url

photo

identification

 

ACTIVITÉSCALENDRIERCENTREDOCUMENTSNOUVEAUTÉS

 

index

jaquette

 

jaquette

Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 49 (1998) 29.

 

« Sacré Moyen Âge! »

par Benoît Lacroix, o.p.
 

Martin Blais
Sacré Moyen Âge!
Montréal, Fides, 1997, 224 p.

 

Sacré Moyen Âge!, tel est le titre, évidemment joyeux, d'un nouvel essai du philosophe, essayiste et médiéviste Martin Blais. Il n'est pas le seul aujourd'hui à dire son affection pour le Moyen Âge.

     Au fait, les études médiévales au Québec ne se portent pas si mal. Heureusement! Cet âge est l'âge de nos enfances, comme on l'a souvent dit, l'âge de nos racines; il a largement marqué l'Europe occidentale et plus spécialement la France. Nous lui devons les plus beaux mots de notre langue ainsi que plusieurs de nos manières de penser, de croire, voire d'aimer. Le Moyen Âge a donné naissance aux universités, administration en moins, à certaines inventions techniques et jusqu'à notre goût de parler pour parler, ainsi qu'à nos besoins obsessifs de congés et de fêtes collectives.

     Pour nous aider à mettre en perspective ce Moyen Âge perdu et retrouvé, le nouveau Dictionnaire encyclopédique du Moyen Âge en deux volumes, édité par André Vauchez en 1997, aux Éditions du Cerf, à Paris, rendra de grands services.

Gens du pays!

     Ceci dit et au moment où l'histoire et par elle les historiens sont en crise - eux aussi! -, il n'est pas si mal de savoir ce qui arrive ici à l'étude du Moyen Âge occidental. Car, pour des raisons qui tiennent davantage aux manques de perspectives et au mépris toujours facile d'un passé mal ignoré, nos jeunes médiévistes pratiquent plutôt l'incognito propre aux scientifiques des laboratoires et de la recherche pure. Pourtant la relève est là. Étonnamment qualifiée et largement présente à l'univers des sciences médiévales.

     Pour donner quelques exemples qui n'ont rien de l'exhaustivité, Claude Lafleur, de l'Université Laval, est l’un des meilleurs connaisseurs des premières facultés universitaires de Paris; Claire Lebrun-Gouvanvic publie en 1996 une édition critique probablement définitive d'un texte latin du 13e siècle; Juliette Valcke obtient en 1997 un doctorat à la suite d'une édition particulièrement ardue de pièces de théâtre inconnues. Spécialiste des études sur les âges de la vie, Isabelle Cochelin enseigne aujourd'hui à l'Université de Toronto; Brenda Dunn-Lardeau, de l'Université du Québec à Montréal, vient de publier à Paris (1997) une édition critique (1570 pages!) d'une traduction française de l'original latin de La Légende dorée (13e siècle).

     Entre-temps, des aînés comme Jean Marcel Paquette, Bruno Roy, l’autre Bruno Roy, celui de la précision et de l'histoire vraie, Yvon G. Lepage et Serge Lusignan poursuivent leurs recherches et s'imposent toujours au niveau international. Oui, ils sont tous gens du pays! Et si nous pensions à la musique, au retour du Grégorien, à la Schola Saint-Grégoire (fondée en 1994), à l'Ensemble Claude-Gervaise, à Anonymus, à Deus ex machina (fondé par Martin Quesnel en 1993), à d'autres... Conrad Laforte, le plus grand bibliographe de la chanson française à tradition orale, Michel Faubert devenu un as-conteur, tous nous ramènent fréquemment au Moyen Âge français.

     Michel Hébert, de l'Université du Québec à Montréal, publie chez Boréal une sorte de synthèse correcte et pratique sur le même Moyen Âge. Il est à noter que la Société des études médiévales du Québec ajoute pour la première fois à son bulletin régulier Memini, des Travaux et Documents (Montréal, 1997, 239 p.). Nous y trouvons des indications substantielles sur les idéaux de l'époque, sur les moeurs politiques de cette période, sur certaines de ses habitudes juridiques, sur l'historiographie critique, ainsi que des pages assez révélatrices sur la présence récurrente des mythes nationalistes, en particulier chez les Francs.

Ah! les préjugés!

     Ceux qui, moins instruits pour ne pas dire davantage, éprouveraient encore quelques malaises à penser positivement le Moyen Âge, auront du plaisir à lire Sacré Moyen Âge! paru dernièrement chez Fides. Son auteur, Martin Biais, professeur d'université à la retraite, profite agréablement de ses journées en liberté pour se délecter de toute évidence et démontrer à quel point certains préjugés ont la vie dure, soit pour ternir, soit pour exalter démesurément. Ce Moyen Âge, officiellement chrétien, demeure comme toute époque de l'histoire humaine le temps du meilleur et du pire, de la grâce et du péché, comme on disait au milieu du siècle, le temps de crises et de défis, dirions-nous maintenant. À côté des figures admirables que furent Bernard de Clairvaux, François d'Assise et Dominique de Guzman, vivent et intriguent plusieurs clercs simoniaques et ambitieux. Un ou deux papes même. Il y aura toujours à s'étonner et de la malice des uns et de la candeur des autres.

     Martin Blais raconte, se moque à l'occasion et, fidèle à ses ancêtres médiévaux, moralise au besoin. Avant de clore, il écrit un chapitre mordant en compagnie de cette « grincheuse Ranke-Heinemann » à propos du plaisir des femmes et de Thomas d'Aquin! Les dernières pages, davantage pacifiantes, portent sur le poète François Villon, « noeud de contradictions », mais aussi largement héritier du même Moyen Âge! Sacré Moyen Âge!

 

| activités | calendrier | centre | documents | nouveautés |

Présence Magazine © 1998
2715, ch. Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1B6
téléphone : (514) 341-4817 •
courriel :

www.cebl.org • 16 décembre 2003