois prononcer le mot « concile »: répéter de temps à autre, au cours du siècle qui s’ouvre, une expérience de rencontre universelle entre les évêques qui permette de défaire certains nœuds disciplinaires et doctrinaux. Il serait beau et utile pour les évêques d’aujourd’hui et de demain de répéter cette expérience de communion, de collégialité et d’Esprit Saint que leurs prédécesseurs ont réalisée lors de Vatican II. Certains, comme le souligne avec raison Noël Copin, craignent qu’un nouveau Concile représente un retour en arrière. Mais rien ne nous interdit de rêver d’une Église à nouveau pleine d’effervescence et ouvrant joyeusement les portes et les fenêtres.

     La dernière page du livre de Noël Copin est émouvante. On y lit qu’au lieu de craindre pour l’avenir de l’Église, ne devrait-on pas plutôt s’interroger sur l’avenir de l’humanité et le rôle que le christianisme a vocation d’y jouer? Vatican II n’est-il pas une certaine façon de regarder les autres? « L’Église n’aime pas encore le monde comme Dieu veut qu’on l’aime », a déclaré l’actuel Maître de l’Ordre des dominicains Carlos Alfonso Azpiros Costa. L’Église sera toujours de son temps si elle aime.

     Le livre de Noël Copin est stimulant. Le concile y est présenté de manière vivante, évocatrice et cordiale. On a besoin de cela.

 

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