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Dans
la même nuit
par Denis Gagnon Éloi Leclerc
Cest devenu un refrain usé que de parler du changement dans lévolution de la société. Le refrain est usé, mais la réalité simpose comme un bolide sur une piste de course. Avec la différence quil est impossible de se ranger et de laisser passer la machine. Elle nous rentre dedans à moins que nous choisissions de faire partie de la caravane. Les progrès technologiques nous ont lancés dans une course effrénée. Notre travail sest accéléré et sest largement diversifié. Ces changements technologiques, nous les absorbons assez bien. Il y a beaucoup davantages dans toutes ces transformations. Nous améliorons notre sort. Nous maîtrisons de plus en plus les forces de la nature. Certaines découvertes nous conduisent à dautres mystères et dautres secrets. Le chantier de la planète est loin dêtre terminé. Nous goûtons moins facilement les changements qui bousculent nos valeurs et nos points de repère. Nous nous retrouvons presque constamment dans des paysages nouveaux. Nous devons sans arrêt nous adapter, nous laisser apprivoiser par létranger et létrange. Nos énergies sont principalement consacrées à nous ajuster à un quotidien qui a de moins en moins la caractéristique du quotidien. Nos patries - extérieures et intérieures - se métamorphosent en des lieux dexil. Nous nous sentons déracinés. Individuellement et collectivement. Les institutions résistent mal aux vents forts qui soufflent de partout. Beaucoup sont inquiets. Ils se demandent où nous allons et si nous pourrons trouver un port abordable, une patrie qui nous fera oublier lexil, une terre ferme sur laquelle nous poserons le pied en toute sécurité. Que de chrétiens traversent locéan des mutations culturelles et sociales avec inquiétude. Dautant plus que le bateau Église qui les porte subit difficilement la colère des vagues et des remous. Une Église en continuelle transformation, dont les manuvres ne plaisent pas nécessairement à tout léquipage. Et que dire des nuits intérieures, nuits dangoisse, nuits de peur, nuits de combats, nuits du désespoir. Nuits opaques, sans lune et sans étoiles, qui ne promettent nullement laurore. Le désert sans itinéraire, sans boussole. Le désert brûlant qui assèche les meilleures aspirations, les plus profonds désirs. Toute vie comporte ses temps de crise. Toute histoire comprend des périodes difficiles. La Bible a retenu la chronique de lexil du peuple dIsraël, une chronique qui ne sest pas limitée à la narration des faits, mais a laissé parler des sages et des prophètes, des visionnaires comme Isaïe, Jérémie, Ézéchiel. Éloi Leclerc, avec la profondeur quon lui connaît, relit cette tranche dhistoire sainte. Il parcourt les textes comme on visite une ville à pied. Il écoute les bruits et les conversations des piétons. Il sent les parfums et les odeurs qui sexhalent des ruelles et des places publiques. Il remarque le jeu des lumières sur les faits et les paroles prophétiques. Il attire lattention sur les contextes qui révèlent tout autant que les mots mêmes quon attribue à Dieu. Il dessine les atmosphères qui nous permettent de porter un regard plus profond sur cette page dhistoire du peuple de Dieu. On aimera ce livre pour léclairage quil apporte à notre propre traversée de la nuit. « Aujourdhui comme au temps de lExil, le croyant est livré aux seules forces de son cur; il est renvoyé à lessentielle nudité de lhomme. Il ne sait plus davance quelles sont les voies de Dieu. « Dans ce dépouillement, la foi devient une aventure qui rejoint la grande aventure humaine. Elle nest plus quelque chose de surajouté. Le croyant chemine avec les autres hommes: dans la même nuit. Lui aussi doit écouter les voix profondes du monde et se laisser interpeller par elles. Et cest au niveau de ce cheminement humain quil est invité à entendre à nouveau la Parole et à découvrir les signes. » |
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