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Présence magazine
Cette recension est une gracieuseté de Présence magazine 92 (2003) 33.

 

Une incursion dans le monde des ados

par Emmanuelle Speer
 

Daniel Coulombe
Le fantastique religieux et l'adolescence. Ouija, paranormal, magie, satanisme, gothisme
Montréal, Fides, 2003, 163 p.

 

Le paranormal, la magie, le satanisme, le gothisme... Bien des jeunes, de nos jours, s’intéressent ou se rattachent, de près ou de loin, à ces formes de fantastique. Ce qui sème la peur et l’incompréhension dans le monde des adultes. Comment réagir face à cet engouement? Qu’en déduire? Que peuvent en être les répercussions? Réponses dans le livre Le fantastique religieux et l’adolescence de Daniel Coulombe.

     Mon adolescence n’est pas si loin! En lisant le livre de Coulombe, je me suis vue projetée à l’arrière dans le temps. Au départ, je ne voyais pas l’utilité de son livre, les éléments recensés m’étant assez familiers. Or, en avançant dans ma lecture, j’y ai appris des détails intéressants. Aussi, le but de l’auteur n’était pas d’établir une classification du fantastique pour les jeunes, mais bien pour les parents, les éducateurs et les intervenants. Car « malgré la grande médiatisation dont bénéficie le fantastique et son immense popularité auprès des adolescents, c’est un univers culturel dont la compréhension échappe à la plupart des adultes », explique l’auteur. Celui-ci a raison: que connaît-on réellement des jeux de rôle, de la musique satanique ou du gothisme? Pas grand-chose, à part les événements tragiques, les comportements violents ou les problèmes de santé mentale s’y rattachant et qui sont présentés dans les médias.

     Coulombe fait donc un tour d’horizon du fantastique religieux qui fascine tant les jeunes Québécois. Il énonce des définitions, donne des explications, émet des hypothèses, énumère les genres, présente des tableaux et des encadrés, se réfère à différentes études ou à d’autres ouvrages portant sur la question. Les sujets sont nombreux: on part de la situation religieuse au Québec et du fantastique, puis on passe par la violence, le paranormal, les jeux, le symbolisme et la magie, pour finalement en arriver au satanisme.

Pourquoi le fantastique?

     Comme leurs parents, les jeunes sont en quête de sens et de spiritualité. Le fantastique, démontre l’auteur, aide à répondre à cette quête, à répondre à des questions sur la vie et à réveiller l’imaginaire et le goût du sacré. Toutefois, il ne faut pas oublier son attrait principal: les adolescents s’y intéressent pour le plaisir et pour les émotions fortes qu’il suscite. C’est pour eux une manière de s’évader de la réalité et de s’éloigner des contraintes quotidiennes.

Des découvertes

     Même si on connaît quelque peu le fantastique, il est possible de faire des découvertes dans ce livre ou à tout le moins, enrichir certaines connaissances. Par exemple, on nous explique la différence entre le fantastique, qui est l’intrusion de l’étrange, du surnaturel dans le quotidien, et la science-fiction, qui « cherche à faire intervenir le scientifiquement possible dans le récit, et dont les histoires se déroulent dans un monde futur, sur d’autres planètes, ou encore dans un monde actuel utilisant une technologie de pointe ». On nous explique les différents genres de fantastique, dont le gore, qui est l’épouvante extrême par l’utilisation du sang versé ou coagulé. On nous indique également qu’il n’existe aucune étude démontrant une corrélation entre l’augmentation de la violence chez les adolescents et l’intérêt pour le fantastique. Du côté du paranormal, des études démontrent que les jeunes ne sont pas plus crédules que les adultes à ce sujet mais qu’il y a plus d’adolescents qui croient aux phénomènes paranormaux ici qu’aux États-Unis et en France. Pourquoi? Diverses hypothèses sont amenées: il est prouvé que les bibliothèques scolaires contiennent plus de livres paranormaux que scientifiques, les médias présentent trop souvent ce genre d’événements sensationnels, et le temps consacré aux cours d’enseignement moral et religieux, qui essaient de développer un esprit critique et rationnel face aux phénomènes paranormaux, est de plus en plus réduit.

Un outil de base

     L’adhésion de Coulombe au groupe « Les sceptiques du Québec » s’avère être d’une grande richesse: celui-ci présente un tableau exhaustif de chaque phénomène fantastique, en abordant les points positifs et négatifs de chacun. Ainsi, il est plus facile d’être à l’écoute des jeunes et de dialoguer avec eux.

     Malgré l’utilisation incompréhensible du terme « religieux » dans ce livre, et malgré le fait que pour certains, plusieurs éléments soient déjà connus, Le fantastique religieux et l’adolescence est un très bon outil de base pour ceux et celles voulant découvrir et comprendre ce monde fantastique dans lequel les adolescents baignent.

 

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