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Un
livre à écouter
par Denis Gagnon, o.p.
H. Bourgeois, C. Charlemagne
et M.-L. Gondal (dir.)
Il y en a toujours eus. À certaines époques, ils étaient des cas rares. Depuis quelques années, voilà qu'ils se présentent de plus en plus nombreux. On les appelle maintenant les « recommençants ». ils surprennent, ils intriguent. Parfois, ils dérangent et font peur. Quelques fois, ils enthousiasment. Vingt-et-un d'entre eux prennent la parole dans ce livre. Ils racontent ce qui leur est arrivé, ce qu'ils sont en train de vivre. Henri Bourgeois, Catherine Charlemagne et Marie-Louise Gondal ont réuni les textes. Ils nous y introduisent. Ils les prolongent dans une réflexion qui nous permet de mieux percevoir les enjeux pastoraux, théologiques et spirituels derrière le phénomène. Qui sont les recommençants? On parle ici de « ces hommes et ces femmes qui ont eu naguère une certaine relation avec le christianisme mais qui, parla suite, ont pris des distances par rapport à leur baptême, à la pratique religieuse, voire même (sic) aux affirmations et convictions évangéliques et qui, parfois après plusieurs décennies, souhaitent revisiter des terres jadis plus ou moins familières ». Les témoignages sont vrais, sans artifice littéraire. La démarche laboure le terrain concret. Elle n'a rien de la distance du chercheur et du théoricien. On raconte simplement. Un discours nature, parfois gauche. À prendre tel quel, avec respect, empathie. Un livre à écouter, à accueillir... Pas de règle générale Au terme de l'ouvrage, n'essayez pas d'établir une règle générale. Chaque cheminement est personnel, unique, original. Les chemins sont divers, la manière de s'y engager aussi. On préfère les appeler « recommençants » plutôt que « convertis ». L'affaire n'est pas classée; il ne faut pas préjuger de l'avenir. On sera surpris de l'importance que revêt l'enfance de chaque recommençant. En fait, recommencer suppose un tel bouleversement que toute la vie est remise en perspective. Il y a ici quelque chose qui ressemble à une renaissance. On aimera observer les différentes formes que prend l'écart des recommençants par rapport au fait chrétien. Indifférence, manque de temps, manque de goût, rupture, perte de la foi, refus d'un certain christianisme distant de l'humain: autant de visages différents de cet écart. Une expérience spirituelle Comment arrive-t-on à recommencer? Avant tout, le retour est une expérience spirituelle, une recherche d'authenticité, un besoin de profondeur. On veut du vrai. On cherche la source. À l'origine, un événement est venu questionner, ou une crise bouleversante, ou un malaise général, un mal de vivre qui interroge, qui appelle ailleurs. On ne recommence pas facilement. Le retour demande un bon travail. Comme si on labourait une terre rocailleuse. Il faut « retraverser son passé », clarifier les questions. Plusieurs ont du mal à faire face à l'Église. On est prêt à vivre une expérience spirituelle; on a plus de difficulté à s'inscrire dans celle d'une institution. Il y a aussi la difficulté de trouver la bonne porte. La peur devant ce nouveau phénomène rend parfois l'accueil plus froid, moins ouvert. L'attitude des autorités de l'Église vis-à-vis les divorcés remariés fait hésiter certains à recommencer. Ou bien, c'est l'entourage qui manque de sympathie. Et, bien sûr, il y a les résistances intérieures personnelles, le combat que chacun peut vivre plus ou moins douloureusement. Pourquoi lire ce livre? Pour rencontrer des semblables, pour comprendre et se rendre solidaires. Avant tout, pour écouter et apprendre à écouter. La vie est là aussi. Elle palpite. Elle interpelle. Quelquun qui se croit dedans peut même se sentir appelé à devenir un recommençant! |
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