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Vatican
II: à retrouver et poursuivre
par Richard Guimond Noël Copin
Dans Vatican II retrouvé, Noël Copin, journaliste du journal La Croix qui a suivi, à Rome, les débats du concile Vatican II, nous propose des réflexions et des souvenirs regroupés sous trois grands titres: lévénement conciliaire, lesprit et la lettre, les lendemains. Un premier ensemble de réflexions nous aident à percevoir la dimension spectaculaire et paradoxale de ce grand événement. Les débats se déroulaient dans un lieu à larchitecture grandiose qui constituait un « signe irritant » en raison de la splendeur du pouvoir et de la richesse dune Église qui voulait se dire et se faire « servante et pauvre ». Lévénement était aussi porteur de tendances diverses qui ont fait les manchettes sans noyer cependant lessentiel de lobjectif de renouveau. Heureusement, lhumour ne fut pas absent de ce concile. On se chuchotait de bons mots qui pouvaient être un tantinet méchants. Ainsi en était-il de la devinette suivante. Trois cardinaux montent dans une barque: Ottaviani, Ruffini, Siri, tous trois ayant la réputation dêtre conservateurs. La tempête se lève, la barque chavire. Qui est sauvé? La réponse est: lÉglise. À plusieurs reprises, comme lécrit Noël Copin, on sest rendu compte quil était difficile dêtre objectif. Par exemple, Henri Fesquet, envoyé spécial du journal Le Monde, décrivait son rôle comme étant de mettre le projecteur sur les points dombre. Telle nétait pas la priorité du journal La Croix qui insistait sur ce qui allait bien. Deux pratiques du journalisme qui se rejoignaient tout de même dans le désir que cela aille mieux dans lÉglise. Que lÉglise catholique « ne soit plus un éteignoir mais un phare de lumière », comme lavait déclaré le bouillonnant patriarche melkite Maximos IV. Lesprit et la lettre Dans la deuxième section de son ouvrage, Noël Copin nentend pas se livrer à une présentation et une analyse exhaustive des constitutions, déclarations et décrets de ce Concile. Il choisit, comme il lécrit, en fonction de ses souvenirs et de ses expériences de journaliste. Il retient une préoccupation centrale: le rapport de lÉglise avec le monde. LÉglise était conviée à être à la fois plus présente au monde et plus fidèle au Christ, grâce à une perception plus vive de la révélation, de la liturgie et de la solidarité du genre humain. La réforme liturgique, la déclaration sur la liberté religieuse et la constitution sur LÉglise dans le monde de ce temps ont suscité beaucoup de réactions pendant et après le Concile. Dans son ouvrage intitulé Église, quas-tu fait de ton concile? (Centurion, 1985), le théologien Henri Denis évoquait le discours douverture du Concile, le 11 octobre 1962, dans lequel Jean XXIII présentait le projet conciliaire: un concile qui ne veut pas condamner, un refus des prophètes de malheur, une joie de vivre à notre époque pour y annoncer lamour de Jésus, une audace pour traduire la substance impérissable de la foi chrétienne dans la diversité des cultures. Bel écho de cela, ces quelques mots de Pierre Claverie, évêque dOran en Algérie, assassiné en 1996: « Je ne possède pas la vérité. Jai besoin de la vérité des autres. » Les lendemains Comment poursuivre la route dans lesprit de Vatican II? Il faut reconnaître, écrit Noël Copin, que les institutions ecclésiales et leur fonctionnement nont guère évolué, malgré linitiative des synodes, qui avait pourtant suscité un très vif espoir. Nous avons limpression dune reprise en main, quand nous voyons défiler devant nous des nominations inquiétantes en regard des grandes intuitions novatrices et pleines de confiance de Vatican II. Faudra-t-il donc un Vatican III? À cet égard, notre auteur rappelle une déclaration du cardinal Martini, alors archevêque de Milan, en octobre 1999. Ce dernier faisait un rêve, sans toutefois prononcer le mot « concile »: répéter de temps à autre, au cours du siècle qui souvre, une expérience de rencontre universelle entre les évêques qui permette de défaire certains nuds disciplinaires et doctrinaux. Il serait beau et utile pour les évêques daujourdhui et de demain de répéter cette expérience de communion, de collégialité et dEsprit Saint que leurs prédécesseurs ont réalisée lors de Vatican II. Certains, comme le souligne avec raison Noël Copin, craignent quun nouveau Concile représente un retour en arrière. Mais rien ne nous interdit de rêver dune Église à nouveau pleine deffervescence et ouvrant joyeusement les portes et les fenêtres. La dernière page du livre de Noël Copin est émouvante. On y lit quau lieu de craindre pour lavenir de lÉglise, ne devrait-on pas plutôt sinterroger sur lavenir de lhumanité et le rôle que le christianisme a vocation dy jouer? Vatican II nest-il pas une certaine façon de regarder les autres? « LÉglise naime pas encore le monde comme Dieu veut quon laime », a déclaré lactuel Maître de lOrdre des dominicains Carlos Alfonso Azpiros Costa. LÉglise sera toujours de son temps si elle aime. Le livre de Noël Copin est stimulant. Le concile y est présenté de manière vivante, évocatrice et cordiale. On a besoin de cela. |
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